Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse AFP / le 15 avril 2024

Le « palais de Napoléon », détruit. Le site de l’antique Anthédon, ravagé. Le seul musée privé, incendié. Le patrimoine de Gaza paye un lourd tribut à la guerre, mais par un curieux retournement de situation, une partie de ses trésors reste à l’abri en Suisse.

Chaque jour, au gré de l’accès à l’électricité et internet, l’archéologue palestinien Fadel al-Otol reçoit sur WhatsApp des photos montrant en quasi temps réel l’état des lieux des sites anciens.

Adolescent, M. Otol étudiait les pierres, avant de travailler pour des missions archéologiques européennes. Aujourd’hui, le quadragénaire formé à Genève et au Louvre, est la tour de contrôle d’un vaste réseau d’archéologues à Gaza: une quarantaine de jeunes formés pour fouiller le sol, recomposer le passé en 3D et préserver le patrimoine.

Dans la foulée de la campagne militaire lancée par Israël sur la bande de Gaza, en représailles à l’attaque du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre, les sites archéologiques ont encaissé un coup dur, l’Unesco disant avoir confirmé jusqu’à présent des dommages sur 41 sites en se basant sur des images satellitaires. L’équipe de M. Otol, elle, travaille à ras de terre.

« Tous les vestiges archéologiques dans le nord de Gaza ont été touchés. Le site de Blakhiya (l’ancienne ville grecque d’Anthédon, NDLR) a été directement bombardé. Il y a un énorme trou. La partie du site que nous n’avions pas commencé à fouiller a été touchée », explique M. Otol à propos de ce site situé à proximité de casernes du Hamas.

Côté israélien, l’attaque du 7 octobre a entraîné la mort de plus de 1.170 personnes, majoritairement des civils, selon un décompte de l’AFP à partir de données officielles israéliennes. Dans la bande de Gaza, les représailles israéliennes ont fait plus de 33.700 morts, surtout des civils, selon le ministère de Santé du Hamas. Et entraîné des destructions énormes.

« Du chamboulement »

« Dans la vieille ville de Gaza, le palais al-Bacha est complètement détruit. Il y a eu des bombardements et les bulldozers sont passés dessus. Il y avait des centaines d’objets anciens et de magnifiques sarcophages », dit M. Otol, joint par téléphone, avant de partager des photos récentes des lieux en ruines.

Ce palais de pierre sable ocre avait été érigé à partir du XIIIe siècle et était connu par les Palestiniens de Gaza pour avoir hébergé à la toute fin du XVIIIe siècle Bonaparte lors de la campagne d’Egypte.

« Nos meilleures trouvailles avaient été exposées dans le Bacha. Quelqu’un a-t-il sorti des objets avant d’exploser le bâtiment? Nous ne savons que très peu de choses » à ce stade, souligne Jean-Baptiste Humbert, de l’Ecole biblique et archéologique française de Jérusalem (Ebaf).

En Israël et dans les Territoires palestiniens, l’archéologie est un sujet hautement politique, de nombreuses découvertes ayant été instrumentalisées pour justifier les revendications des uns et des autres.

Si Israël dispose d’un arsenal d’archéologues qui rend compte d’un nombre impressionnant de trésors antiques, ce secteur est resté davantage en friche à Gaza, et ce malgré un riche passé qui s’étire sur des millénaires et dont des vestiges étaient stockés à l’entrepôt de l’Ebaf et au musée du palais al-Bacha.

Les soldats israéliens sont entrés dans l’entrepôt de l’Ebaf dans la ville de Gaza, le directeur des Antiquités israéliennes, Eli Escusido, postant sur Instagram une vidéo de militaires entourés de vases et de poteries anciennes, ce qui a suscité de vives réactions palestiniennes accusant l’armée de piller le site.

« Mes collègues ont pu retourner sur les lieux. Il y a eu du chamboulement. Les soldats ont ouvert des caisses. On ne sait pas s’ils ont pris quelque chose », explique à l’AFP l’archéologue et chercheur à l’Ebaf, René Elter, disant toutefois ne pas avoir constaté une volonté de « pillage d’Etat ».

« Tous les jours lorsque Fadel m’appelle, j’ai peur qu’il m’apprenne qu’un de nos collègues est décédé ou qu’il me dise que tel site a été détruit », dit-il.

« Le sang du Christ »

Seul mouillage offrant une protection naturelle entre le Sinaï et le Liban, Gaza a été pendant des siècles un carrefour des civilisations, un relais entre l’Afrique et l’Asie, une plaque tournante du commerce de l’encens, suscitant tour à tour les convoitises des Egyptiens, des Perses, des Grecs, des Romains, des Ottomans…

Au cours des dernières décennies, ce passé glorieux a été foré par les ouvriers de Jawdat Khoudary, un collectionneur privé. Dans les années 1990, après les accords d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne, Gaza a connu un boom immobilier.

Or, lorsque les ouvriers piochent le sol, ils découvrent des objets antiques. Magnat local du BTP, M. Khoudary accumule des objets dans sa résidence, un trésor qu’il ouvre aux archéologues étrangers sur place parmi lesquels le dominicain Jean-Baptiste Humbert, pilier des fouilles d’Anthédon.

En 2004, le Frère Humbert invite à Gaza son collègue Marc-André Haldimann, alors conservateur du Musée d’art et d’histoire de Genève (MAH), fasciné par des fouilles ayant permis d’exhumer à la cathédrale Saint-Pierre de Genève des amphores anciennes venant de Gaza, car au début de la chrétienté, rappelle-t-il, « c’était le vignoble le plus proche de Jérusalem et donc représentant le mieux le sang du Christ ».

Colonnes byzantines

Arrivé à Gaza, dans les jardins de M. Khoudary, l’archéologue genevois n’en croit pas ses yeux. « On s’est retrouvé devant 4.000 objets dont une allée de colonnes byzantines », dit-il à l’AFP.

Une idée se concrétise alors: organiser une grande exposition du passé gazaoui au MAH, puis construire à Gaza un musée pour que les Palestiniens puissent s’approprier leur propre patrimoine.

Fin 2006, environ 260 objets de la collection Khoudary quittent Gaza pour Genève. Et au printemps, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, y inaugure l’exposition regroupant la collection Khoudary et des objets anciens présentés des années plus tôt à l’Institut du monde arabe (IMA) à Paris.

L’exposition est un succès. Mais la géopolitique change en cours de route. Juin 2007, le Hamas chasse l’Autorité palestinienne de Gaza. Et Israël impose son blocus.

Résultat: les objets gazaouis ne peuvent plus rentrer chez eux et restent coincés à Genève tandis que le projet de musée archéologique s’évanouit faute de relais politique à Gaza pour le mettre en oeuvre.

Mais M. Khoudary ne désespère pas. Il construit lui-même un lieu d’exposition qui prendra la forme d’un musée-hôtel, al-Mathaf (« musée », en arabe), situé sur le bord de la Méditerranée, au nord de la ville de Gaza.

Or, l’offensive israélienne menée après l’attaque du 7 octobre commence justement par le nord de Gaza. « Al-Mathaf est resté des mois sous contrôle israélien. Dès qu’ils sont partis, j’ai demandé à des gens de s’y rendre pour voir dans quel état étaient les lieux. Et j’ai été choqué. Il manquait plusieurs objets et le hall a été incendié », affirme à l’AFP M. Khoudary, qui a quitté Gaza pour l’Egypte.

Et sa maison de Cheikh Radwane, quartier du nord de la ville de Gaza théâtre de violents affrontements, a été détruite: « les Israéliens ont aplani le jardin avec des bulldozers (…). Je ne sais pas si des objets ont été enfouis (par les bulldozers) ou si les colonnes de marbre ont été brisées ou pillées. Je ne trouve pas les mots ».

Interrogée, l’armée israélienne n’a pas commenté ces destructions spécifiques, mais plutôt accusé le Hamas d’utiliser des hôpitaux, des écoles et des sites patrimoniaux à des fins militaires. « Israël respecte ses engagements envers le droit international, notamment en garantissant la protection spéciale (au patrimoine, ndlr) », a-t-elle ajouté dans un communiqué.

« Lieu lumineux »

Si une partie de la collection locale de M. Khoudary est perdue, celle en Suisse reste intacte. Une demande en 2016 de restitution à l’Autorité palestinienne des objets encore à Genève n’a pu se concrétiser malgré un travail pour y donner suite, explique à l’AFP Béatrice Blandin, actuelle conservatrice au MAH.

« On a fait un inventaire, on a rédigé un protocole d’accord précisant les conditions du retour. On a restauré certaines pièces en bronze qui étaient légèrement corrodées et on a tout remballé et mis en caisse. Il y avait 106 caisses qui étaient prêtes au départ », détaille-t-elle: « Il fallait juste avoir l’assurance que le convoi ne soit pas bloqué puisqu’il devait traverser le territoire israélien (…). On attendait ce feu vert mais on ne l’a pas eu encore ».

Loin de la guerre qui fait rage à Gaza, « les objets sont toujours en bonne condition », assure Mme Blandin, précisant que des « discussions étaient en cours » pour sortir ce patrimoine de l’ombre et organiser une nouvelle exposition en Suisse.

Au bout du fil, en Egypte, M. Khoudary trépigne à l’idée: « la plus importante collection d’objets sur l’histoire de Gaza est à Genève. S’il y a une nouvelle exposition cela permettra au monde entier de connaître notre histoire ».

« C’est quasiment une ironie de l’Histoire », renchérit M. Haldimann. « Une nouvelle expo Gaza permettrait de montrer à nouveau que Gaza est un lieu lumineux (…), que c’est tout sauf un trou noir », dit-il en se mobilisant pour permettre à son ami Fadel al-Otol de quitter Gaza pour gagner la Suisse.

 

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur Dévasté par la guerre, le patrimoine ancien de Gaza trouve une planche de salut en Suisse AFP / le 15 avril 2024

Yanis Varoufakis : le discours prévu à Berlin avant que la police ne mette fin au congrès sur la Palestine

14.04.24

Le discours que je n’ai pas pu prononcer parce que la police allemande a fait irruption dans notre salle à Berlin pour mettre fin à notre congrès sur la Palestine (dans le style des années 1930). Jugez par vous-même du type de société que l’Allemagne est en train de devenir lorsque sa police interdit les propos suivants.

Mes amis,

Félicitations et remerciements sincères pour votre présence, malgré les menaces, malgré le dispositif policier renforcé devant cette salle, malgré la panoplie de la presse allemande, malgré l’État allemand, malgré le système politique allemand qui vous diabolise pour votre présence.

« Pourquoi un Congrès sur la Palestine, M. Varoufakis ? », m’a demandé récemment un journaliste allemand. Parce que, comme l’a dit Hanan Asrawi : « Nous ne pouvons pas nous appuyer sur les personnes réduites au silence pour nous faire part de leurs souffrances ».

Aujourd’hui, la réponse d’Asrawi est confortée de manière déprimante : nous ne pouvons pas compter sur les personnes réduites au silence, qui sont également massacrées et affamées, pour nous parler des massacres et des privations de nourriture.

Mais il y a aussi une autre raison : parce qu’un peuple fier et respectueux, le peuple allemand, est entraîné sur la voie périlleuse d’une société sans cœur en étant lui-même associé à un nouveau génocide.

Je ne suis ni Juif ni Palestinien. Mais je suis incroyablement fier d’être ici parmi des Juifs et des Palestiniens – de mêler ma voix pour la paix et les droits humains universels aux voix juives pour la paix et pour les droits humains universels – aux voix palestiniennes pour la paix et pour les droits humains universels. Le fait d’être ensemble, ici, aujourd’hui, est la preuve que la coexistence est non seulement possible, mais qu’elle est déjà présente !

« Pourquoi pas un congrès juif, M. Varoufakis ? », m’a demandé le même journaliste allemand, s’imaginant être intelligent. J’ai bien accueilli sa question.

Car si un seul Juif est menacé, où que ce soit, simplement parce qu’il est juif, je porterai l’étoile de David à ma boutonnière et j’offrirai ma solidarité – quoi qu’il en coûte.

Alors, soyons clairs : si les Juifs étaient attaqués, n’importe où dans le monde, je serais le premier à demander un congrès juif pour exprimer notre solidarité.

De même, lorsque des Palestiniens sont massacrés parce qu’ils sont Palestiniens – en vertu d’un dogme selon lequel les morts sont forcément des membres du Hamas – je porterai mon keffieh et j’offrirai ma solidarité, quoi qu’il en coûte.

Les droits humains universels sont universels ou ils ne signifient rien.

C’est dans cet esprit que j’ai répondu à la question du journaliste allemand par quelques unes de mes propres questions :

  • Est-ce que 2 millions de Juifs israéliens, qui ont été chassés de leurs maisons et enfermés dans une prison à ciel ouvert il y a 80 ans, sont toujours détenus dans cette prison à ciel ouvert, sans accès au monde extérieur, avec un minimum de nourriture et d’eau, sans aucune chance d’avoir une vie normale, ni de voyager, et bombardés périodiquement depuis 80 ans ? Non.
  • Est-ce que les Juifs israéliens sont intentionnellement privés de nourriture par une armée d’occupation, leurs enfants à même le sol, hurlant de faim ? Non.
  • Est-ce qu’il y a des milliers d’enfants juifs blessés, sans parents survivants, qui rampent dans les décombres de ce qui était leurs maisons ? Non.
  • Est-ce que les Juifs israéliens sont aujourd’hui bombardés par les avions et les bombes les plus sophistiqués du monde ? Non.
  • Est-ce que les Juifs israéliens subissent un écocide complet du peu de terre qu’ils peuvent encore appeler leur terre, qu’il ne reste plus un seul arbre sous lequel chercher de l’ombre ou dont ils peuvent goûter les fruits ? Non.
  • Est-ce que des enfants Juifs israéliens sont tués aujourd’hui par des tireurs d’élite sur ordre d’un État membre de l’ONU ? Non.
  • Est-ce que les Juifs israéliens sont aujourd’hui chassés de leurs maisons par des bandes armées ? Non.
  • Est-ce qu’Israël se bat aujourd’hui pour son existence ? Non.

Si la réponse à l’une de ces questions était oui, je participerais aujourd’hui à un congrès de solidarité avec les Juifs.

Mes amis,

Aujourd’hui, nous aurions aimé avoir un débat décent, démocratique et mutuellement respectueux sur la manière de ramener la paix et les droits humains universels pour tous, Juifs et Palestiniens, Bédouins et Chrétiens, du Jourdain à la Méditerranée, avec des personnes qui pensent différemment de nous.

Malheureusement, l’ensemble du système politique allemand a décidé de ne pas le permettre. Dans une déclaration commune, non seulement la CDU-CSU ou le FDP, mais aussi le SPD, les Verts et, fait remarquable, deux dirigeants de Die Linke, ont uni leurs forces pour faire en sorte qu’un tel débat civilisé, dans lequel nous pouvons être en désaccord, n’ait jamais lieu en Allemagne.

Je leur dis : vous voulez nous faire taire. Nous interdire. Nous diaboliser. Nous accuser. Vous ne nous laissez donc pas d’autre choix que de répondre à vos accusations par nos accusations. C’est vous qui avez choisi cela. Pas nous.

Vous nous accusez de haine antisémite

  • Nous vous accusons d’être les meilleurs amis des antisémites en mettant sur le même plan le droit d’Israël à commettre des crimes de guerre et le droit des Juifs israéliens à se défendre.

Vous nous accusez de soutenir le terrorisme

  • Nous vous accusons de mettre sur le même plan la résistance légitime à un État d’apartheid et les atrocités commises contre des civils, que j’ai toujours condamnées et que je condamnerai toujours, quels qu’en soient les auteurs – Palestiniens, colons Juifs, membres de ma propre famille, qui que ce soit.
  • Nous vous accusons de ne pas reconnaître le devoir de la population de Gaza d’abattre le mur de la prison à ciel ouvert dans laquelle elle est enfermée depuis 80 ans, et de mettre sur le même plan cet acte d’abattre le mur de la honte – qui n’est pas plus défendable que ne l’était le mur de Berlin – et des actes terroristes.

Vous nous accusez de banaliser la terreur du 7 octobre

  • Nous vous accusons de banaliser les 80 années de nettoyage ethnique des Palestiniens par Israël et la construction d’un système d’apartheid inflexible en Israël et Palestine.
  • Nous vous accusons de banaliser le soutien à long terme de Netanyahou au Hamas comme moyen de détruire la solution à deux États que vous prétendez favoriser.
  • Nous vous accusons de banaliser le terrorisme sans précédent déclenché par l’armée israélienne sur la population de Gaza, de la Cisjordanie et de Jérusalem-Est.

Vous accusez les organisateurs du congrès d’aujourd’hui de, je cite, « ne pas être intéressés par la discussion sur les possibilités de coexistence pacifique au Proche-Orient dans le contexte de la guerre à Gaza ». Êtes-vous sérieux ? Avez-vous perdu la tête ?

  • Nous vous accusons de soutenir un État allemand qui est, après les États-Unis, le plus grand fournisseur d’armes que le gouvernement Netanyahou utilise pour massacrer les Palestiniens dans le cadre d’un grand plan visant à rendre impossible la solution à deux États et la coexistence pacifique entre Juifs et Palestiniens.
  • Nous vous reprochons de ne jamais répondre à la question pertinente à laquelle tout Allemand doit répondre : combien de sang palestinien doit couler avant que votre culpabilité, justifiée, à l’égard de l’Holocauste ne soit effacée ?

Soyons donc clairs : nous sommes ici, à Berlin, avec notre Congrès sur la Palestine parce que, contrairement au système politique et aux médias allemands, nous condamnons les génocides et les crimes de guerre, quels qu’en soient les auteurs. Parce que nous nous opposons à l’apartheid sur la terre d’Israël-Palestine, quel que soit celui qui a le dessus – tout comme nous nous sommes opposés à l’apartheid dans le Sud américain ou en Afrique du Sud. Parce que nous défendons les droits humains universels, la liberté et l’égalité entre les Juifs, les Palestiniens, les Bédouins et les Chrétiens sur cette terre historique qu’est la Palestine.

Et pour que nous soyons encore plus clairs sur les questions, légitimes comme pernicieuses, auxquelles nous devons toujours être prêts à répondre :

Est-ce que je condamne les atrocités du Hamas ?

Je condamne toute atrocité, quel qu’en soit l’auteur ou la victime. Ce que je ne condamne pas, c’est la résistance armée à un système d’apartheid conçu dans le cadre d’un programme de nettoyage ethnique lent mais inexorable. En d’autres termes, je condamne toute attaque contre des civils et, en même temps, je rends hommage à tous ceux qui risquent leur vie pour ABATTRE LE MUR. :

Israël n’est-il pas engagé dans une guerre pour son existence même ?

Non, ce n’est pas le cas. Israël est un État doté de l’arme nucléaire, avec l’armée peut-être la plus avancée technologiquement au monde avec toute la panoplie de la machine militaire américaine à ses côtés. Il n’y a pas de comparaison avec le Hamas, un groupe qui peut causer de graves dommages aux Israéliens, mais qui n’a absolument pas la capacité de vaincre l’armée israélienne, ni même d’empêcher Israël de continuer à mettre en œuvre le lent génocide des Palestiniens dans le cadre du système d’apartheid mis en place avec le soutien de longue date des États-Unis et de l’Union européenne.

Les Israéliens ne sont-ils pas en droit de craindre que le Hamas veuille les exterminer ?

Bien sûr ! Les Juifs ont subi un Holocauste qui a été précédé de pogroms et d’un antisémitisme profondément ancré en Europe et en Amérique depuis des siècles. Il est tout à fait naturel que les Israéliens vivent dans la crainte d’un nouveau pogrom si l’armée israélienne se replie. Cependant, en imposant l’apartheid à ses voisins, en les traitant comme des sous-hommes, l’État israélien attise les feux de l’antisémitisme, renforce les Palestiniens et les Israéliens qui veulent s’anéantir les uns les autres et, en fin de compte, contribue à la terrible insécurité qui consume les Juifs en Israël et dans la diaspora. L’apartheid contre les Palestiniens est la pire forme d’autodéfense des Israéliens.

Qu’en est-il de l’antisémitisme ?

Il s’agit toujours clairement d’un danger. Il doit être éradiqué, en particulier dans les rangs de la gauche mondiale et des Palestiniens qui luttent pour les droits civiques des Palestiniens, partout dans le monde.

Pourquoi les Palestiniens ne poursuivent-ils pas leurs objectifs par des moyens pacifiques ?

Ils l’ont fait. L’OLP a reconnu Israël et a renoncé à la lutte armée. Et qu’ont-ils obtenu en échange ? Une humiliation absolue et un nettoyage ethnique systématique. C’est ce qui a nourri le Hamas et l’a élevé aux yeux de nombreux Palestiniens comme la seule alternative à un lent génocide sous l’apartheid israélien.

Que faut-il faire maintenant ? Qu’est-ce qui pourrait apporter la paix en Israël-Palestine ?

  • Un cessez-le-feu immédiat.
  • La libération de tous les otages : ceux du Hamas et les milliers d’autres détenus par Israël.
  • Un processus de paix, sous l’égide des Nations unies, soutenu par un engagement de la communauté internationale à mettre fin à l’apartheid et à garantir des libertés égales pour tous.
  • Quant à ce qui doit remplacer l’apartheid, il appartient aux Israéliens et aux Palestiniens de choisir entre la solution des deux États et celle d’un État fédéral laïque unique.

Mes amis,

Nous sommes ici parce que la vengeance est une forme lâche du deuil.

Nous sommes ici pour promouvoir non pas la vengeance, mais la paix et la coexistence en Israël et Palestine.

Nous sommes ici pour dire aux démocrates allemands, y compris à nos anciens camarades de Die Linke, qu’ils se sont couverts de honte depuis assez longtemps – que « deux fautes ne font pas une juste » – que permettre à Israël de commettre des crimes de guerre n’améliorera pas l’héritage des crimes commis par l’Allemagne contre le peuple juif.

Au-delà du congrès d’aujourd’hui, nous avons le devoir, en Allemagne, de changer de discours. Nous avons le devoir de persuader la grande majorité des Allemands honnêtes que les droits humains universels sont ce qui compte. Que « plus jamais ça » signifie « plus jamais ça ». Pour tous, Juifs, Palestiniens, Ukrainiens, Russes, Yéménites, Soudanais, Rwandais – pour tous, partout.

Dans ce contexte, j’ai le plaisir d’annoncer que MERA25, le parti politique allemand de DiEM25, participera à l’élection du Parlement européen en juin prochain, en sollicitant le vote des humanistes allemands qui ont besoin d’un député européen représentant l’Allemagne et dénonçant la complicité de l’UE dans le génocide – une complicité qui est le plus grand cadeau de l’Europe aux antisémites d’Europe et d’ailleurs.

Je vous salue tous et vous propose de ne jamais oublier qu’aucun d’entre nous n’est libre si l’un d’entre nous est enchaîné.

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur Yanis Varoufakis : le discours prévu à Berlin avant que la police ne mette fin au congrès sur la Palestine

2024/04/09 Arié Alimi : « C’est parce que je suis juif français que j’ai renoncé à mon identité sioniste »

Figure de la gauche antiraciste, l’avocat Arié Alimi s’ouvre sur la « déflagration » ressentie le 7 octobre et tente de réarticuler ses identités d’homme juif, français, de gauche.

« J’avais forgé le désir de vivre en Israël. Mais il y a eu un moment de bascule qui a été très important dans ma vie », explique l’avocat Arié Alimi.

IDENTITÉS – En écrivant Juif, français, de gauche… dans le désordre, Arié Alimi voulait « purger quelque chose de personnel », mais pas seulement. Pour l’avocat, membre dirigeant de la Ligue des droits de l’Homme (LDH), militant antiraciste, connu pour son combat contre les violences policières, il s’agissait aussi de « susciter un dialogue ».

Celui qui a compté Jean-Luc Mélenchon parmi ses clients, y décrit la « déflagration du 7 octobre », quand des partis politiques qu’il considérait comme des « compagnons de lutte », notamment le NPA, ont tenté de légitimer les attaques du Hamas. « Mon deuil à peine entamé, on me sommait de choisir mon camp. Moi qui m’étais toujours efforcé de laisser mes identités cohabiter », écrit-il dans son essai publié aux éditions La Découverte.

Au fil des pages, il tente de comprendre ses « propres cohérences et incohérences » et de réconcilier ses identités de Français juif, de gauche, dont le rapport au sionisme a évolué au fil des années. Auprès du HuffPost, il revient sur cet « écheveau d’identités » pour « permettre à tout le monde de s’emparer de ces questions ».

Le HuffPost. Vous décrivez dans le livre votre identité de « juif de gauche à visage découvert, un juif à part, coupé de sa communauté ». Pour vous, être juif et de gauche, aujourd’hui, c’est se couper de sa communauté ?

Arié Alimi. À une époque, ça allait de soi d’être juif et de gauche, y compris pour les institutions communautaires. Aujourd’hui, c’est de plus en plus difficile. Il y a eu un décalage de la communauté juive et le regard porté par ses membres sur les juifs de gauche est celui de l’étrangeté et du soupçon.

Pourquoi cela ?

Il y a un discours qui repose sur des choses vraies mais qui est malheureusement totalisant : celui de l’assimilation entre l’antisémitisme et l’antisionisme. L’antisionisme, qui veut dire beaucoup de choses, est une lutte de l’extrême gauche et est au cœur de la pensée anti-impérialiste. Le problème est qu’il y a eu un sophisme totalisant. Or, s’il est vrai qu’il y a une matrice spécifique de l’antisémitisme qui peut émaner des luttes anti-impérialistes et notamment de l’antisionisme, toute la pensée antisioniste n’est pas antisémite.

Vous qualifiez les discours autour de l’antisionisme et de l’antisémitisme de « spirale infernale de contre-vérités ». Qu’est-ce que vous entendez par cela ?

Chacun a une définition de ces mots et il y a des langues différentes selon les camps. Dans le camp sioniste, le mot sioniste est un mot nécessaire, un mot de survie. Dans le camp antisioniste, c’est un mot de mort, un mot de fascisme. Ce sont deux regards radicalement différents sur le même mot. Le but du livre est d’appeler tout le monde à revoir les mots et rediscuter.

Si le camp décolonial pouvait appréhender que le sionisme était aussi un mouvement ethnique d’autodétermination d’un peuple sans terre, opprimé depuis toujours. Et se dire qu’il y avait plusieurs visions du sionisme à l’origine. Si on pouvait simplement se dire ça, on aurait déjà compris qu’il y a un langage commun qui est possible, et qu’on peut travailler sur cette question pour le futur.

Pareil pour l’antisionisme. Si la communauté juive ou d’autres arrêtaient de considérer que l’antisionisme impliquait ipso facto la destruction de l’État d’Israël ou la remise en cause du projet qui consistait pour les Juifs à avoir un foyer. Ce que ce livre veut encourager, ce sont des pas de côté pour ces camps idéologiques.

Vous-même avez vécu une évolution dans votre rapport au sionisme. Vous parlez dans le livre d’une prise de conscience lors d’un séjour en Israël à l’époque de vos études. Comment est advenue cette évolution ?

Je suis un enfant juif de Sarcelles qui a eu une éducation extrêmement religieuse. Un enfant juif qui a été irrigué politiquement par le sionisme socialiste. J’avais pour vocation de devenir moi-même israélien. J’avais forgé le désir de vivre en Israël et de porter cet idéal sioniste. Mais il y a eu un moment de bascule qui a été très important dans ma vie. J’allais souvent en Israël et j’aimais prendre le thé dans le souk de Jérusalem et rencontrer les gens qui y étaient, à savoir des Palestiniens. Et notamment Hadil, avec qui je parlais tous les samedis.

C’est cette rencontre qui a brisé l’idéologie totalisante que je pouvais avoir, qui m’a montré l’envers du décor du sionisme, ce qu’il était devenu, ce qu’était la réalité israélienne. Une réalité qui certes pouvait être confortable pour beaucoup de juifs, mais qui ne l’était pas pour le reste de la population, qui était même un calvaire et un cauchemar. Je ne pouvais plus concevoir la possibilité de vivre dans ce pays qui ne portait pas ce qui était en train de se créer en moi en tant qu’étudiant en droit à l’époque, c’est-à-dire à un mélange universel d’humanisme, de liberté, d’égalité. C’est parce que je suis juif français que j’ai renoncé à mon identité sioniste à ce moment-là, parce que ça ne pouvait plus résonner.

Vous dites aussi dans le livre que vous dénoncez « le massacre des Gazaouis, la colonisation de la Cisjordanie […] en tant qu’homme de gauche, mais également en tant que juif ». Être juif pour vous, c’est devoir dénoncer ce qui se passe à Gaza aujourd’hui ?

Oui, pleinement. Ce qui est fascinant, c’est que le sionisme tel qu’il est devenu a écarté peut-être les valeurs les plus humanistes du judaïsme. C’est dans le message universel et dans les principes fondamentaux tels que je les ressens du judaïsme que je vois une contradiction fondamentale avec ce qui est fait à Gaza aujourd’hui.

Dans le livre vous parlez du choc du 7 octobre et en particulier de la réaction de certains groupes politiques dont vous étiez proches comme le NPA ou LFI, mais aussi de mouvements juifs comme Tsedek ou l’UJFP. Qu’est ce qui vous a choqué dans leurs réactions ?

Il y en a beaucoup qui interprètent ça comme de l’antisémitisme, je n’irais pas jusque-là. Je parle plutôt d’insensibilité idéologique. Ce sont des communiqués par exemple, pour certains, qui parlent de « résistance armée », de « processus de lutte armée ». Des textes qui portent un choix politique de légitimation de l’acte. Sauf que cet acte, c’est le meurtre de civils et de masse. Autant la lutte armée est reconnue légalement par le droit international lorsqu’on est occupé, et c’est le cas du peuple palestinien, autant les modalités de mise en œuvre de la lutte armée ne peuvent pas viser les civils. C’est cet antagonisme que j’ai avec le regard porté par des formations politiques avec lesquelles j’avais l’habitude de travailler.

Évidemment, c’est parce que je suis juif que j’ai immédiatement été sensibilisé et outré par cette approche, mais pas que. En tant que juriste, je ne peux pas concevoir qu’on puisse considérer que viser des civils est une modalité acceptable alors qu’elle est contraire à tous les textes internationaux. La fin ne justifie jamais les moyens.

Vous parlez aussi de la manière dont l’antisémitisme est devenu un outil de communication politique notamment pour l’extrême droite…

Il ne faut pas être naïf et ne pas voir que juifs et musulmans, antisémitisme et sionisme, tous ces concepts et ces communautés sont devenues des variables d’ajustement utilisées dans le cadre d’un rapport de force politique et discursif en France. Il n’y a qu’à voir la façon dont l’extrême droite se positionne par rapport à la question de l’antisémitisme, alors même qu’on connaît son histoire et qu’on connaît son idéologie. Ou il n’y a qu’à voir les étoiles de David sur les murs, faites, on le sait maintenant, dans le cadre d’une opération de l’intelligence russe en vue de fracturer la société française, parce qu’ils savent que la question de l’antisémitisme est un levier politique fondamental en France. Mais poser les mots et dire qu’il peut y avoir une instrumentalisation politique de l’antisémitisme, ça ne veut pas dire qu’il n’y a pas d’antisémitisme ou que l’antisémitisme n’augmente pas. Il y a les deux.

 

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur 2024/04/09 Arié Alimi : « C’est parce que je suis juif français que j’ai renoncé à mon identité sioniste »

Israël-Palestine. En quoi ça nous concerne (+ autres textes)

  • Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU demande l’arrêt des ventes d’armes à Israël, la France s’abstient
  • Les syndicats canadiens exigent un embargo complet sur les armes a destination d’Israel
  • Yuval Abraham : « Lavander » : la machine d’intelligence artificielle qui dirige les bombardements israéliens à Gaza
  • B’Tselem : Israël restreint toujours considérablement les déplacements au sein de la Cisjordanie depuis le début de la guerre de Gaza, désorganisant ainsi la vie de deux millions de Palestiniens
  • Amira Hass : Pour l’Etat hébreu, l’aide humanitaire de WCK participait de son attaque contre l’UNRWA. L’assassinat des employés occidentaux de WCK ébranle cette entreprise
  • L’Eurovision ne peut pas blanchir les crimes de guerre !
  • Meron Rapoport : Pourquoi les Israéliens se sentent-ils si menacés par un cessez-le-feu ?
  • Israël-Palestine. En quoi ça nous concerne
  • Liens avec autres textes

Le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU
demande l’arrêt des ventes d’armes à Israël,
la France s’abstient

Lors d’une session à Genève le vendredi 5 avril 2024, le Conseil des Droits de l’Homme de l’ONU demande l’arrêt des ventes d’armes à Israël.

Le Conseil des Droits de l’Homme a examiné le vendredi 5 avril 2024, à Genève, le projet de résolution sur la « situation des droits de l’homme dans le Territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est, et l’obligation d’assurer la responsabilité et la justice ».

Le Conseil a adopté la résolution, exigeant l’arrêt des ventes d’armes à Israël, avec 28 voix pour, 6 contre (Argentine, Bulgarie, Allemagne, Malawi, Paraguay, États-Unis) et 13 abstentions (dont la France). La résolution n’est pas contraignante, mais permet au Conseil de signifier son inquiétude quant au respect des droits de l’Homme dans les territoires palestiniens occupés, notamment à Gaza, et positionne ainsi les États partenaires d’Israël face à leurs responsabilités au regard des conventions humanitaires internationales.

L’application de cette résolution repose désormais sur la volonté des États tiers à se conformer aux directives juridique et humanitaire internationales ; Israël a quant à lui déjà un palmarès de non-respect des résolutions lui étant destinées, notamment celle du 25 mars dernier exigeant un cessez-le-feu dans la bande de Gaza.

Israël avait d’ailleurs en 2012 décidé de rompre contact avec le Conseil des Droits de l’Homme, il avait jugé que ce dernier était biaisé et se concentrait de manière disproportionnée sur la situation des territoires palestiniens occupés.

Ce même vendredi 5 avril, 115 parlementaires français ont demandé au Président de la République l’arrêt immédiat de la vente d’armes à Israël, via une lettre à l’initiative des parlementaires Mathilde Panot (La France Insoumise), Cyrielle Chatelain (Les Écologistes) et Guillaume Gontard (Groupe Écologiste Solidarité & Territoires du Sénat).

Après plus de 180 jours de bombardements à Gaza, Israël a tué plus de 32 623 Palestiniens depuis le 7 octobre 2023, dont au moins 14 500 enfants.

https://agencemediapalestine.fr/blog/2024/04/05/le-conseil-des-droits-de-lhomme-de-lonu-exige-larret-des-ventes-darmes-a-israel/

******
Les syndicats canadiens exigent un embargo complet
sur les armes a destination d’Israel

Alors qu’Israël poursuit ses bombardements sur Gaza, qui ont entraîné un nombre dévastateur de morts civiles, le Syndicat des travailleurs et travailleuses des postes (STTP), le Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), le Syndicat national des employées et employés généraux du secteur public (SNEGSP) et l’Alliance de la fonction publique du Canada (AFPC) demandent au gouvernement canadien de suspendre immédiatement le commerce d’armes et d’équipement militaire avec Israël.

Plus de 30 000 Palestinien·nes ont été tué·es par les bombardements israéliens sur Gaza. Ces bombardements font suite à l’attentat perpétré par le Hamas en Israël le 7 octobre, qui a fait environ 1 200 mort·es, pour la plupart des civil·es innocent·es. Plus de 200 personnes ont été prises en otage, dont des enfants. On estime qu’une centaine d’entre elles sont toujours en captivité et que leurs familles et leurs communautés souffrent. Un cessez-le-feu est nécessaire de toute urgence pour que les civil·es israélien·nes puissent rentrer chez elles et chez eux en toute sécurité et pour mettre fin à la dévastation et aux mort·es dans la bande de Gaza.

La majorité des Palestinien·nes tué·es par les frappes aériennes israéliennes à Gaza sont des civil·es. Une proportion alarmante d’entre elles et eux, environ un tiers, sont des enfants. Des dizaines de milliers de Palestinien·nes ont été blessé·es et environ 2 millions de personnes ont été déplacées. Des informations de plus en plus nombreuses font état de pénuries généralisées d’aide humanitaire et de personnes confrontées à la famine et à la maladie. Nous avons pris connaissance d’informations inquiétantes faisant état d’attaques contre des civil·es et des infrastructures, y compris des établissements de soins de santé. Aujourd’hui, l’armée israélienne menace de procéder à une invasion terrestre à Rafah. Pourtant, plus d’un million de Palestinien·nes ont été invité·nes à se rendre à Rafah pour fuir les frappes aériennes israéliennes dans le nord de la bande de Gaza.

Le Canada exporte des équipements militaires vers Israël, y compris via les États-Unis. Cela signifie que le Canada risque d’être complice de la violence et des violations des droits des êtres humains perpétrées par Israël à Gaza. Le Canada importe également des équipements militaires d’Israël, ce qui, selon les groupes anti-guerre, soutient l’industrie et les opérations militaires israéliennes.

S’appuyant sur les appels urgents en faveur d’un cessez-le-feu permanent et d’une aide humanitaire, les syndicats, la société civile, les organisations humanitaires et les élu·es du monde entier réclament de plus en plus souvent un embargo sur les armes à destination d’Israël afin de contribuer à mettre un terme à la violence catastrophique qui sévit à Gaza. D’autres pays, dont la Belgique, l’Italie, l’Espagne et les Pays-Bas, ont suspendu les transferts d’armes vers Israël.

Les expert·es en droits des êtres humains des Nations unies ont tiré la sonnette d’alarme, avertissant que l’envoi à Israël d’armes, de munitions ou de pièces détachées qui seraient utilisées à Gaza constituait probablement une violation du droit humanitaire international. En vertu des traités internationaux, les pays, y compris le Canada – ont l’obligation légale de s’abstenir d’envoyer des armes, des munitions ou des pièces s’ils s’attendent à ce qu’elles soient utilisées pour violer le droit international. Les gouvernements sont également tenus de rejeter les permis d’exportation d’armes si celles-ci sont susceptibles d’être utilisées pour commettre des violences à l’encontre des femmes et des enfants.

Le récent arrêt de la Cour internationale de justice (CIJ), qui a confirmé l’existence d’un risque plausible de génocide à Gaza et a ordonné à Israël de prévenir les actes de génocide, donne encore plus de poids et d’urgence à nos obligations. En tant que signataire de la Convention sur le génocide, le Canada est tenu de se conformer à l’arrêt de la CIJ et de prendre toutes les mesures possibles pour prévenir un génocide dans un autre pays.

Selon des données récentes obtenues par The Maple, le gouvernement canadien a approuvé des exportations militaires vers Israël d’une valeur de 28,5 millions de dollars entre octobre et décembre 2023.

En mars, à la suite de la motion non contraignante de la Chambre des communes, le gouvernement canadien s’est engagé à suspendre son approbation des futurs permis d’exportation d’armes vers Israël. Il s’agit là d’un premier pas important vers un embargo complet sur les armes.

Nous demandons instamment au gouvernement canadien de suspendre immédiatement le commerce d’armes et d’équipements militaires avec Israël, conformément aux obligations légales du Canada. Le Canada doit imposer un embargo sur les armes pour aider à mettre fin aux horreurs à Gaza.

En outre, nous réitérons nos appels au gouvernement canadien :
* Œuvrer en faveur d’un cessez-le-feu immédiat et permanent.
* Appeler au retour en toute sécurité des otages civil·es détenu·es par le Hamas.
* Exhorter fermement le gouvernement d’Israël à se conformer à la décision de la CIJ afin d’empêcher les actes de génocide à Gaza et d’empêcher et de punir l’incitation directe et publique au génocide.
* Garantir l’acheminement en toute sécurité de l’aide humanitaire à Gaza, notamment en rétablissant le financement canadien de l’UNRWA.
* Appeler à la fin de l’occupation du territoire palestinien, étape essentielle vers une paix juste et durable dans la région.

Nous espérons que ces mesures contribueront à soutenir des solutions politiques à long terme pour garantir la paix et la sécurité des Palestinien·nes et des Israéliens·ne, ainsi que de toutes et tous les habitants de la région.

https://www.workersinpalestine.org/news/canadian-trade-unions-demands-complete-arms-embargo
Traduit avec DeepL.com (version gratuite)

******
« Lavander » : la machine d’intelligence artificielle qui dirige les bombardements israéliens à Gaza

L’armée israélienne a désigné des dizaines de milliers d’habitants de Gaza comme suspects d’assassinat, en utilisant un système de ciblage par intelligence artificielle  IA) avec peu de surveillance humaine et une politique permissive en matière de pertes humaines, révèlent +972 et Local Call.

En 2021, un livre intitulé « The Human-Machine Team : How to Create Synergy Between Human and Artificial Intelligence That Will Revolutionize Our World » a été publié en anglais sous le pseudonyme de « Brigadier General Y.S. » Dans cet ouvrage, l’auteur – un homme dont nous avons confirmé qu’il est l’actuel commandant de l’unité d’élite du renseignement israélien 8200 – plaide en faveur de la conception d’une machine spéciale capable de traiter rapidement des quantités massives de données afin de générer des milliers de « cibles » potentielles pour des frappes militaires dans le feu de l’action. Une telle technologie, écrit-il, résoudrait ce qu’il décrit comme un « système d’étranglement humain à la fois pour la localisation des nouvelles cibles et la prise de décision pour approuver les cibles ».

Il s’avère qu’une telle machine existe réellement. Une nouvelle enquête menée par +972 Magazine et Local Call révèle que l’armée israélienne a mis au point un programme basé sur l’intelligence artificielle, connu sous le nom de « Lavender« , dévoilé ici pour la première fois. Selon six officiers de renseignement israéliens, qui ont tous servi dans l’armée pendant la guerre actuelle contre la bande de Gaza et ont été directement impliqués dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour générer des cibles à assassiner, Lavender a joué un rôle central dans le bombardement sans précédent des Palestiniens, en particulier pendant les premières phases de la guerre. En fait, selon les sources, son influence sur les opérations militaires était telle qu’elles traitaient les résultats de la machine d’IA « comme s’il s’agissait d’une décision humaine ».

Officiellement, le système Lavender est conçu pour marquer tous les agents présumés des ailes militaires du Hamas et du Jihad islamique palestinien (PIJ), y compris les moins gradés, comme des cibles potentielles pour les bombardements. Les sources ont déclaré à +972 et à Local Call que, pendant les premières semaines de la guerre, l’armée s’est presque entièrement appuyée sur Lavender, qui a marqué jusqu’à 37 000 Palestiniens comme militants présumés – et leurs maisons – en vue d’éventuelles frappes aériennes.

Au début de la guerre, l’armée a largement autorisé les officiers à adopter les listes d’objectifs de Lavender, sans exiger de vérification approfondie des raisons pour lesquelles la machine avait fait ces choix, ni d’examen des données brutes de renseignement sur lesquelles elles étaient basées. Une source a déclaré que le personnel humain ne faisait souvent qu’entériner les décisions de la machine, ajoutant que, normalement, il ne consacrait personnellement qu’environ « 20 secondes » à chaque cible avant d’autoriser un bombardement – juste pour s’assurer que la cible marquée par Lavender est bien un homme. Et ce, tout en sachant que le système commet ce que l’on considère comme des « erreurs » dans environ 10% des cas, et qu’il est connu pour marquer occasionnellement des individus qui n’ont qu’un lien ténu avec des groupes militants, voire aucun lien du tout.

En outre, l’armée israélienne a systématiquement attaqué les personnes ciblées alors qu’elles se trouvaient chez elles – généralement la nuit en présence de toute leur famille – plutôt qu’au cours d’une activité militaire. Selon les sources, cela s’explique par le fait que, du point de vue du renseignement, il est plus facile de localiser les individus dans leurs maisons privées. D’autres systèmes automatisés, dont celui appelé « Where’s Daddy ? », également révélé ici pour la première fois, ont été utilisés spécifiquement pour suivre les individus ciblés et commettre des attentats à la bombe lorsqu’ils étaient entrés dans les résidences de leur famille.

Le résultat, comme en témoignent les sources, est que des milliers de Palestiniens   pour la plupart des femmes et des enfants ou des personnes qui n’étaient pas impliquées dans les combats – ont été éliminés par les frappes aériennes israéliennes, en particulier au cours des premières semaines de la guerre, en raison des décisions du programme d’intelligence artificielle.

« Nous ne voulions pas tuer les agents [du Hamas] uniquement lorsqu’ils se trouvaient dans un bâtiment militaire ou participaient à une activité militaire », a déclaré A., un officier de renseignement, à +972 et à Local Call. « Au contraire, les FDI les ont bombardés dans leurs maisons sans hésitation, comme première option. Il est beaucoup plus facile de bombarder la maison d’une famille. Le système est conçu pour les rechercher dans ces situations. »

La machine Lavender rejoint un autre système d’IA, « The Gospel« , au sujet duquel des informations ont été révélées lors d’une précédente enquête menée par +972 et Local Call en novembre 2023, ainsi que dans les propres publications de l’armée israélienne. La différence fondamentale entre les deux systèmes réside dans la définition de la cible : alors que The Gospel marque les bâtiments et les structures à partir desquels, selon l’armée, les militants opèrent, Lavender marque les personnes – et les inscrit sur une liste de personnes à abattre.

En outre, selon les sources, lorsqu’il s’agissait de cibler des militants juniors présumés marqués par Lavender, l’armée préférait n’utiliser que des missiles non guidés, communément appelés bombes « muettes » (par opposition aux bombes de précision « intelligentes »), qui peuvent détruire des bâtiments entiers sur leurs occupants et causer d’importantes pertes humaines. « Vous ne voulez pas gaspiller des bombes coûteuses sur des personnes sans importance – cela coûte très cher au pays et il y a une pénurie [de ces bombes] », a déclaré C., l’un des officiers de renseignement. Une autre source a déclaré avoir personnellement autorisé le bombardement de « centaines » de domiciles privés d’agents subalternes présumés marqués par Lavender, nombre de ces attaques tuant des civils et des familles entières en tant que « dommages collatéraux ».

Selon deux de ces sources, l’armée a également décidé, au cours des premières semaines de la guerre, que pour chaque agent subalterne du Hamas marqué par Lavender, il était permis de tuer jusqu’à 15 ou 20 civils ; par le passé, l’armée n’autorisait aucun « dommage collatéral » lors de l’assassinat de militants de bas rang. Les sources ont ajouté que, dans le cas où la cible était un haut responsable du Hamas ayant le rang de commandant de bataillon ou de brigade, l’armée a autorisé à plusieurs reprises le meurtre de plus de 100 civils lors de l’assassinat d’un seul commandant.

L’enquête qui suit est organisée selon les six étapes chronologiques de la production hautement automatisée de cibles par l’armée israélienne au cours des premières semaines de la guerre de Gaza. Tout d’abord, nous expliquons la machine Lavender elle-même, qui a marqué des dizaines de milliers de Palestiniens à l’aide de l’IA. Ensuite, nous révélons le système « Where’s Daddy ? » (Où est papa ?), qui a suivi ces cibles et signalé à l’armée qu’elles entraient dans leurs maisons familiales. Troisièmement, nous décrivons comment les bombes « muettes » ont été choisies pour frapper ces maisons.

Quatrièmement, nous expliquons comment l’armée a assoupli le nombre de civils pouvant être tués lors du bombardement d’une cible. Cinquièmement, nous expliquons comment un logiciel automatisé a calculé de manière inexacte le nombre de non-combattants dans chaque foyer. Sixièmement, nous montrons qu’à plusieurs reprises, lorsqu’une maison a été frappée, généralement la nuit, la cible individuelle n’était parfois pas à l’intérieur du tout, parce que les officiers militaires n’ont pas vérifié l’information en temps réel.

ÉTAPE 1 : GÉNÉRER DES CIBLES

« Une fois que l’on passe à un système automatique, la génération de cibles s’emballe »
Dans l’armée israélienne, le terme « cible humaine » désignait autrefois un haut responsable militaire qui, selon les règles du département du droit international de l’armée, pouvait être tué à son domicile privé, même s’il y avait des civils autour de lui. Des sources de renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call qu’au cours des précédentes guerres d’Israël, étant donné qu’il s’agissait d’une manière « particulièrement brutale » de tuer quelqu’un – souvent en tuant toute une famille aux côtés de la cible – ces cibles humaines étaient marquées très soigneusement et seuls les commandants militaires de haut rang étaient bombardés à leur domicile, afin de maintenir le principe de proportionnalité en vertu du droit international.

Mais après le 7 octobre, lorsque les militants du Hamas ont lancé un assaut meurtrier contre les communautés du sud d’Israël, tuant environ 1 200 personnes et en enlevant 240, l’armée a adopté une approche radicalement différente, selon les sources. Dans le cadre de l’opération « Iron Swords » , l’armée a décidé de désigner tous les agents de la branche militaire du Hamas comme des cibles humaines, quel que soit leur rang ou leur importance militaire. Et cela a tout changé.

Cette nouvelle politique a également posé un problème technique aux services de renseignement israéliens. Lors des guerres précédentes, pour autoriser l’assassinat d’une seule cible humaine, un officier devait passer par un processus d’« incrimination » long et complexe : vérifier par recoupement les preuves que la personne était bien un membre haut placé de l’aile militaire du Hamas, découvrir où elle vivait, ses coordonnées et enfin savoir quand elle était chez elle en temps réel. Lorsque la liste des cibles ne comptait que quelques dizaines d’agents de haut rang, les services de renseignement pouvaient s’occuper individuellement du travail d’incrimination et de localisation.

Cependant, une fois que la liste a été élargie pour inclure des dizaines de milliers d’agents de rang inférieur, l’armée israélienne a compris qu’elle devait s’appuyer sur des logiciels automatisés et sur l’intelligence artificielle. Le résultat, selon les sources, est que le rôle du personnel humain dans l’incrimination des Palestiniens en tant qu’agents militaires a été mis de côté et que l’intelligence artificielle a fait le gros du travail à sa place. Selon quatre des sources qui ont parlé à +972 et à Local CallLavender – qui a été développé pour créer des cibles humaines dans la guerre actuelle – a marqué quelque 37 000 Palestiniens comme étant des « militants du Hamas » présumés, la plupart d’entre eux étant des jeunes, pour les assassiner (le porte-parole des FDI a nié l’existence d’une telle liste dans une déclaration à +972 et à Local Call).

« Nous ne savions pas qui étaient les agents subalternes, parce qu’Israël ne les suivait pas régulièrement [avant la guerre] », a expliqué l’officier supérieur B. à +972 et à Local Call, expliquant ainsi la raison pour laquelle cette machine à cibler a été mise au point pour la guerre en cours. « Ils voulaient nous permettre d’attaquer automatiquement [les agents subalternes]. C’est le Saint Graal. Une fois que vous passez à l’automatique, la génération de cibles devient folle ».

Les sources ont déclaré que l’autorisation d’adopter automatiquement les listes de personnes à abattre de Lavender, qui n’étaient auparavant utilisées que comme outil auxiliaire, a été accordée environ deux semaines après le début de la guerre, après que le personnel des services de renseignement a vérifié « manuellement » l’exactitude d’un échantillon aléatoire de plusieurs centaines de cibles sélectionnées par le système d’intelligence artificielle. Lorsque cet échantillon a révélé que les résultats de Lavender avaient atteint une précision de 90% dans l’identification de l’affiliation d’un individu au Hamas, l’armée a autorisé l’utilisation généralisée du système. À partir de ce moment, les sources ont déclaré que si Lavender décidait qu’un individu était un militant du Hamas, il leur était essentiellement demandé de traiter cela comme un ordre, sans obligation de vérifier de manière indépendante pourquoi la machine avait fait ce choix ou d’examiner les données brutes de renseignement sur lesquelles elle est basée.

« À 5 heures du matin, [l’armée de l’air] arrivait et bombardait toutes les maisons que nous avions marquées », raconte B.. « Nous avons éliminé des milliers de personnes. Nous ne les avons pas examinées une par une – nous avons tout mis dans des systèmes automatisés, et dès que l’une [des personnes marquées] était chez elle, elle devenait immédiatement une cible. Nous l’avons bombardé, lui et sa maison. »

« J’ai été très surpris que l’on nous demande de bombarder une maison pour tuer un soldat au sol, dont l’importance dans les combats était si faible », a déclaré une source au sujet de l’utilisation de l’IA pour marquer des militants présumés de bas rang. J’ai surnommé ces cibles « cibles poubelles ». Néanmoins, je les trouvais plus éthiques que les cibles que nous bombardions uniquement à des fins de « dissuasion » – des gratte-ciel évacués et renversés dans le seul but de provoquer des destructions. »

Les résultats meurtriers de ce relâchement des restrictions au début de la guerre ont été stupéfiants. Selon les données du ministère palestinien de la santé à Gaza, sur lesquelles l’armée israélienne s’appuie presque exclusivement depuis le début de la guerre, Israël a tué quelque 15 000 Palestiniens – soit près de la moitié du nombre de morts jusqu’à présent – au cours des six premières semainesde la guerre, jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu d’une semaine soit conclu le 24 novembre.

« Plus il y a d’informations et de variété, mieux c’est »
Le logiciel Lavender analyse les informations recueillies sur la plupart des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza grâce à un système de surveillance de masse, puis évalue et classe la probabilité que chaque personne soit active dans l’aile militaire du Hamas ou du PIJ. Selon certaines sources, la machine attribue à presque chaque habitant de Gaza une note de 1 à 100, exprimant la probabilité qu’il s’agisse d’un militant.

Lavender apprend à identifier les caractéristiques des agents connus du Hamas et du PIJ, dont les informations ont été transmises à la machine en tant que données d’entraînement, puis à repérer ces mêmes caractéristiques – également appelées « traits » – au sein de la population générale, ont expliqué les sources. Une personne présentant plusieurs caractéristiques incriminantes différentes atteindra une cote élevée et deviendra ainsi automatiquement une cible potentielle pour un assassinat.

Dans « The Human-Machine Team », le livre cité au début de cet article, le commandant actuel de l’unité 8200 plaide en faveur d’un tel système sans citer le nom de Lavender. (Le commandant lui-même n’est pas nommé, mais cinq sources au sein de l’unité 8200 ont confirmé que le commandant était l’auteur, comme l’a également rapporté Haaretz). Décrivant le personnel humain comme un « système d’étranglement » qui limite la capacité de l’armée au cours d’une opération militaire, le commandant se lamente : « Nous [les humains] ne pouvons pas traiter autant d’informations. Peu importe le nombre de personnes chargées de produire des cibles pendant la guerre – vous ne pouvez toujours pas produire suffisamment de cibles par jour. »

Selon lui, la solution à ce problème réside dans l’intelligence artificielle. Le livre propose un petit guide pour construire une « machine cible », dont la description est similaire à celle de Lavender, basée sur des algorithmes d’intelligence artificielle et d’apprentissage automatique. Ce guide contient plusieurs exemples de « centaines et de milliers » de caractéristiques susceptibles d’augmenter la cote d’un individu, comme le fait de faire partie d’un groupe Whatsapp avec un militant connu, de changer de téléphone portable tous les quelques mois et de changer fréquemment d’adresse.

« Plus il y a d’informations et plus elles sont variées, mieux c’est », écrit le commandant. « Informations visuelles, informations cellulaires, connexions aux réseaux sociaux, informations sur le champ de bataille, contacts téléphoniques, photos. Si, dans un premier temps, ce sont les humains qui sélectionnent ces caractéristiques, poursuit le commandant, au fil du temps, la machine en viendra à les identifier d’elle-même. Selon lui, cela peut permettre aux armées de créer « des dizaines de milliers de cibles », la décision de les attaquer ou non restant du ressort de l’homme. »

Ce livre n’est pas la seule fois où un haut commandant israélien a fait allusion à l’existence de machines cibles humaines comme Lavender+972 et Local Call ont obtenu des images d’une conférence privée donnée par le commandant du centre secret de science des données et d’IA de l’unité 8200, le « colonel Yoav », lors de la semaine de l’IA de l’université de Tel-Aviv en 2023, dont les médias israéliens ont parlé à l’époque.

Dans cette conférence, le commandant parle d’une nouvelle machine-cible sophistiquée utilisée par l’armée israélienne, qui détecte les « personnes dangereuses » en se basant sur leur ressemblance avec les listes existantes de militants connus sur lesquelles elle a été entraînée. « Grâce à ce système, nous avons réussi à identifier les commandants des escadrons de missiles du Hamas », a déclaré le colonel Yoav lors de la conférence, en référence à l’opération militaire israélienne de mai 2021 à Gaza, au cours de laquelle la machine a été utilisée pour la première fois.

Diapositives d’une conférence présentée par le commandant du centre de science des données et d’intelligence artificielle de l’unité 8200 de Tsahal à l’université de Tel Aviv en 2023, obtenues par +972 et Local Call.

Diapositives d’une conférence présentée par le commandant du centre de science des données et d’intelligence artificielle de l’unité 8200 de Tsahal à l’université de Tel Aviv en 2023, obtenues par +972 et Local Call.

Les diapositives de la présentation, également obtenues par +972 et Local Call, contiennent des illustrations du fonctionnement de la machine : elle est alimentée en données sur les agents du Hamas existants, elle apprend à remarquer leurs caractéristiques, puis elle évalue d’autres Palestiniens en fonction de leur degré de similitude avec les militants.

« Nous classons les résultats et déterminons le seuil [à partir duquel il convient d’attaquer une cible] », a déclaré le colonel Yoav lors de la conférence, soulignant qu’ »en fin de compte, ce sont des personnes en chair et en os qui prennent les décisions ». Dans le domaine de la défense, d’un point de vue éthique, nous insistons beaucoup sur ce point. Ces outils sont destinés à aider [les officiers de renseignement] à franchir leurs barrières ».

Dans la pratique, cependant, les sources qui ont utilisé Lavender au cours des derniers mois affirment que l’action humaine et la précision ont été substituées à la création de cibles de masse et à la létalité.

« Il n’y a pas de politique ‘zéro erreur‘ »
B., un officier supérieur qui utilise Lavender, a expliqué à +972 et Local Call que dans la guerre actuelle, les officiers n’étaient pas tenus d’examiner de manière indépendante les évaluations du système d’IA, afin de gagner du temps et de permettre la production en masse de cibles humaines sans entraves.

« Tout était statistique, tout était ordonné – c’était très sec », a déclaré B.. En d’autres termes, on savait à l’avance que 10% des cibles humaines destinées à être assassinées n’étaient pas du tout des membres de l’aile militaire du Hamas.

Par exemple, les sources ont expliqué que la machine Lavender signalait parfois par erreur des personnes dont les habitudes de communication étaient similaires à celles d’agents connus du Hamas ou du PIJ, notamment des policiers et des membres de la défense civile, des parents de militants, des habitants dont le nom et le surnom étaient identiques à ceux d’un agent, et des habitants de Gaza qui utilisaient un appareil ayant appartenu à un agent du Hamas.

« À quel point une personne doit-elle être proche du Hamas pour être [considérée par une machine d’IA comme] affiliée à l’organisation ? », a déclaré une source critiquant l’inexactitude de Lavender. « Il s’agit d’une limite vague. Une personne qui ne reçoit pas de salaire du Hamas, mais qui l’aide pour toutes sortes de choses, est-elle un agent du Hamas ? Une personne qui a fait partie du Hamas dans le passé, mais qui n’y est plus aujourd’hui, est-elle un agent du Hamas ? Chacune de ces caractéristiques – des caractéristiques qu’une machine signalerait comme suspectes – est inexacte ».

Des problèmes similaires se posent en ce qui concerne la capacité des machines de ciblage à évaluer le téléphone utilisé par une personne désignée pour être assassinée. « En temps de guerre, les Palestiniens changent de téléphone en permanence », explique la source. « Les gens perdent le contact avec leur famille, donnent leur téléphone à un ami ou à une épouse, ou le perdent. Il est impossible de se fier à 100% au mécanisme automatique qui détermine quel numéro de téléphone appartient à qui ».

Selon les sources, l’armée savait que la supervision humaine minimale en place ne permettrait pas de découvrir ces failles. Il n’y avait pas de politique « zéro erreur ». Les erreurs étaient traitées statistiquement », a déclaré une source qui a utilisé Lavender. « En raison de la portée et de l’ampleur du projet, le protocole était le suivant : même si l’on n’est pas sûr que la machine soit correcte, on sait que statistiquement, elle va bien. C’est pourquoi on l’utilise. »

« Elle a fait ses preuves », a déclaré B., la source principale. « Il y a quelque chose dans l’approche statistique qui vous fait respecter une certaine norme et un certain standard. Il y a eu un nombre illogique de [bombardements] dans cette opération. De mémoire, c’est sans précédent. Et je fais bien plus confiance à un mécanisme statistique qu’à un soldat qui a perdu un ami il y a deux jours. Tout le monde, y compris moi, a perdu des gens le 7 octobre. La machine l’a fait froidement. Et c’est ce qui a rendu les choses plus faciles.

Une autre source de renseignements, qui a défendu le recours aux listes de suspects palestiniens établies par Lavender, a fait valoir qu’il valait la peine d’investir le temps d’un agent de renseignements uniquement pour vérifier les informations si la cible était un haut commandant du Hamas. « Mais lorsqu’il s’agit d’un militant subalterne, il n’est pas souhaitable d’investir du temps et de la main-d’œuvre dans cette tâche », a-t-il déclaré. « En temps de guerre, on n’a pas le temps d’incriminer chaque cible. On est donc prêt à prendre la marge d’erreur de l’utilisation de l’intelligence artificielle, à risquer des dommages collatéraux et la mort de civils, et à risquer d’attaquer par erreur, et à s’en accommoder ».

  1. explique que la raison de cette automatisation est la volonté constante de créer davantage de cibles à assassiner. « Le jour où il n’y avait pas de cibles [dont l’évaluation des caractéristiques était suffisante pour autoriser une frappe], nous attaquions à un seuil plus bas. On nous mettait constamment la pression : « Apportez-nous plus de cibles ». Ils nous ont vraiment crié dessus. Nous avons fini [de tuer] nos cibles très rapidement ».

Il a expliqué qu’en abaissant le seuil d’évaluation de Lavender, le système marquait davantage de personnes comme cibles pour les frappes. « À son apogée, le système a réussi à générer 37 000 personnes comme cibles humaines potentielles », a déclaré B. « Mais les chiffres changeaient tout le temps, parce que cela dépendait de l’endroit où l’on plaçait la barre de ce qu’était un agent du Hamas. À certains moments, la définition d’un agent du Hamas était plus large, puis la machine a commencé à nous fournir toutes sortes d’agents de la défense civile et de la police, sur lesquels il serait dommage de gaspiller des bombes. Ils aident le gouvernement du Hamas, mais ne mettent pas vraiment les soldats en danger ».

Une source qui a travaillé avec l’équipe militaire de science des données qui a formé Lavender a déclaré que les données collectées auprès des employés du ministère de la sécurité intérieure dirigé par le Hamas, qu’il ne considère pas comme des militants, ont également été introduites dans la machine. J’ai été gêné par le fait que lors de la formation de Lavender, le terme « agent du Hamas » a été utilisé de manière vague et que des personnes travaillant pour la défense civile ont été incluses dans l’ensemble de données de formation », a-t-il déclaré.

La source a ajouté que même si l’on pense que ces personnes méritent d’être tuées, le fait d’entraîner le système sur la base de leurs profils de communication rendait Lavender plus susceptible de sélectionner des civils par erreur lorsque ses algorithmes étaient appliqués à l’ensemble de la population. « Comme il s’agit d’un système automatique qui n’est pas géré manuellement par des humains, la signification de cette décision est dramatique : cela signifie que vous incluez de nombreuses personnes ayant un profil de personnel de la communication civile en tant que cibles potentielles. »

« Nous avons seulement vérifié que la cible était un homme »
L’armée israélienne rejette catégoriquement ces affirmations. Dans une déclaration à +972 et Local Call, le porte-parole des FDI a nié utiliser l’intelligence artificielle pour incriminer des cibles, affirmant qu’il s’agit simplement « d’outils auxiliaires qui aident les officiers dans le processus d’incrimination ». Le communiqué poursuit : « Dans tous les cas, un examen indépendant par un analyste [du renseignement] est nécessaire, qui vérifie que les cibles identifiées sont des cibles légitimes pour l’attaque, conformément aux conditions énoncées dans les directives de Tsahal et le droit international. »

Toutefois, des sources ont indiqué que le seul protocole de supervision humaine mis en place avant de bombarder les maisons des militants « juniors » présumés marqués par Lavender consistait à effectuer une seule vérification : s’assurer que la cible sélectionnée par l’IA était un homme plutôt qu’une femme. L’armée partait du principe que si la cible était une femme, la machine s’était probablement trompée, car il n’y a pas de femmes dans les rangs des ailes militaires du Hamas et du PIJ.

« Un être humain a dû [vérifier la cible] pendant quelques secondes seulement », a déclaré B., expliquant que ce protocole a été adopté après avoir constaté que le système Lavender « faisait bien les choses » la plupart du temps. « Au début, nous faisions des vérifications pour nous assurer que la machine ne s’embrouillait pas. Mais à un moment donné, nous nous sommes fiés au système automatique et nous nous sommes contentés de vérifier que [la cible] était un homme – c’était suffisant. Il ne faut pas beaucoup de temps pour savoir si quelqu’un a une voix d’homme ou de femme ».

Pour effectuer la vérification homme/femme, B. affirme que dans la guerre actuelle, « je consacrerais 20 secondes à chaque cible à ce stade, et j’en ferais des dizaines par jour. Je n’avais aucune valeur ajoutée en tant qu’être humain, si ce n’est d’être un tampon d’approbation. Cela permettait de gagner beaucoup de temps. Si [l’agent] apparaissait dans le mécanisme automatisé et que je vérifiais qu’il s’agissait d’un homme, j’avais l’autorisation de le bombarder, sous réserve d’un examen des dommages collatéraux ».

Dans la pratique, les sources ont déclaré que cela signifiait que pour les hommes civils marqués par erreur par Lavender, il n’y avait pas de mécanisme de supervision en place pour détecter l’erreur. Selon B., une erreur courante se produit « si la cible [du Hamas] donne [son téléphone] à son fils, à son frère aîné ou à un homme au hasard. Cette personne sera bombardée dans sa maison avec sa famille. Cela s’est souvent produit. C’est la plupart des erreurs causées par Lavender« , a déclaré B.

ÉTAPE 2 : RELIER LES CIBLES AUX FOYERS FAMILIAUX

« La plupart des personnes tuées étaient des femmes et des enfants »
L’étape suivante de la procédure d’assassinat de l’armée israélienne consiste à déterminer où attaquer les cibles générées par Lavender.

Dans une déclaration à +972 et Local Call, le porte-parole de l’IDF a affirmé, en réponse à cet article, que « le Hamas place ses agents et ses moyens militaires au cœur de la population civile, utilise systématiquement la population civile comme bouclier humain et mène des combats à l’intérieur de structures civiles, y compris des sites sensibles tels que des hôpitaux, des mosquées, des écoles et des installations de l’ONU ». Les FDI sont liées par le droit international et agissent conformément à celui-ci, en dirigeant leurs attaques uniquement contre des cibles militaires et des agents militaires ».

Les six sources avec lesquelles nous nous sommes entretenus ont fait écho à ces propos dans une certaine mesure, affirmant que le vaste réseau de tunnels du Hamas passe délibérément sous les hôpitaux et les écoles, que les militants du Hamas utilisent des ambulances pour se déplacer et qu’un nombre incalculable de moyens militaires ont été placés à proximité de bâtiments civils. Les sources ont affirmé que de nombreuses frappes israéliennes tuent des civils en raison de ces tactiques du Hamas – une caractérisation qui, selon les groupes de défense des droits de l’homme, élude la responsabilité d’Israël dans l’assassinat de ses victimes.

Toutefois, contrairement aux déclarations officielles de l’armée israélienne, les sources ont expliqué que le nombre sans précédent de victimes des bombardements israéliens actuels s’explique en grande partie par le fait que l’armée a systématiquement attaqué les cibles à leur domicile privé, avec leur famille – en partie parce qu’il était plus facile, du point de vue du renseignement, de marquer les maisons familiales à l’aide de systèmes automatisés.

En effet, plusieurs sources ont souligné que, contrairement aux nombreux cas d’agents du Hamas engagés dans des activités militaires depuis des zones civiles, dans le cas des frappes d’assassinat systématiques, l’armée a régulièrement fait le choix actif de bombarder des militants présumés lorsqu’ils se trouvaient à l’intérieur de maisons civiles où aucune activité militaire n’avait lieu. Ce choix, ont-ils déclaré, est le reflet de la manière dont le système israélien de surveillance de masse à Gaza est conçu.

Les sources ont déclaré à +972 et à Local Call que, puisque chaque habitant de Gaza avait une maison privée à laquelle il pouvait être associé, les systèmes de surveillance de l’armée pouvaient facilement et automatiquement « relier » les individus aux maisons familiales. Afin d’identifier en temps réel le moment où les agents entrent dans leurs maisons, plusieurs logiciels automatiques supplémentaires ont été développés. Ces programmes suivent des milliers d’individus simultanément, identifient le moment où ils sont chez eux et envoient une alerte automatique à l’officier chargé du ciblage, qui marque alors la maison pour le bombardement. L’un de ces logiciels, révélé ici pour la première fois, s’appelle « Where’s Daddy ? » (Où est papa ?).

« Vous entrez des centaines [de cibles] dans le système et vous attendez de voir qui vous pouvez tuer », a déclaré une source connaissant le système. « C’est ce qu’on appelle la chasse au large : vous copiez-collez les listes produites par le système de ciblage. »

La preuve de cette politique est également évidente dans les données : au cours du premier mois de la guerre, plus de la moitié des victimes – 6 120 personnes – appartenaient à 1 340 familles, dont beaucoup ont été complètement anéanties à l’intérieur de leur maison, selon les chiffres de l’ONU. La proportion de familles entières bombardées dans leurs maisons au cours de la guerre actuelle est beaucoup plus élevée que lors de l’opération israélienne de 2014 à Gaza (qui était auparavant la guerre la plus meurtrière d’Israël dans la bande de Gaza), ce qui confirme l’envergure de cette politique.

Une autre source a déclaré que chaque fois que le rythme des assassinats diminuait, de nouvelles cibles étaient ajoutées à des systèmes tels que Where’s Daddy ? pour localiser les individus qui entraient chez eux et pouvaient donc être bombardés. Il a ajouté que la décision de placer des personnes dans les systèmes de repérage pouvait être prise par des officiers de rang relativement bas dans la hiérarchie militaire.

« Un jour, de mon propre chef, j’ai ajouté quelque 1 200 nouvelles cibles au système [de repérage], parce que le nombre d’attaques [que nous menions] diminuait », a déclaré la source. « Cela me paraissait logique. Rétrospectivement, cela semble être une décision sérieuse que j’ai prise. Et de telles décisions n’ont pas été prises à des niveaux élevés ».

Les sources ont déclaré qu’au cours des deux premières semaines de la guerre, « plusieurs milliers » de cibles ont été initialement introduites dans des programmes de localisation tels que « Où est papa ». Il s’agissait notamment de tous les membres de l’unité d’élite des forces spéciales du Hamas, la Nukhba, de tous les agents antichars du Hamas et de toute personne ayant pénétré en Israël le 7 octobre. Mais très vite, la liste des personnes à abattre s’est considérablement allongée.

« À la fin, il s’agissait de tout le monde [marqué par Lavender] », a expliqué une source. « Des dizaines de milliers. Cela s’est produit quelques semaines plus tard, lorsque les brigades [israéliennes] sont entrées dans Gaza et qu’il y avait déjà moins de personnes non impliquées [c’est-à-dire de civils] dans les zones du nord ». Selon cette source, même certains mineurs ont été désignés par Lavendercomme des cibles à bombarder. « Normalement, les agents ont plus de 17 ans, mais là, ce n’était plus une condition. »

Lavender et des systèmes comme Where’s Daddy ? ont donc été combinés avec un effet mortel, tuant des familles entières, selon certaines sources. En ajoutant un nom figurant sur les listes générées par Lavender au système de localisation des maisons Where’s Daddy ?, a expliqué A., la personne marquée était placée sous surveillance permanente et pouvait être attaquée dès qu’elle mettait le pied chez elle, faisant s’effondrer la maison sur toutes les personnes qui s’y trouvaient.

« Disons que vous calculez [qu’il y a un] [agent du Hamas] et 10 [civils dans la maison] », a déclaré A.. « En général, ces dix personnes sont des femmes et des enfants. Il est donc absurde que la plupart des personnes tuées soient des femmes et des enfants. »

ÉTAPE 3 : LE CHOIX DE L’ARME

« Nous avons généralement mené les attaques avec des ‘bombes muettes’ »
Une fois que Lavender a désigné une cible à assassiner, que le personnel de l’armée a vérifié qu’il s’agit bien d’un homme et que le logiciel de suivi a localisé la cible à son domicile, l’étape suivante consiste à choisir la munition avec laquelle on va la bombarder.

En décembre 2023, CNN a rapporté que, selon les estimations des services de renseignement américains, environ 45% des munitions utilisées par l’armée de l’air israélienne à Gaza étaient des bombes « muettes », connues pour causer plus de dommages collatéraux que les bombes guidées. En réponse à l’article de CNN, un porte-parole de l’armée cité dans l’article a déclaré : « En tant qu’armée attachée au droit international et à un code de conduite moral, nous consacrons de vastes ressources à minimiser les dommages causés aux civils que le Hamas a contraints à jouer le rôle de boucliers humains. Notre guerre est contre le Hamas, pas contre la population de Gaza ».

Trois sources des services de renseignement ont cependant déclaré à +972 et à Local Call que les agents subalternes marqués par Lavender n’ont été assassinés qu’avec des bombes muettes, afin d’économiser des armements plus coûteux. L’une des sources a expliqué que l’armée ne frappait pas une cible subalterne si elle vivait dans un immeuble de grande hauteur, parce qu’elle ne voulait pas dépenser une « bombe d’étage » plus précise et plus chère (avec des effets collatéraux plus limités) pour la tuer. En revanche, si une cible de rang inférieur vivait dans un immeuble de quelques étages seulement, l’armée était autorisée à la tuer, ainsi que tous les habitants de l’immeuble, à l’aide d’une bombe muette.

« C’était comme ça pour toutes les cibles juniors », témoigne C., qui a utilisé divers programmes automatisés dans la guerre actuelle. « La seule question était de savoir s’il était possible d’attaquer le bâtiment en limitant les dommages collatéraux. En effet, nous menions généralement les attaques avec des bombes muettes, ce qui signifiait détruire littéralement toute la maison et ses occupants. Mais même si une attaque est évitée, on s’en fiche, on passe immédiatement à la cible suivante. Grâce au système, les cibles ne s’arrêtent jamais. Il y en a encore 36 000 qui attendent. »

ÉTAPE 4 : AUTORISER LES PERTES CIVILES

« Nous avons attaqué presque sans tenir compte des dommages collatéraux »
Une source a déclaré que lors de l’attaque d’agents subalternes, y compris ceux marqués par des systèmes d’IA comme Lavender, le nombre de civils qu’ils étaient autorisés à tuer à côté de chaque cible était fixé, au cours des premières semaines de la guerre, à 20 au maximum. Selon une autre source, ce nombre aurait été fixé à 15. Ces « degrés de dommages collatéraux », comme les militaires les appellent, ont été appliqués de manière générale à tous les militants juniors présumés, selon les sources, indépendamment de leur rang, de leur importance militaire et de leur âge, et sans examen spécifique au cas par cas pour évaluer l’avantage militaire de les assassiner par rapport aux dommages attendus pour les civils.

Selon A., qui était officier dans une salle d’opération cible pendant la guerre actuelle, le département du droit international de l’armée n’a jamais donné une telle « approbation générale » pour un degré de dommages collatéraux aussi élevé. « Ce n’est pas seulement que vous pouvez tuer toute personne qui est un soldat du Hamas, ce qui est clairement autorisé et légitime en termes de droit international », a déclaré A.. « Mais ils vous disent directement : ‘Vous êtes autorisés à les tuer en même temps que de nombreux civils.’ »

« Chaque personne ayant porté un uniforme du Hamas au cours de l’année ou des deux années précédentes pouvait être bombardée et 20 [civils tués] étaient considérés comme des dommages collatéraux, même sans autorisation spéciale », a poursuivi M. A.. « Dans la pratique, le principe de proportionnalité n’existait pas. »

Selon A., cette politique a été appliquée pendant la majeure partie de la période où il a servi. Ce n’est que plus tard que l’armée a abaissé le niveau des dommages collatéraux. « Dans ce calcul, il peut s’agir de 20 enfants pour un agent subalterne… Ce n’était vraiment pas le cas dans le passé », explique A.. Interrogé sur la logique sécuritaire qui sous-tend cette politique, A. a répondu : « La létalité ».

Le degré de dommages collatéraux prédéterminé et fixe a contribué à accélérer la création massive de cibles à l’aide de la machine Lavender, selon les sources, car cela permettait de gagner du temps. B. a affirmé que le nombre de civils qu’ils étaient autorisés à tuer au cours de la première semaine de la guerre par militant junior présumé marqué par l’IA était de quinze, mais que ce nombre « augmentait et diminuait » au fil du temps.

« Au début, nous avons attaqué presque sans tenir compte des dommages collatéraux », a déclaré B. à propos de la première semaine qui a suivi le 7 octobre. « En pratique, on ne comptait pas vraiment les personnes [dans chaque maison bombardée], parce qu’on ne pouvait pas vraiment savoir si elles étaient à la maison ou non. Au bout d’une semaine, les restrictions sur les dommages collatéraux ont commencé. Le nombre est passé [de 15] à cinq, ce qui a rendu nos attaques très difficiles, car si toute la famille était à la maison, nous ne pouvions pas la bombarder. Puis ils ont à nouveau augmenté ce nombre.

« Nous savions que nous allions tuer plus de 100 civils »
Des sources ont déclaré à +972 et à Local Call que maintenant, en partie à cause de la pression américaine, l’armée israélienne ne génère plus en masse des cibles humaines subalternes pour les bombardements dans les maisons civiles. Le fait que la plupart des maisons de la bande de Gaza aient déjà été détruites ou endommagées, et que la quasi-totalité de la population ait été déplacée, a également empêché l’armée de s’appuyer sur des bases de données de renseignements et des programmes automatisés de localisation des maisons.

  1. a affirmé que les bombardements massifs des militants juniors n’ont eu lieu que pendant la première ou les deux premières semaines de la guerre, et qu’ils ont ensuite été interrompus principalement pour ne pas gaspiller les bombes. « Il existe une économie des munitions », a déclaré E.. « Ils ont toujours eu peur qu’il y ait [une guerre] dans l’arène nord [avec le Hezbollah au Liban]. Ils n’attaquent plus du tout ce genre de personnes [de rang inférieur] ».

Cependant, les frappes aériennes contre les commandants de haut rang du Hamas se poursuivent, et des sources ont déclaré que pour ces attaques, l’armée autorise le meurtre de « centaines » de civils par cible – une politique officielle pour laquelle il n’y a pas de précédent historique en Israël, ni même dans les récentes opérations militaires américaines.

« Lors du bombardement du commandant du bataillon Shuja’iya, nous savions que nous allions tuer plus de 100 civils », se souvient B. à propos d’un bombardement du 2 décembre qui, selon le porte-parole de l’IDF, visait à assassiner Wisam Farhat. « Pour moi, psychologiquement, c’était inhabituel. Plus de 100 civils – cela franchit une ligne rouge ».

Amjad Al-Sheikh, un jeune Palestinien de Gaza, a déclaré que de nombreux membres de sa famille avaient été tués lors de ce bombardement. Habitant de Shuja’iya, à l’est de la ville de Gaza, il se trouvait ce jour-là dans un supermarché de quartier lorsqu’il a entendu cinq explosions qui ont brisé les vitres.

« J’ai couru vers la maison de ma famille, mais il n’y avait plus d’immeubles », a déclaré M. Al-Sheikh à +972 et à Local Call. « La rue était remplie de cris et de fumée. Des pâtés de maisons entiers se sont transformés en montagnes de décombres et en fosses profondes. Les gens ont commencé à chercher dans le ciment, avec leurs mains, et j’ai fait de même, à la recherche de traces de la maison de ma famille ».

La femme et la petite fille d’Al-Sheikh ont survécu – protégées des décombres par une armoire qui leur est tombée dessus – mais il a retrouvé 11 autres membres de sa famille, dont ses sœurs, ses frères et leurs jeunes enfants, morts sous les décombres. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme B’Tselem, les bombardements de ce jour-là ont détruit des dizaines de bâtiments, tué des dizaines de personnes et en ont enseveli des centaines sous les ruines de leurs maisons.

« Des familles entières ont été tuées »
Des sources de renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call qu’elles avaient participé à des frappes encore plus meurtrières. Afin d’assassiner Ayman Nofal, le commandant de la Brigade centrale de Gaza du Hamas, une source a déclaré que l’armée avait autorisé le meurtre d’environ 300 civils, détruisant plusieurs bâtiments lors de frappes aériennes sur le camp de réfugiés d’Al-Bureij le 17 octobre, sur la base d’un repérage imprécis de Nofal. Des images satellite et des vidéos de la scène montrent la destruction de plusieurs grands immeubles d’habitation à plusieurs étages.

« Entre 16 et 18 maisons ont été détruites lors de l’attaque », a déclaré Amro Al-Khatib, un résident du camp, à +972 et à Local Call. « Nous ne pouvions pas distinguer les appartements les uns des autres, ils étaient tous mélangés dans les décombres et nous avons trouvé des morceaux de corps humains partout. »

Au lendemain de la catastrophe, M. Al-Khatib se souvient qu’une cinquantaine de cadavres ont été retirés des décombres et qu’environ 200 personnes ont été blessées, dont un grand nombre grièvement. Mais ce n’était que le premier jour. Les résidents du camp ont passé cinq jours à sortir les morts et les blessés, a-t-il dit.

Nael Al-Bahisi, ambulancier, a été l’un des premiers à arriver sur les lieux. Il a dénombré entre 50 et 70 victimes ce premier jour. « À un moment donné, nous avons compris que la cible de la frappe était le commandant du Hamas Ayman Nofal », a-t-il déclaré à +972 et à Local Call. « Ils l’ont tué, ainsi que de nombreuses personnes qui ne savaient pas qu’il était là. Des familles entières avec des enfants ont été tuées. »

Une autre source de renseignements a déclaré à +972 et à Local Call que l’armée avait détruit une tourà Rafah à la mi-décembre, tuant « des dizaines de civils », afin d’essayer de tuer Mohammed Shabaneh, le commandant de la brigade du Hamas à Rafah (on ne sait pas s’il a été tué ou non lors de l’attaque). Selon la source, les hauts commandants se cachent souvent dans des tunnels qui passent sous des bâtiments civils, et le choix de les assassiner par une frappe aérienne entraîne donc nécessairement la mort de civils.

« La plupart des blessés étaient des enfants », a déclaré Wael Al-Sir, 55 ans, qui a assisté à la frappe de grande envergure que certains habitants de Gaza considèrent comme une tentative d’assassinat. Il a déclaré à +972 et à Local Call que le bombardement du 20 décembre avait détruit « tout un quartier résidentiel » et tué au moins 10 enfants.

« Il y avait une politique tout à fait permissive concernant les victimes des opérations [de bombardement] – si permissive qu’à mon avis, il y avait un élément de vengeance », a affirmé D., une source des services de renseignement. « L’élément central était l’assassinat de hauts responsables [du Hamas et du PIJ] pour lesquels ils étaient prêts à tuer des centaines de civils. Nous avions un calcul : combien pour un commandant de brigade, combien pour un commandant de bataillon, etc. »

« Il y avait des règlements, mais ils étaient très indulgents », a déclaré E., une autre source de renseignements. « Nous avons tué des gens avec des dommages collatéraux à deux chiffres, voire à trois chiffres. Ce sont des choses qui ne s’étaient jamais produites auparavant ».

Un taux aussi élevé de « dommages collatéraux » est exceptionnel non seulement par rapport à ce que l’armée israélienne jugeait auparavant acceptable, mais aussi par rapport aux guerres menées par les États-Unis en Irak, en Syrie et en Afghanistan.

Le général Peter Gersten, commandant adjoint des opérations et du renseignement dans l’opération de lutte contre ISIS en Irak et en Syrie, a déclaré à un magazine de défense américain en 2021 qu’une attaque avec des dommages collatéraux de 15 civils s’écartait de la procédure ; pour la mener à bien, il avait dû obtenir une autorisation spéciale du chef du Commandement central des États-Unis, le général Lloyd Austin, qui est aujourd’hui secrétaire à la Défense.

« Dans le cas d’Oussama Ben Laden, la NCV (Non-Combatant Casualty Value) était de 30, mais dans le cas d’un commandant de rang inférieur, la NCV était généralement de zéro », a expliqué M. Gersten. « Nous sommes restés à zéro pendant très longtemps. »

« On nous a dit : ‘Bombardez tout ce que vous pouvez’ »
Toutes les sources interrogées dans le cadre de cette enquête ont déclaré que les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre et l’enlèvement des otages avaient fortement influencé la politique de l’armée en matière de tirs et de degrés de dommages collatéraux. « Au début, l’atmosphère était pénible et vindicative », a déclaré B., qui a été enrôlé dans l’armée immédiatement après le 7 octobre et a servi dans une salle d’opérations. « Les règles étaient très souples. Ils ont détruit quatre bâtiments alors qu’ils savaient que la cible se trouvait dans l’un d’entre eux. C’était de la folie. »

« Il y avait une dissonance : d’une part, les gens ici étaient frustrés que nous n’attaquions pas assez », poursuit B.. « D’autre part, à la fin de la journée, on constate qu’un millier d’habitants de Gaza sont morts, la plupart d’entre eux étant des civils. »

« L’hystérie régnait dans les rangs des professionnels », affirme D., qui a également été incorporé immédiatement après le 7 octobre. « Ils ne savaient pas du tout comment réagir. La seule chose qu’ils savaient faire était de commencer à bombarder comme des fous pour essayer de démanteler les capacités du Hamas. »

  1. a souligné qu’on ne leur avait pas dit explicitement que l’objectif de l’armée était la « vengeance », mais il a exprimé que « dès que chaque cible liée au Hamas devient légitime, et que presque tous les dommages collatéraux sont approuvés, il est clair pour vous que des milliers de personnes vont être tuées. Même si officiellement chaque cible est liée au Hamas, lorsque la politique est si permissive, elle perd tout son sens ».
  2. a également utilisé le mot « vengeance » pour décrire l’atmosphère qui régnait au sein de l’armée après le 7 octobre. « Personne n’a pensé à ce qu’il faudrait faire après, une fois la guerre terminée, ni à la façon dont il serait possible de vivre à Gaza et à ce qu’ils en feraient », a déclaré A.. « On nous a dit : maintenant, il faut foutre en l’air le Hamas, quel qu’en soit le prix. Tout ce que vous pouvez, vous le bombardez ».

B., la source principale des services de renseignement, a déclaré qu’avec le recul, il pense que cette politique « disproportionnée » consistant à tuer des Palestiniens à Gaza met également en danger les Israéliens, et que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a décidé de se prêter à l’exercice de l’interview.

« À court terme, nous sommes plus en sécurité, car nous avons blessé le Hamas. Mais je pense que nous sommes moins en sécurité à long terme. Je vois comment toutes les familles endeuillées à Gaza – c’est-à-dire presque tout le monde – motiveront les gens à rejoindre le Hamas dans dix ans. Et il sera beaucoup plus facile pour [le Hamas] de les recruter ».

Dans une déclaration à +972 et à Local Call, l’armée israélienne a nié une grande partie de ce que les sources nous ont dit, affirmant que « chaque cible est examinée individuellement, tandis qu’une évaluation individuelle est faite de l’avantage militaire et des dommages collatéraux attendus de l’attaque … Les FDI ne mènent pas d’attaques lorsque les dommages collatéraux attendus de l’attaque sont excessifs par rapport à l’avantage militaire ».

ÉTAPE 5 : CALCUL DES DOMMAGES COLLATÉRAUX

« Le modèle n’était pas lié à la réalité »
Selon les sources de renseignement, le calcul par l’armée israélienne du nombre de civils susceptibles d’être tués dans chaque maison située à proximité d’une cible – une procédure examinée dans une enquête précédente de +972 et Local Call – a été effectué à l’aide d’outils automatiques et imprécis. Lors des guerres précédentes, les services de renseignement passaient beaucoup de temps à vérifier le nombre de personnes présentes dans une maison destinée à être bombardée, le nombre de civils susceptibles d’être tués étant répertorié dans un « fichier cible ». Après le 7 octobre, toutefois, cette vérification approfondie a été largement abandonnée au profit de l’automatisation.

En octobre, le New York Times a fait état d’un système exploité à partir d’une base spéciale dans le sud d’Israël, qui recueille des informations à partir de téléphones portables dans la bande de Gaza et fournit à l’armée une estimation en temps réel du nombre de Palestiniens qui ont fui le nord de la bande de Gaza pour se diriger vers le sud. Le général de brigade Udi Ben Muha a déclaré au Times : « Ce n’est pas un système parfait à 100%, mais il vous donne les informations dont vous avez besoin pour prendre une décision ». Le système fonctionne par couleurs : le rouge indique les zones où il y a beaucoup de monde, tandis que le vert et le jaune indiquent les zones qui ont été relativement débarrassées de leurs habitants.

Les sources qui ont parlé à +972 et à Local Call ont décrit un système similaire de calcul des dommages collatéraux, utilisé pour décider de bombarder ou non un bâtiment à Gaza. Elles ont indiqué que le logiciel calculait le nombre de civils résidant dans chaque maison avant la guerre – en évaluant la taille du bâtiment et en examinant sa liste de résidents – puis réduisait ces chiffres en fonction de la proportion de résidents censés avoir évacué le quartier.

Par exemple, si l’armée estime que la moitié des habitants d’un quartier sont partis, le programme comptabilise une maison qui compte habituellement 10 habitants comme une maison contenant cinq personnes. Pour gagner du temps, l’armée n’a pas surveillé les maisons pour vérifier combien de personnes y vivaient réellement, comme elle l’avait fait lors d’opérations précédentes, afin de savoir si l’estimation du programme était effectivement exacte.

« Ce modèle n’était pas lié à la réalité », a déclaré l’une des sources. « Il n’y avait aucun lien entre les personnes qui vivaient dans la maison aujourd’hui, pendant la guerre, et celles qui étaient répertoriées comme vivant dans la maison avant la guerre. À une occasion, nous avons bombardé une maison sans savoir qu’il y avait plusieurs familles à l’intérieur, qui se cachaient ensemble. »

Selon la source, bien que l’armée ait su que de telles erreurs pouvaient se produire, ce modèle imprécis a tout de même été adopté, car il était plus rapide. Ainsi, selon la source, « le calcul des dommages collatéraux était complètement automatique et statistique », produisant même des chiffres qui n’étaient pas des nombres entiers.

ÉTAPE 6 : BOMBARDEMENT DE LA MAISON D’UNE FAMILLE

« Vous avez tué une famille sans raison »
Les sources qui ont parlé à +972 et à Local Call ont expliqué qu’il y avait parfois un décalage important entre le moment où des systèmes de localisation comme Where’s Daddy ? alertaient un officier qu’une cible était entrée dans sa maison, et le bombardement lui-même – ce qui a conduit à l’assassinat de familles entières, même sans atteindre la cible de l’armée. « Il m’est arrivé plusieurs fois d’attaquer une maison, mais la personne n’était même pas chez elle », a déclaré une source. « Le résultat est que vous avez tué une famille sans raison. »

Trois sources de renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call qu’elles avaient été témoins d’un incident au cours duquel l’armée israélienne avait bombardé la maison d’une famille, et qu’il s’était avéré par la suite que la cible visée par l’assassinat n’était même pas à l’intérieur de la maison, étant donné qu’aucune vérification supplémentaire n’avait été effectuée en temps réel.

« Parfois, [la cible] était chez elle plus tôt, puis, le soir, elle est allée dormir ailleurs, par exemple sous terre, et vous ne le saviez pas », a déclaré l’une des sources. Il y a des moments où l’on vérifie deux fois l’emplacement, et d’autres où l’on se dit simplement : « D’accord, il était dans la maison au cours des dernières heures, alors vous pouvez simplement bombarder ».

Une autre source a décrit un incident similaire qui l’a affecté et l’a incité à être interrogé dans le cadre de cette enquête. « Nous avons compris que la cible était chez elle à 20 heures. Finalement, l’armée de l’air a bombardé la maison à 3 heures du matin. Il y avait deux autres familles avec des enfants dans le bâtiment que nous avons bombardé ».

Lors des précédentes guerres à Gaza, après l’assassinat de cibles humaines, les services de renseignement israéliens effectuaient des procédures d’évaluation des dommages causés par les bombes (BDA) – une vérification de routine après la frappe pour voir si le commandant en chef avait été tué et combien de civils avaient été tués en même temps que lui. Comme l’a révélé une précédente enquête de +972 et Local Call, ces procédures impliquaient l’écoute des appels téléphoniques des parents ayant perdu un être cher. Dans la guerre actuelle, cependant, au moins en ce qui concerne les militants subalternes marqués à l’aide de l’IA, les sources affirment que cette procédure a été supprimée afin de gagner du temps. Les sources ont déclaré qu’elles ne savaient pas combien de civils avaient été effectivement tués dans chaque frappe, et pour les militants présumés de bas rang du Hamas et du PIJ marqués par l’IA, elles ne savaient même pas si la cible elle-même avait été tuée.

« Vous ne savez pas exactement combien vous avez tué, ni qui vous avez tué », a déclaré une source des services de renseignement à Local Call dans le cadre d’une précédente enquête publiée en janvier. « Ce n’est que lorsqu’il s’agit de hauts responsables du Hamas que vous suivez la procédure du BDA. Dans les autres cas, vous ne vous en souciez pas. Vous recevez un rapport de l’armée de l’air indiquant si le bâtiment a explosé, et c’est tout. Vous n’avez aucune idée de l’ampleur des dommages collatéraux ; vous passez immédiatement à la cible suivante. L’accent était mis sur la création d’autant de cibles que possible, aussi rapidement que possible ».

Mais alors que l’armée israélienne peut tourner la page de chaque frappe sans s’attarder sur le nombre de victimes, Amjad Al-Sheikh, le résident de Shuja’iya qui a perdu 11 membres de sa famille dans le bombardement du 2 décembre, a déclaré que lui et ses voisins sont toujours à la recherche de cadavres.

« Jusqu’à présent, il y a des corps sous les décombres », a-t-il déclaré. « Quatorze bâtiments résidentiels ont été bombardés avec leurs habitants à l’intérieur. Certains de mes proches et de mes voisins sont toujours sous les décombres. »

Yuval Abraham
Yuval Abraham est un journaliste et cinéaste basé à Jérusalem.
Source : +972
Traduction ED pour l’Agence Média Palestine
https://agencemediapalestine.fr/blog/2024/04/04/lavander-la-machine-dintelligence-artificielle-qui-dirige-les-bombardements-israeliens-a-gaza/

« Lavender », la máquina de Inteligencia Artificial que dirige los bombardeos israelíes en Gaza
https://vientosur.info/lavender-la-maquina-de-inteligencia-artificial-que-dirige-los-bombardeos-israelies-en-gaza/

******
Israël restreint toujours considérablement les déplacements au sein de la Cisjordanie depuis le début de la guerre de Gaza, désorganisant ainsi la vie de deux millions de Palestiniens

La restriction de la liberté de circulation est l’un des principaux outils utilisés par Israël pour imposer son régime d’apartheid et contrôler la population palestinienne dans les territoires occupés. Les restrictions sont imposées aux Palestiniens qui souhaitent se déplacer à l’intérieur de la Cisjordanie, voyager entre la Cisjordanie et Gaza, entrer en Israël ou voyager à l’étranger. Depuis des décennies, Israël impose ces restrictions aux seuls Palestiniens, tandis que les Israéliens – y compris les colons – et les ressortissants d’autres pays se déplacent librement.

Depuis le 7 octobre 2023, Israël a considérablement renforcé les restrictions, recourant à son maillage de points de contrôle pour renforcer la surveillance, mettant en place des dizaines de nouveaux points de contrôle, bloquant l’accès de dizaines de villages aux routes principales et annulant tous les permis qui permettent aux Palestiniens d’entrer en Israël pour y travailler ou pour d’autres raisons.

Ces restrictions ne permettent pas aux Palestiniens de Cisjordanie de maintenir des activités quotidiennes acceptables et perturbent tous les domaines de la vie. Elles entraînent des pertes financières importantes, limitent l’accès aux soins médicaux et aux études et nuisent à la vie familiale et aux activités sociales. Elles créent également un état d’incertitude constant qui rend le respect difficile l’organisation d’un emploi du temps : lorsqu’ils quittent leur domicile en Cisjordanie, les Palestiniens ne peuvent pas savoir s’ils arriveront à leur travail ni à quelle heure, s’ils pourront se rendre à un rendez-vous médical ou s’ils pourront rendre visite à leur famille. Peut-être arriveront-ils, peut-être attendront-ils des heures à un poste de contrôle et seront-ils humiliés par les soldats, peut-être devront-ils faire demi-tour et rentrer chez eux, ou peut-être seront-ils arrêtés.

Vous trouverez ci-dessous une carte et une description des restrictions de circulation à Naplouse, Ramallah, Bethléem et Hébron :

District de Naplouse
Israël a fermé complètement le point de contrôle de Huwarah à la circulation des Palestiniens, a renforcé les restrictions dans deux autres points de contrôle, et a ouvert un point de contrôle qui était auparavant fermé à une circulation restreinte pour les Palestiniens.

  • L’armée a complètement fermé le point de contrôle de Huwarah aux piétons et aux véhicules palestiniens. Avant la guerre, le point de contrôle était ouvert et seuls des contrôles aléatoires étaient effectués. L’armée a également bloqué les entrées de la ville de Huwarah pendant 40 jours au moyen de buttes de terre et a ordonné la fermeture de dizaines de commerces installés le long de la route. Au bout d’un mois environ, les propriétaires ont été progressivement autorisés à rouvrir, à l’exception de deux d’entre eux qui restent fermés.
  • Aux points de contrôle de Beit Furik et de Za’tara, seuls des contrôles aléatoires étaient effectués avant la guerre ; aujourd’hui, les soldats vérifient les cartes d’identité de chaque personne qui passe et fouillent minutieusement les véhicules, bloquant la circulation pendant des heures.
  • Le point de contrôle de ’Awarta était complètement fermé aux Palestiniens avant la guerre ; il est maintenant rouvert, mais les contrôles rigoureux entraînent de longs retards.

De plus, le 7 octobre 2023, l’armée a mis en place trois nouveaux points de contrôle dans la région :

  • Un nouveau point de contrôle à la bifurcation d’al-Muraba’ah au sud-ouest de Naplouse, sur la route menant des villages de Tell et ’Iraq Burin à la Route 60, est surveillé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et ouvert au passage à certains moments, après contrôle des piétons et des véhicules.
  • À un nouveau point de contrôle à al-Badhan, au nord-est de Naplouse, les soldats fouillent les piétons et les véhicules de façon aléatoire.
  • À un nouveau point de contrôle dénommé Checkpoint 17, sur la route 5715 menant de ’Asirah a-Shamaliyah, Zawata et d’autres villages à Naplouse, les soldats fouillent les piétons et les véhicules de manière aléatoire.

Lorsque la guerre a éclaté, Israël a bloqué les accès à neuf communautés palestiniennes de la région. Depuis, il a partiellement rouvert certaines d’entre elles, tandis que d’autres restent complètement fermées :

  • Sarra : l’armée a fermé la barrière à l’entrée nord du village menant à la route 60. Cela entrave également la circulation des habitants d’autres villages en direction de Qalqiliyah.
  • Beita : Les militaires ont d’abord bloqué l’entrée du village au moyen de buttes de terre, qu’ils ont ensuite remplacées par des blocs de béton. Les soldats qui y tiennent un checkpoint contrôlent les piétons et les véhicules au hasard. Le 15 février 2024, les militaires ont également installé une barrière à cet endroit, la laissant jusqu’à présent ouverte.
  • Douma : Les militaires ont bloqué les entrées du village avec des buttes de terre, obligeant les habitants à emprunter des chemin de terre pour se rendre dans d’autres villages et à poursuivre sur la route à partir de là.
  • Qabalan : Les militaires ont bloqué l’entrée principale du village, celle de l’ouest qui mène à la route 60 en passant par le village de Yatma, avec des buttes de terre. Cela empêche également les habitants de Talfit, Qaryut et Jalud d’accéder à la route 60.
  • Qusrah : L’armée a installé un poste de contrôle à l’entrée est du village et, après environ un mois et demi, l’a remplacé par des buttes de terre et un portail, bloquant complètement l’accès du village à la route 505. L’accès à la route 60, via Qabalan, avait été fermé précédemment.
  • A-Lubban a-Sharqiyah : L’armée a bloqué l’entrée principale du village menant à la route 60 au moyen de buttes de terre. Ils ont également fermé toutes les autres routes qui mènent aux terres agricoles des villageois. Le 15 février 2024, ils ont remplacé les buttes de terre par des blocs de béton.
  • Burin : L’armée a bloqué l’entrée principale, à l’ouest du village, au moyen de buttes de terre. Le 15 février 2024, ils ont également installé une barrière, qui est jusqu’à présent ouverte.
  • Deir Sharaf : L’armée a installé un poste de contrôle à l’entrée ouest du village qui mène à la route 60. Elle a fermé tous les autres accès par des buttes de terre, empêchant ainsi une cinquantaine de familles qui habitent dans la partie ouest du village d’accéder en voiture au reste du village. Depuis l’attaque du poste de contrôle de Shavei Shomron le 8 février 2024, l’armée a également interdit à ces familles de traverser la route à pied, les obligeant à se rendre aux écoles et aux lieux de travail en passant par les champs et les bois.
  • Jalud, Jurish et Jamma’in : L’armée a installé des barrières aux entrées de la route 505 le 15 février 2024, mais depuis le 19 février 2024, les barrières sont ouvertes.
  • Burqah : L’armée a fermé l’entrée ouest du village, qui mène à la route 60, par une butte de terre.
  • Khirbet Sarra : Les militaires ont fermé la seule entrée du village avec des buttes de terre, et depuis, les 35 résidents ne peuvent circuler qu’à pied.

Plusieurs nouvelles barrières ont été installées, mais elles restent ouvertes jusqu’à présent :

  • Le 15 février 2024, les militaires ont installé des barrières à l’entrée des villages de Majdal Bani Fadel, Jurish et Jamma’in sur la route 505. Au 4 mars, elles étaient toujours ouvertes.
  • Le 15 février 2024, l’armée a installé une barrière à l’entrée du village de ’Einabus sur la route 60. Le 4 mars, elle était toujours ouverte.

District de Ramallah
Dans la région de Ramallah, Israël n’autorise plus les Palestiniens à franchir deux des cinq points de passage qui permettent d’entrer sur son territoire, ni deux des neuf points de contrôle internes. Il a également mis en place des postes de contrôle volants sur les routes menant à certains villages du district, et a fermé les sorties de certains villages en direction des routes principales.

Les points de passage entre la Cisjordanie et Israël sont fermés aux Palestiniens :

  • Le point de contrôle de Rantis est situé sur la Barrière de séparation et est géré par l’armée israélienne et des sociétés de sécurité privées. Jusqu’à la guerre, il était ouvert 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 aux résidents palestiniens de Jérusalem-Est et à tous les autres résidents de Cisjordanie munis d’un permis d’entrée en Israël. Les Palestiniens n’ont désormais plus le droit de l’utiliser.
  • Le poste de contrôle de Qalandiya fonctionnait également 24 heures sur 24 jusqu’à la guerre, ce qui permettait aux résidents palestiniens de Jérusalem-Est et aux résidents de Cisjordanie munis d’un permis d’entrer en Israël de circuler. Il a été fermé aux Palestiniens le 7 octobre 2023 et rouvert pour les résidents de Jérusalem-Est seulement le 23 octobre 2023, du dimanche au jeudi de 5h00 à 17h00. Le 7 février 2024, le poste de contrôle a été rouvert aux résidents palestiniens de Cisjordanie munis d’un permis d’entrée en Israël, pendant les mêmes heures d’ouverture limitées. Le point de passage reste fermé le vendredi.

Points de contrôle de Cisjordanie fermés aux Palestiniens :
Le point de contrôle DCO de Beit El, situé à l’entrée nord-ouest d’al-Birah, était jusqu’à la guerre ouvert 24 heures sur 24 pour les déplacements des Palestiniens et ne disposait que de peu de personnel. Il est aujourd’hui totalement fermé aux Palestiniens.

Le poste de contrôle de Jaba’, qui était auparavant ouvert 24 heures sur 24 pour les déplacements des Palestiniens et dont le personnel était peu nombreux, est fermé depuis la guerre régulièrement entre 6 heures et 9 heures du matin. Il est également fermé de manière aléatoire pendant plusieurs heures dans l’après-midi, et parfois, mais rarement, toute la journée. Depuis le 7 février 2024, le poste de contrôle est fermé régulièrement de 18h00 à 21h00, et occasionnellement, mais rarement, à d’autres heures.

Nouveaux points de contrôle :
Après le 7 octobre, Israël a installé de nouveaux points de contrôle où des vérifications aléatoires sont effectuées. Ils sont situés sur les routes menant aux communautés palestiniennes de a-Taybah, Rawabi (raccordement à la route 465), Yabrud-Silwad, Sinjil (route 60), Kafr Ni’ma (route 463), et Bir Zeit, ainsi qu’à l’intersection menant à ’Ein Siniya et Yabrud (route 466). Ces points de contrôle fonctionnent à des heures aléatoires, principalement le matin de 7h00 à 9h00, et l’après-midi de 14h30 à 16h30.

Sorties des villages fermées :
Après le 7 octobre, Israël a fermé les barrières installées ces dernières années à l’entrée de plusieurs villages : A-Nabi Saleh, deux barrières à ’Abud, Deir Abu Mash’al, Deir Ibzi’, al-Mughayir (entrée est menant à la route Allon), ’Atarah et deux barrières aux entrées de Deir Nizam. L’armée a également installé de nouvelles barrières : deux à ’Ein Yabrud, une à l’entrée du passage souterrain menant au village de Silwad et l’autre fermant l’accès à la Route 60. L’une d’entre elles est fermée par intermittence. Les militaires ont également installé un portail à l’entrée du village de Rantis, qui est souvent fermé par des soldats. Les militaires ont également fermé l’accès de la route Allon à la route 4561 qui mène au village de Malek.

District de Bethléem
Dans le district de Bethléem, Israël a fermé deux des cinq points de passage vers son territoire aux Palestiniens et a réduit les heures d’ouverture de trois des cinq points de contrôle internes. Israël a également fermé certaines entrées de village par des buttes de terre, des blocs de béton et des barrières. Ces restrictions injustifiées, qui portent préjudice à des dizaines de milliers de personnes, constituent une punition collective interdite par le droit international.

Points de passage entre Israël et la Cisjordanie :

  • Checkpoint 300 : Jusqu’à la guerre, ce terminal était occupé 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 et les résidents palestiniens de Cisjordanie munis d’un permis d’entrée israélien étaient autorisés à le franchir. Le point de passage a été fermé le 7 octobre et l’est resté jusqu’à la fin du mois de novembre. Il a rouvert en décembre, fonctionnant de 6h00 à 8h00 tous les matins, avec une prolongation jusqu’à 10h00 depuis la mi-janvier.
  • Wadi Fukin (Tzur Hadassah) : Jusqu’à la guerre, les résidents palestiniens de Cisjordanie titulaires d’un permis d’entrée israélien étaient autorisés à franchir ce point de passage dans une seule direction : d’Israël vers la Cisjordanie. Depuis le début de la guerre, ils ne sont plus autorisés à passer

Points de contrôle internes :

  • Point de contrôle de Beit Jala DCO : Jusqu’à la guerre, le poste de contrôle était rarement occupé et les Palestiniens pouvaient le traverser librement la plupart du temps. Le poste de contrôle a été fermé le 7 octobre et l’est resté pendant deux mois. Depuis décembre, le poste de contrôle est doté de personnel et ouvert, sous réserve de contrôles aléatoires, de 7h00 à 19h00. L’armée ferme parfois, mais rarement, ce poste de contrôle pendant la journée.
  • Poste de contrôle de Nashash : Jusqu’à la guerre, ce poste de contrôle était rarement occupé et les Palestiniens pouvaient le franchir librement la plupart du temps. Il a été fermé le 7 octobre et est resté fermé pendant deux semaines. Il a depuis été ouvert, moyennant des contrôles aléatoires, pour entrer à Bethléem de 6h30 à 19h00 et pour quitter Bethléem de 8h00 à 19h00.
  • Poste de contrôle des conteneurs : Jusqu’à la guerre, ce poste de contrôle était ouvert 24 heures sur 24, avec des contrôles aléatoires. Depuis le 7 octobre, les inspections y sont strictes. Il est désormais ouvert 24 heures sur 24 pour l’entrée à Bethléem, et presque tout le temps sauf de 6h00 à 9h00 pour la sortie.

Entrées de village fermées :
À partir du 7 octobre, les militaires ont fermé les deux entrées sud-ouest de la ville de Beit Jala – al-A’araj et a-Sidr – avec des buttes de terre ; les entrées des villages d’al-Khas et de Dar Salah ; trois entrées de Za’tarah – nord, sud et est, cette dernière étant également l’entrée ouest de Beit Ta’mar ; l’entrée du village de ’Asakrah (également utilisée par les résidents de Beit Ta’mar) ; l’entrée sud de Beit Ta’mar ; trois entrées du village d’al-Maniyah ; l’entrée principale (menant à la Route 3698), l’entrée est (menant à la Route 356) et un accès auxiliaire (menant également à la Route 3698) ; et l’entrée de Batir menant à la Route 60. Deux entrées des quartiers nord du village d’al-Manshiyah ont été fermées par des blocs de béton.

Depuis le 7 octobre, l’armée a également fermé les barrières qu’elle avait installées précédemment aux entrées de la ville de Beit Sahur et des villages de Janata (Khallet ’Ali), Tuqu’, Jurat a-Sham’a, Marah Ma’alla et Husan.

District d’Hébron
Depuis que la guerre de Gaza a éclaté le 7 octobre 2023, Israël a imposé des restrictions draconiennes à la circulation des Palestiniens dans le district d’Hébron. Il a condamné quatre des cinq entrées de la ville d’Hébron, fermé aux Palestiniens six des sept points de contrôle internes de la région, et installé des barrières et des buttes de terre pour bloquer les accès à 19 communautés palestiniennes.

Quatre des cinq entrées d’Hébron fermées :
L’armée a condamné les trois entrées sud de la ville en fermant les barrières qu’elle avait installées au carrefour al-Fahs dans les deux directions, ainsi que deux barrières aux sorties de la route 60 : en face du village de Khirbet Qalqas et en face de la colonie de Beit Hagai. L’armée a également bloqué l’une des entrées nord de la ville en fermant un portail qu’elle avait installé précédemment sur la route 35, au nord de la ville. Depuis le début du Ramadan, le 11 mars 2024, l’armée s’est mise à ouvrir la porte plus rarement. Après le début de la guerre, l’armée a également installé une barrière à l’entrée du quartier de Ras al-Jorah, qu’elle ferme rarement.

Couvre-feu dans la zone H2 à Hébron :
Le 7 octobre 2023, l’armée a imposé un couvre-feu dans 11 quartiers de la zone H2 à Hébron. Les magasins et autres lieux de commerce ont été fermés et quelque 750 familles, soit des milliers de personnes, ont été emprisonnées dans leurs maisons. Le 21 octobre, après deux semaines de couvre-feu total, l’armée a annoncé que les habitants pouvaient quitter leur domicile le dimanche, le mardi et le jeudi, pendant une heure le matin et une heure le soir, mais que pour le reste, les quartiers étaient toujours sous couvre-feu.

En plus des 22 points de contrôle tenus par des militaires et des 62 obstacles que l’armée a mis en place de longue date dans la ville.

Les sept points de contrôle internes d’Hébron sont fermés aux Palestiniens :

  • Point de contrôle d’Al-’Arrub   Situé à la seconde entrée du camp de réfugiés d’al-’Arrub. Jusqu’au début de la guerre, les soldats sortaient rarement de la tour de surveillance pour effectuer des inspections. Depuis la guerre, le poste de contrôle est fermé aux Palestiniens.
  • Point de contrôle de Beit Ummar : Jusqu’au début de la guerre, ce poste de contrôle était généralement ouvert et peu fréquemment occupé par des soldats, sans horaire régulier. Depuis la guerre, la barrière est fermée et les Palestiniens ne sont pas autorisés à passer.
  • Poste de contrôle de Beit ’Awwa : Jusqu’au début de la guerre, le poste de contrôle était tenu par des soldats et des agents de la police des frontières qui effectuaient des inspections aléatoires, et les Palestiniens étaient autorisés à passer à pied ou en voiture. Depuis la guerre, les barrières sont fermées et les Palestiniens ne sont pas autorisés à passer.
  • Point de contrôle d’Al-Fawwar : Situé sur la route 60, à la croisée du camp de réfugiés d’al-Fawwar et de la ville de Dura. Jusqu’au début de la guerre, la barrière était ouverte et le poste de contrôle était rarement occupé par des soldats, qui procédaient à des inspections aléatoires. Les véhicules étaient parfois interdits. Depuis la guerre, le portail est fermé et les Palestiniens ne sont pas autorisés à le franchir.
  • Nabi Yunis/Halhul-Sa’ir : Jusqu’au début de la guerre, le poste de contrôle était généralement ouvert et rarement occupé par des soldats. Depuis la guerre, la barrière est fermée et les Palestiniens ne sont pas autorisés à passer.
  • Point de contrôle de Halhul-Hebron/Route 35 : Situé à l’intersection de la route 35 et de la route 60. Jusqu’au début de la guerre, le poste de contrôle était généralement ouvert et rarement occupé par des soldats. Depuis la guerre, il est fermé et les Palestiniens ne sont pas autorisés à le franchir.

Depuis la guerre, l’armée a également fermé les barrières à l’entrée des communautés autour d’Hébron :

  • Le camp de réfugiés d’Al-’Arrub : Les militaires ont installé un portail à l’entrée principale du camp et l’ont condamné, ils ont fermé l’entrée secondaire par une butte de terre (enlevée le 5 mars 2024), et ils ont fermé un portail précédemment installé à l’entrée qui mène à la Route 60.
  • Bani Na’im : L’armée a fermé une barrière qu’elle avait précédemment installée à l’entrée sud, et établit rarement un poste de contrôle volant près de l’entrée nord-ouest, qui mène à une autre route non goudronnée.
  • Al-’Udeisah : L’armée a fermé l’entrée est menant à la route 60 avec des pierres et des blocs de béton.
  • Beit ’Einun : Les militaires ont fermé une barrière qu’ils avaient précédemment installée à l’entrée sud, également utilisée par les résidents de Sa’ir et a-Shuyukh pour accéder à la Route 60.
  • Tarqumya : L’armée a fermé une barrière qu’elle avait installée à l’entrée ouest de la ville, sur la route 354, menant à la route 35.
  • Khirbet a-Taybah : Les militaires ont fermé l’entrée nord-est par un butte de terre.
  • A-Simiya : Les militaires ont fermé l’entrée menant à la route 60 par un butte de terre.
  • Idhna : Les militaires ont fermé une barrière qu’ils avaient précédemment installée à l’entrée principale de la ville.
  • Wadi a-Shajena : L’armée a fermé deux barrières qu’elle avait précédemment installées aux deux entrées menant à la route 60.
  • Dura : L’armée a fermé une barrière qu’elle avait précédemment installée à l’entrée principale du village et a fermé par un butte de terre une autre entrée menant à la Route 60.
  • Halhul : L’armée a fermé une barrière qu’elle avait installée à l’entrée nord du village, menant à la Route 60.

Sud des collines d’Hébron :

  • Yatta : L’armée a fermé deux barrières qu’elle avait précédemment installées et qui fermaient l’accès à la route 356 aux habitants de Zif Yatta et d’autres communautés situées à l’ouest de cette route. Une barrière se trouve à l’embranchement de Zif sur la route 3331, et l’autre se trouve sur une route intérieure menant à la route 356.
  • A-Samu’ : L’armée a fermé une barrière qu’elle avait précédemment installée à l’entrée ouest de la ville sur la route 3177, menant à la route 60, et a fermé l’entrée sud avec des buttes de terre.
  • Khirbet Susiya : Les militaires ont installé une barrière dans la partie ouest du village et l’ont fermée. Ils ont également érigé des buttes de terre pour fermer cinq entrées du village le long de la route 3179, ainsi qu’une autre butte de terre sur une route reliant le village à Khirbet Wadi a-Rakhim.
  • A-Dhahiriyah : L’armée ferme une barrière qu’elle avait installée à l’entrée principale de la ville, menant à la route 60, de 17h à 5 h.
  • Al-Jawaya : L’armée met en place un butte de terre pour fermer l’entrée sud, menant à la route 317.
  • Khallet al-Mayah : L’armée a érigé un butte de terre pour fermer l’entrée nord, menant à la route 356.
  • Um Lasafa : L’armée a érigé un butte de terre pour fermer l’entrée de la communauté, qui est également utilisée par les résidents de Khallet al-Mayah.
  • She’b al-Batem : Les militaires ont érigé des buttes de terre pour bloquer deux routes menant à la ville de Yatta – la route nord et la route ouest (fermée de l’autre côté de la route 317).
  • Al-Karmel : Les militaires ont érigé un butte de terre et des rochers pour fermer l’entrée menant à la route 3176, et de là à la route 317.
  • Khirbet Lasefar : À partir du 7 octobre 2023, l’armée a interdit à la famille Qabitah de Khirbet Lasefar, qu’Israël a piégée du côté ouest de la barrière de séparation, de franchir le point de contrôle de Beit Yatir/Khirbet Lasefar pour accéder au reste de la Cisjordanie. Un mois plus tard, l’armée a rétabli l’autorisation de traverser à condition de déposer une demande préalable à chaque fois.

Source : B’Tselem. 20 mars 2024 :
https://www.btselem.org/video/20240305_israel_drastically_restricting_movement_in_the_west_bank_since_start_of_the_gaza_war#full
Traduit pour ESSF pat Pierre Vandevoorde avec l’aide de DeepL pro.

https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article70377

******
Pour l’Etat hébreu, l’aide humanitaire de WCK participait de son attaque contre l’UNRWA. L’assassinat des employés occidentaux de WCK ébranle cette entreprise

Quelque part dans la chaîne de commandement des Forces de défense israéliennes (FDI), la décision a été prise d’attaquer un convoi d’aide internationale, car on soupçonnait qu’à un moment donné un homme armé avait voyagé dans ce convoi. Lors de cette attaque, des missiles tirés par un drone de l’armée de l’air ont tué sept humanitaires du groupe World Central Kitchen (WCK).

Il est difficile d’exagérer la gravité de la décision d’ouvrir le feu et la migraine que les opérateurs de drones ont causé à Tsahal et surtout aux efforts de relations publiques d’Israël. Cette migraine n’aurait pas existé si les sept morts avaient été des Palestiniens et non des Occidentaux, comme c’était le cas de six d’entre eux.

Après tout, Israël a affirmé à maintes reprises que le Hamas se camouflait derrière des civils, ce qui lui permet d’affirmer que si les victimes sont des Palestiniens, le Hamas en serait responsable. En temps normal, le Premier ministre Benyamin Netanyahou ne se serait pas empressé d’exprimer ses regrets pour le « cas tragique où nos forces ont frappé involontairement des innocents dans la bande de Gaza » [1].

Les efforts de relations publiques d’Israël ne peuvent justifier l’attaque ni en occulter les répercussions, non seulement en raison de l’identité des personnes tuées, mais aussi en raison de l’importance de la World Central Kitchen (WCK) [2] dans le processus qu’Israël poursuit depuis des mois : entraver le travail de l’UNRWA au point d’éradiquer l’agence pour les réfugiés. Et ce, alors que la malnutrition et la famine ravagent Gaza – en particulier dans le nord – et que la Cour internationale de justice demande qu’Israël garantisse aux Gazaouis l’accès à l’aide humanitaire.

La World Central Kitchen a été le principal acteur de l’acheminement de l’aide dans le nord de la bande de Gaza par voie maritime. C’est l’itinéraire que les Etats-Unis ont préconisé pour le nord depuis qu’Israël a rejeté les demandes des groupes d’aide visant à ouvrir la voie terrestre courte, rapide et peu coûteuse passant par les postes-frontières du nord, épargnant ainsi le long et dangereux voyage depuis les points de passage de Rafah et de Kerem Shalom, dans le sud [3].

Le premier envoi expérimental d’aide par voie maritime de World Central Kitchen, financé par les Emirats arabes unis, est arrivé à Gaza au début du mois de mars. La deuxième cargaison, également financée par les Emirats, n’est arrivée près de la côte de la ville de Gaza que lundi dernier. Mais sur les 400 tonnes de nourriture et d’équipement pour 1 million de repas, seules 100 tonnes ont été déchargées des plateformes (tirées par un navire de l’ONG, Open Arms). Aujourd’hui, en raison de l’attaque et de la décision de l’organisation de suspendre ses opérations à Gaza, l’essentiel du convoi retourne à Chypre.

***

Entre-temps, l’aide humanitaire acheminée par les points de passage du sud reste inférieure au minimum requis, à savoir 500 camions par jour. La moyenne journalière en mars n’était que de 159 camions, selon les Nations Unies. Le nombre le plus élevé a été enregistré le 28 mars, avec 264 camions. Les camions doivent attendre de nombreux jours avant d’être soumis aux inspections des services de sécurité israéliens.

Ensuite, seule une petite partie de la cargaison parvient au nord de Gaza en raison de la coordination difficile avec les FDI, des retards aux points de contrôle internes de l’armée, des tirs des FDI et des dangers liés aux raids des gangs [qui se sont développés suite à la suppression de toute administration – réd.]. Tant que la route maritime de World Central Kitchen semblait sûre, il était possible de minimiser les difficultés rencontrées par les organisations d’aide pour atteindre le nord de la bande de Gaza. L’assassinat des valeureux membres de ce groupe nuit donc aux efforts d’Israël pour faire croire qu’il applique les instructions de la Cour internationale de justice.

Même avant le programme pilote maritime de mars, World Central Kitchen, que les Palestiniens ne connaissaient pas avant la guerre, s’est fait connaître. Depuis octobre, elle a fourni plus de 35 millions de repas chauds et mis en place plus de 60 cuisines communautaires. Les gens ont remarqué que ses cuisines disposaient de gaz de cuisine, ce qui n’était pas le cas d’autres organisations, et qu’elle proposait des légumes frais qui n’étaient pas disponibles sur les marchés, ou alors à des prix exorbitants.

Selon une source d’un groupe d’aide, presque du jour au lendemain, la World Central Kitchen a atteint une taille qui n’a d’égale que celle de l’UNRWA, qui existe depuis 1949. La rapidité du lancement suggère que l’administration israélienne a facilité le processus. En d’autres termes, les opérateurs de drones ont frappé une organisation dont la présence et le travail étaient importants pour Israël, non seulement pour des raisons humanitaires, mais aussi politiques: l’objectif était de rayer l’UNRWA de la carte.

***

Comme tous les groupes d’aide présents à Gaza pendant la guerre, la World Central Kitchen s’est coordonnée avec l’armée. Comme pour les autres organisations, les FDI connaissent l’emplacement de chacune de ses installations, ses véhicules sont marqués de drapeaux et de sigles, et ses employés portent des gilets de protection indiquant leur identité. L’identité de chaque employé est connue des autorités militaires, qui contrôlent chaque volontaire. L’itinéraire emprunté par chaque véhicule et convoi est soumis à l’autorisation d’Israël. Dans le jargon de l’armée et des groupes d’aide, ce processus est appelé « déconfliction » [« limitation de pertes civiles par une meilleure coordination »].

Début décembre, Israël a annoncé la mise en place du mécanisme de déconfliction pour la protection des travailleurs humanitaires et des civils, à la suite d’une demande de David Satterfield, l’envoyé spécial du président Joe Biden pour les questions humanitaires au Moyen-Orient. Les représentants des groupes d’aide rendent compte aux agents de liaison du coordinateur israélien des activités gouvernementales dans les territoires, qui assurent la coordination avec les forces militaires sur le terrain.

***

Ce n’était pas le premier incident au cours de cette guerre où les FDI ont attaqué des véhicules et des installations d’organisations humanitaires internationales ou locales; l’ONU estime qu’environ 196 travailleurs humanitaires ont été tués depuis le début de la guerre. Six Palestiniens affiliés à Médecins sans frontières – des travailleurs humanitaires et des membres de leur famille, dont deux médecins et une petite fille – ont été tués par les tirs des FDI, qui ont également endommagé des véhicules appartenant à l’organisation. Des Palestiniens qui se trouvaient dans un bâtiment du groupe britannique Medical Aid for Palestinians ont été blessés. Quinze secouristes du Croissant-Rouge ont été tués par des tirs israéliens alors qu’ils se rendaient auprès de blessés.

A 16 reprises au moins, Israël a tiré sur des camions transportant de la nourriture et sur les personnes qui se pressaient autour d’eux, soit parce que les hommes qui gardaient les camions étaient désignés comme des membres du Hamas, soit parce que les soldats à bord d’un char d’assaut estimaient que leur sécurité était menacée. C’est ce qui s’est passé lorsque l’équipage d’un char a tiré sur la foule qui entourait un convoi de nourriture le 29 février – une centaine de personnes ont été tuées, certaines écrasées par la foule effrayée, d’autres par les tirs du char.

La plupart de ces incidents ont été accueillis par un silence dans les médias israéliens. Et les FDI n’ont pas présenté d’excuses ou admis une erreur. La raison en est que les morts, les blessés et les personnes indemnes mais traumatisées étaient des Palestiniens, et que l’UNRWA et le Croissant-Rouge sont automatiquement considérés comme des collaborateurs du Hamas.

***

L’assassinat des volontaires de la World Central Kitchen, une attaque qui n’est pas la première du genre, met en lumière trois éléments fondamentaux des opérations menées par les FDI à Gaza. Le premier est le manque de coordination entre les différentes unités, malgré les déclarations contraires. Le deuxième est le niveau hiérarchique relativement bas des gradés qui disposent de l’autorité de décider de tuer depuis les airs. Le troisième est la grande « tolérance » des FDI dans ce qu’elles considèrent comme des dommages collatéraux : le très grand nombre de personnes non armées, dont des enfants, qu’il est « permis » de tuer afin d’atteindre « une cible légitime ».

Lors de l’incident survenu lundi en fin de journée, on soupçonnait la présence d’un « individu armé » (dont nous ne connaissons toujours pas l’identité). Cela a suffi pour permettre aux opérateurs de drones des FDI de tuer sept personnes qui n’étaient ni suspectes ni armées. Cette facilité à ouvrir le feu est l’une des explications des 14 000 enfants tués par Israël à Gaza jusqu’à présent, un chiffre fourni par l’UNICEF.

[1] WCK demande qu’une enquête indépendante soit conduite – au-delà du blâme prononcé contre deux hauts gradés par l’armée israélienne suite à une enquête de l’état-major général – car l’armée « ne peut pas enquêter de manière crédible sur sa propre défaillance à Gaza ».
[2] La WCK, pour sa « sécurité », est en contact avec l’entreprise Fogbow, « une structure proche du Pentagone. Composée d’anciens agents de la CIA ou de vétérans de l’armée américaine, la firme, qui facilite et sécurise des opérations humanitaires dans la zone depuis fin octobre, a mis l’ONG américaine en contact avec le Cogat », selon Samuel Forey dans Le Monde du 2 avril. Le journaliste ajoute, dans le même article, que le créateur de WCK, José Andrés, non seulement « s’est imposé comme un interlocuteur privilégié pour l’Etat hébreu », mais pour cela dispose d’un réseau de contacts dans l’administration américaine : « le chef étoilé peut «joindre directement, par texto» Antony Blinken, le secrétaire d’Etat américain, explique un ancien employé de l’ONG ». (Réd.)
[3] Sous la pression internationale (relative), l’Etat hébreu, le 5 avril, dit autoriser la livraison « temporaire » d’aide dans l’enclave palestinienne via le port d’Ashdod et le point de passage d’Erez. Les autorités israéliennes déclarent qu’elles vont « permettre l’augmentation de l’aide jordanienne par Kerem Shalom », poste-frontière du sud d’Israël. Toutefois, la «neutralisation» par Israël de l’UNRWA, seule structure apte à distribuer effectivement une aide, vide d’une grande partie de leur dimension concrète ces déclarations. (Réd.)

Amira Hass
Article publié par Haaretz le 3 avril 2024 ; traduction rédaction A l’Encontre
http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/pour-letat-hebreu-laide-humanitaire-de-wck-participait-de-son-attaque-contre-lunrwa-lassassinat-des-employes-occidentaux-de-wck-ebranle-cette-entreprise.html

******
L’Eurovision ne peut pas blanchir les crimes de guerre !

A Gaza, les observateurs le confirment, plus de 40 000 Palestiniens sont morts ou ont disparu. Parmi eux, 15 000 enfants. Israël a détruit pratiquement toutes les infrastructures civiles vitales et forcé près de 2 millions de personnes à des exodes incessants. La catastrophe humanitaire est telle qu’en janvier, la Cour Internationale de Justice a enjoint Israël de prévenir et de punir toute incitation ou tout acte de génocide. Sans succès, malgré une nouvelle ordonnance fin mars.

Qu’importe ! L’Union Européenne de Radio-télévision (UER) accueille Israël. Pourtant, en 2022, elle avait exclu la Russie. Pourtant, en 2021, la Biélorussie était écartée pour non respect de la liberté de la presse. A Gaza, en quatre mois, une centaine de journalistes palestiniens ont été tués et la presse étrangère se voit refuser l’accès. Mais ça ne compte pas !

En tant que citoyens, il est de notre devoir de refuser que l’Eurovision soit instrumentalisée pour blanchir des politiques criminelles.

Le concours Eurovision de la chanson est un projet de paix. 

Confirmer la participation d’Israël sape sa crédibilité. 

Actuellement, le signal est clair : on peut commettre des crimes de guerre sans être inquiété !

Que dirons-nous à nos enfants quand ils nous demanderont ce que nous avons fait ?

Nous lançons un appel solennel à l’Union Européenne de Radio-télévision :
*
Madame Delphine Ernotte-Cunci, présidente de France Télévisions, présidente de l’UER,
* Madame Sibyle Veil, présidente-directrice générale de Radio France,
* Madame Marie-Christine Saragosse, présidente–directrice générale de France Médias Monde,

Ne tolérez pas que des crimes de guerre soient absous en chanson

Refusez la participation d’Israël !

https://www.change.org/p/l-eurovision-ne-peut-pas-blanchir-les-crimes-de-guerre

******
Pourquoi les Israéliens se sentent-ils si menacés
par un cessez-le-feu ?

Mettre fin à la guerre à Gaza revient à reconnaître que les objectifs militaires d’Israël étaient irréalistes et à admettre qu’il n’est pas possible d’échapper à la recherche d’une solution politique avec les Palestiniens.

La décision américaine de ne pas opposer son veto à une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU exigeant un cessez-le-feu immédiat à Gaza (pour la première fois depuis le début de la guerre, les États-Unis permettaient l’adoption d’une telle résolution) a provoqué une onde de choc en Israël. L’annulation par Benjamin Netanyahou d’une réunion prévue entre Israël et l’administration Biden à Washington n’a fait qu’accroître l’impression qu’Israël avait été laissé dans l’isolement sur la scène internationale et que M. Netanyahou mettait en péril l’atout le plus important dont dispose le pays, son alliance avec les États-Unis.

Pourtant, bien que la gestion de ces questions sensibles par M. Netanyahou ait fait l’objet de nombreuses critiques, même ses opposants – tant dans le camp « libéral » que dans celui de la droite modérée – ont été unanimes dans leur condamnation du vote de l’ONU. Yair Lapid, chef du parti d’opposition Yesh Atid, a déclaré que la résolution était « dangereuse, injuste et qu’Israël ne l’accepterait pas ». Le ministre Hili Tropper, proche allié de Benny Gantz, le rival de Netanyahou – qui, selon les sondages, l’emporterait largement si des élections avaient lieu aujourd’hui – a déclaré : « La guerre ne doit pas s’arrêter ». Ces commentaires ne diffèrent guère des réactions de colère de leaders d’extrême droite tels que Bezalel Smotrich ou Itamar Ben Gvir.

Ce rejet quasi unanime d’un cessez-le-feu reflète le soutien de tous les partis à un assaut contre la ville de Rafah, dans le sud de la bande de Gaza, même si M. Netanyahou ne soutient pas que l’opération permettra d’obtenir la « victoire totale » tant attendue qu’il a promise.

L’opposition à un cessez-le-feu peut sembler étrange au premier abord. De nombreux Israéliens estiment que M. Netanyahou poursuit la guerre pour servir ses intérêts politiques et personnels. Les familles des otages israéliens, par exemple, se montrent de plus en plus critiques à l’égard de la lenteur de Netanyahou et multiplient les appels en faveur d’un « règlement immédiat ».

Même au sein des cercles qui régissent la sécurité israélienne, de plus en plus de personnes disent ouvertement que « l’élimination du Hamas » n’est pas un objectif réalisable. « Dire qu’un jour il y aura une victoire complète à Gaza est un mensonge total », a récemment déclaré Ronen Manelis, ancien porte-parole des forces de défense israéliennes. « Israël ne peut pas éliminer complètement le Hamas dans le cadre d’une opération qui ne dure que quelques mois ».

Alors, si l’opinion selon laquelle Netanyahou poursuit la guerre dans son intérêt personnel est de plus en plus répandue, si l’inutilité de la poursuite de la guerre est de plus en plus évidente, tant en ce qui concerne le démantèlement du Hamas que la libération des otages, s’il devient évident que la poursuite de la guerre risque de nuire aux relations avec les États-Unis, comment expliquer le consensus en Israël autour du « danger » que représenterait un cessez-le-feu ?

Questions fondamentales
L’une des explications est le traumatisme causé par le massacre du 7 octobre perpétré par le Hamas. De nombreux Israéliens se disent que, tant que le Hamas existe et bénéficie d’un soutien populaire, il n’y a pas d’alternative à la guerre. Une deuxième explication tient au talent rhétorique indéniable de Netanyahou qui, malgré sa faiblesse politique, a réussi à faire passer le slogan de la « victoire totale » même auprès de ceux qui ne croient pas un mot de ce qu’il dit, et de ceux qui comprennent, consciemment ou inconsciemment, que cette victoire n’est pas possible.

Mais il y a une autre explication. Jusqu’au 6 octobre, le consensus au sein du grand public juif israélien était de considérer que la « question palestinienne » ne devait pas trop les préoccuper. Le 7 octobre a brisé ce mythe. La « question palestinienne » est revenue à l’ordre du jour, dans toute sa violence sanglante.

Il y avait deux réponses possibles à la destruction de ce statu quo : un arrangement politique reconnaissant réellement la présence d’un autre peuple sur cette terre et son droit à une vie de dignité et de liberté, ou une guerre à outrance contre l’ennemi de l’autre côté du mur. Le grand public juif, qui n’a jamais vraiment pris en compte la première option, a choisi la seconde.

Dans cette optique, l’idée même d’un cessez-le-feu semble menaçante. Elle obligerait la population juive à reconnaître que les objectifs présentés par Netanyahou et l’armée – « renverser le Hamas » et libérer les otages par la contrainte militaire – sont tout simplement irréalistes. L’opinion publique devrait reconnaître ce qui pourrait être perçu comme un échec, voire une défaite, face au Hamas. Après le traumatisme et l’humiliation du 7 octobre, il est difficile pour un grand nombre de gens d’avaler une telle défaite.

Mais il existe une menace plus profonde. Un cessez-le-feu pourrait obliger le monde juif à se confronter à des questions plus fondamentales. Si le statu quo ne fonctionne pas, et qu’une guerre permanente avec les Palestiniens ne permet pas d’obtenir la victoire souhaitée, alors ce qui reste, c’est la vérité : le seul moyen pour les Juifs de vivre en sécurité est de parvenir à un compromis politique qui respecte les droits des Palestiniens.

Le rejet total du cessez-le-feu et sa présentation comme une menace pour Israël montrent que nous sommes loin de reconnaître cette vérité. Mais curieusement, nous en sommes peut-être plus proches que les gens ne le pensent. En 1992, lorsque les Israéliens ont dû choisir entre une rupture avec les États-Unis – en raison du refus du Premier ministre de l’époque, Yitzhak Shamir, d’accepter les grandes lignes présentées par les Américains pour les pourparlers avec les Palestiniens – et un rapprochement, ils ont opté pour la seconde option. Yitzhak Rabin a été élu premier ministre et, un an plus tard, les accords d’Oslo ont été signés.

La rupture actuelle avec l’administration américaine convaincra-t-elle les Israéliens d’abandonner l’idée d’une guerre perpétuelle et d’accepter de donner une chance à un accord politique avec les Palestiniens ? C’est très incertain. Mais ce qui est certain, c’est qu’Israël s’approche rapidement d’un carrefour où il devra choisir : un cessez-le-feu et la possibilité d’un dialogue avec les Palestiniens, ou une guerre sans fin et un isolement international tel qu’il n’en a jamais connu. Car l’option d’un retour en arrière, au statu quo du 6 octobre, est évidemment impossible.

Meron Rapoport
Meron Rapoport est rédacteur à Local Call.
Cet article a été publié en partenariat avec The Nation et Local Call.
Source : Magazine +972. 29 mars 2024 :
https://www.972mag.com/ceasefire-opposition-israelis-gaza/
Traduit pour ESSF par Pierre Vandevoorde avec l’aide de DeepLpro
https://www.europe-solidaire.org/spip.php?article70385

******
Israël-Palestine. En quoi ça nous concerne

Derrière un titre provocateur, une réalité bien plus provocante.
En 2024, où en sommes-nous au Proche-Orient ? Loin de la paix manifestement. Loin du dialogue aussi. Plutôt face à la peur, la violence et le deuil. Le dialogue israélo-palestinien fut pourtant possible à une époque, particulièrement en Belgique. C’est que ce pays d’Europe occidentale, à peine plus grand que les territoires de la Palestine mandataire à la veille de la fondation de l’État d’Israël, occupe une place à part sur la scène internationale, dans la recherche de la paix et du droit (Susskind). La petite Belgique est riche et multiple. Multiple par sa population, ses langues, ses religions, ses cultures. De telle sorte que ce que l’on refuserait de prendre en compte ici, d’un point de vue théorique, informatif, à Liège, Bruxelles, Gand ou Anvers, nous reviendrait néanmoins au visage, à l’esprit et au cœur, lié·es comme nous le sommes par des valeurs, des croyances, des espoirs, des tristesses, un passé et, nous l’espérons, un avenir, pour cette terre et surtout pour ses habitant·es.

Face à l’horreur, de quoi débattre ? Chaque humaniste accordera, à la suite de l’intellectuel palestinien Elias Sanbar, que « toute attaque contre des civils est un crime de guerre ». L’objectif de ce dossier ne sera pas d’envisager des plans pour le présent ou l’avenir, ni de porter un jugement définitif et géopolitique sur la situation au Proche-Orient. Nous aimerions plutôt mettre en avant les analyses et témoignages qui soulignent comment et pourquoi la société belge se distingue de ses voisins (Mauzé), notamment par ses prises de positions diplomatiques dans le conflit, à l’avant poste – peut-être trop timoré, néanmoins ? – de la défense du droit des Palestinien·nes (d’Othée). Nous avons également fait place à la prise de paroles situées, conjuguant deux identités, d’ici et de là-bas (Sheikh Hassan, Dima Daibes, Eitan Efrat), qui soulèvent les questions et éclairent d’une autre lumière ce qui semblait relever de l’évidence.

Comme le soulignent plusieurs auteurs, le problème de l’antisémitisme – dont la réalité s’observe de part et d’autre de la Méditerranée –, ne peut être évité dans ce dossier, tant son oubli, tout comme sa mobilisation, ont joué un rôle dans les engagements argumentatifs, les clivages politiques, et dans la vie quotidienne de la population belge face au conflit (Goldman, Perl et Guttmann). Aujourd’hui, l’espoir d’une coexistence fondée sur l’égalité et la justice dans la région est à l’image de la bande de Gaza : un champ de ruines. Qu’attendre dans ces conditions et que faire ? De façon urgente, se battre pour un cessez-le-feu durable, de manière à assurer la prévention d’un génocide envers la population palestinienne, dont la Cour internationale de justice a averti du risque en début d’année 2024. Libérer également tous les otages et les personnes détenues illégalement. Aider à la construction d’un avenir meilleur… peut-être – nous l’espérons – ensuite.

A l’attention de nos lecteurs et lectrices
Pour illustrer le dossier « Israël-Palestine. En quoi ça nous concerne », la rédaction a voulu représenter une carte de la Palestine mandataire, ou « historique ». La carte employée intégrait malheureusement le Golan syrien, annexé par Israël, lequel ne fait pas partie des territoires que revendiquent les Palestiniens.

La diffusion de la carte des autorités israéliennes valide sa politique du fait accompli, ce qui est bien entendu à l’opposé de la ligne éditoriale de la revue Politique. En dessinant le territoire allant du Jourdain à la Méditerranée sans y faire figurer de frontières, notre objectif est de représenter l’espace sur lequel les peuples israélien et palestinien n’ont d’autres choix que d’entrevoir un avenir commun, fondé sur l’égalité et la justice.

Rappelant que la défense de la cause palestinienne constitue l’une des balises de notre charte éditoriale, nous présentons nos excuses à celles et ceux qui se sont sentis offensés par cette méprise. Nous avons donc modifié la couverture sur le site internet de la revue Politique, ainsi que pour les emplois à venir et la diffusion.

Ce qui pourrait apparaître comme un épiphénomène montre au contraire qu’il demeure beaucoup à faire pour se prémunir de la propagande et faire pleinement droit à la parole palestinienne, afin de faire enfin aboutir politiquement une solution juste, dans le respect du droit.

Rédaction
https://www.revuepolitique.be/israel-palestine-en-quoi-ca-nous-concerne/

*-*

Le génocide se poursuivra, même si les bombes s’arrêtaient demain.
https://www.jewishvoiceforpeace.org/2024/04/04/if-the-war-ends-tomorrow/
Les liaisons dangereuses de l’industrie française de l’armement avec Israël
Depuis le début de l’offensive à Gaza, les livraisons d’armes occidentales à Israël sont dans le viseur du mouvement de soutien à la Palestine. Que sait-on des liens entre les industriels français et le complexe militaro-industriel israélien ?
https://multinationales.org/fr/actualites/les-liaisons-dangereuses-de-l-industrie-francaise-de-l-armement-avec-israel
Les Etats-Unis approuvent l’envoi de nouvelles bombes à Israël le jour des frappes contre les véhicules de World Central Kitchen
http://alencontre.org/ameriques/americnord/usa/les-etats-unis-approuvent-lenvoi-de-nouvelles-bombes-a-israel-le-jour-des-frappes-contre-les-vehicules-de-world-central-kitchen.html

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur Israël-Palestine. En quoi ça nous concerne (+ autres textes)

A Land for All : un projet de confédération entre utopie et pragmatisme Par Caterina Bandini, membre du comité de redaction. Revue YAANI

La confédération, mode d’organisation politique où les États délèguent une partie ou la totalité de la souveraineté à des organes communs, représente, dans le contexte palestino-israélien, une alternative aux solutions classiques à un ou deux États. Si ce modèle est ancien, il résonne aujourd’hui dans le fracas de la guerre grâce notamment au mouvement A Land for All – Two States, One Homeland (« Une terre pour tous – Deux États, une seule patrie »). Basé sur une enquête ethnographique en cours, cet article revient sur ce projet de confédération et sa place sur la scène politique israélienne d’avant et d’après le 7 octobre.

 

Capture d’écran de la page d’accueil du site Internet de A Land for All.

 

« S’il y a bien un enseignement à tirer de l’histoire récente, c’est que le monde n’est pas en train d’entrer dans une phase post-nationale, comme certains parmi nous l’ont cru. Ce n’est pas le cas. On est encore résolument dans l’époque des États-nations. Peut-être que ça changera, j’espère que ça changera ! Personnellement, je ne veux plus voir de frontière entre Israël et la Palestine, je suis à 100 % avec John Lennon ». Ainsi l’avocat et militant israélien Michael Sfard expliquait-il, lors de notre entretien en novembre 2022, son soutien au modèle de confédération porté par l’ONG israélo-palestinienne A Land for All (Eretz lekullam en hébreu, Bilād lil-jamīʻ en arabe), dont il est membre.

 

Un projet pragmatique donc, dicté non pas par l’utopie révolutionnaire mais par l’acceptation, aussi douloureuse soit-elle, de la persistance des nationalismes dans les mentalités et dans les aspirations des populations qui habitent entre la mer Méditerranée et le fleuve Jourdain. La plupart des militant·es interviewé·es affirment en effet que cette confédération serait une sorte d’« étape intermédiaire » pour négocier une solution plus juste et durable dans le futur, à savoir, pour beaucoup, la création d’un État unique. Entre l’échec des accords d’Oslo et la difficulté à imaginer « un État de tou·tes ses citoyen·nes » dans le futur proche, A Land for All – Two States, One Homeland propose une solution politique qui, bien que marginale, commence à se faire connaître en Israël-Palestine et au-delà.

 

Changer de paradigme : de la séparation au partenariat

 

Le mouvement a été fondé en 2012 par un journaliste juif israélien originaire de Tel-Aviv, Meron Rapoport, et un militant palestinien du Fatah originaire du camp de Dheisheh à Bethléem, Awni Al-Mashni, incarcéré pendant douze ans dans les geôles israéliennes. Constitué en ONG, le mouvement dispose désormais de plusieurs membres salariés, dont une co-directrice palestinienne et une co-directrice israélienne.

 

Leur projet de confédération est guidé par cinq principes fondamentaux : la création de deux États souverains dans les frontières de 1967, sur la base des accords d’Oslo ; la liberté de mouvement pour toutes et tous ; des institutions communes, notamment en matière de gestion des ressources naturelles ; Jérusalem comme capitale des deux États ; la réparation pour les injustices perpétrées par le passé. Tous·tes les habitant·es pourront rester là où ils et elles sont : aucun transfert de population n’est prévu. Juif·ives et Palestinien·nes pourront décider dans quel État demander leur résidence, mais chacun·e aura la nationalité de l’État auquel il ou elle appartient « ethniquement » et ne pourra voter que dans cet État-là : les Palestinien·nes en Palestine même s’il s’agit de résident·es de l’État d’Israël, et vice-versa pour les Israélien·nes. Les Palestinien·nes de 48, actuellement citoyen·nes de l’État d’Israël, conserveront la nationalité israélienne. Tout le monde aura un document d’identité israélien ou palestinien, mais aussi le passeport de la confédération, l’Union israélo-palestinienne, calquée sur le modèle de l’Union Européenne.

 

L’État palestinien octroiera le droit au retour aux réfugié·es, dont seulement un nombre limité pourra s’installer en Israël et les restant·es en Palestine, et l’État israélien continuera d’appliquer la Loi du retour pour les juif·ives de la diaspora au sein de ses frontières. Aucune injustice ne sera réparée avec de nouvelles injustices, suivant un principe fondamental de la justice transitionnelle. La planification urbaine constituera l’un des défis principaux : c’est pourquoi A Land for All ne donne pas, à ce stade, d’informations détaillées sur les modalités de mise en œuvre du projet, qui devront être négociées au fur et à mesure par les deux parties. Le modèle sera implémenté progressivement en plusieurs étapes. Dans une première phase, les deux États reconnaîtront le droit à leurs citoyen·nes de se déplacer, voyager et travailler sur l’ensemble du territoire et détermineront un nombre de citoyen·nes de l’autre État autorisé·es à rester sur leur territoire en tant que résident·es permanent·es, avec tous les droits associés à ce statut.

 

Ce modèle veut opposer au paradigme de la séparation celui du partenariat. Pour la co-directrice israélienne, May Pundak, fille de Ron Pundak, l’un des artisans des accords d’Oslo, ce mouvement représente un bon endroit où poser des questions difficiles à propos des paradigmes qui ne fonctionnent pas (ou plus). Elle insiste sur le fait que le paradigme de la séparation, au cœur de la doctrine d’Oslo, alimente le racisme et la suprématie juive. Interviewée en novembre 2022, elle m’explique : « Notre idée est qu’il pourra y avoir une autonomie en matière d’éducation ou de culture, par exemple, si certaines communautés le souhaitent. Mais il n’y aura pas de colonialisme, il n’y aura pas de suprématie juive. Il n’y aura pas d’exclusion, on ne va pas maintenir la séparation. Quand on parle des juifs qui resteront vivre en Palestine, ils ne resteront pas sur des terres privées. La plupart des colonies sont construites sur des terres d’État, ce sont les terres de l’État palestinien. L’État palestinien devra choisir où les juifs pourront rester, quand et comment, mais les soldats de Tsahal ne seront pas là pour les protéger : ils feront partie de l’État palestinien. On aura peut-être des forces de sécurité conjointes. En gros, on va décoloniser l’entreprise de colonisation ».

 

May Pundak considère que Two States, One Homeland offre une voie « queer » de sortie de la binarité, ici entendue comme l’opposition binaire entre un État et deux États, mais aussi entre sionisme et antisionisme, État-nation et ère post-nationale. Néanmoins, ça reste aussi à bien des égards une solution « à deux États ». Pour plusieurs membres du mouvement, cela est fondamental afin de garantir aux Palestinien·nes le droit à l’autodétermination nationale qui leur a été jusqu’ici nié.

 

Rallier le plus grand nombre à la cause

 

En tant que projet politique, Two States, One Homeland vise à rassembler le plus de soutiens possible. On y trouve ainsi un vaste spectre d’acteurs et d’actrices mobilisant une pluralité de langages : certain·es vont parler de décolonisation et d’apartheid, d’autres de conflit ethnonational, de domination et d’oppression. Si la notion de décolonisation ne fait pas partie du discours officiel de l’ONG, car réputée trop clivante, certain·es militant·es considèrent néanmoins qu’elle est traduite par la volonté affichée de mettre en œuvre des mécanismes de justice réparatrice qui garantiront un véritable processus de décolonisation. Le langage est donc adapté en fonction du public visé.

 

Pour l’ancienne porte-parole palestinienne, rencontrée à Bethléem en février 2023, A Land for All « garantit la décolonisation » et parle d’apartheid et de suprématie juive. Sur le positionnement de ses partenaires israélien·nes à l’égard du sionisme, elle affirmait : « Je n’ai pas le droit de demander à quelqu’un de renoncer à ce qu’il croit pour être mon partenaire. S’ils croient aux droits humains, à l’égalité et à la justice pour tout le monde, ça me suffit ». Un point de vue partagé par le co-fondateur Awni Al-Mashni qui, lors de notre entretien en février 2023, martelait que « c’est avec ses ennemis, les sionistes, qu’il faut faire la paix », pas avec les antisionistes déjà acquis·es à la cause.

 

En effet, ce mouvement rassemble des Israélien·nes aux positions très différentes au sujet du sionisme : des universitaires critiques comme Oren Yiftachel, mais aussi des représentant·es de la gauche sioniste comme Avi Dabush, actuel directeur de l’ONG Rabbis for Human Rights. Côté palestinien, trois parmi les militant·es les plus actif·ives sont des citoyen·nes de l’État d’Israël : l’actuelle co-directrice palestinienne, Rula Hardal, politiste et chercheuse à l’Institut Shalom Hartman à Jérusalem ; Ameer Fakhoury, sociologue et chercheur au Van Leer Institute à Jérusalem ; et Thabet Abu Rass, co-directeur de Abraham Initiatives, une organisation pour la promotion de l’égalité et de l’inclusion sociale des Palestinien·nes de 48.

 

Le mouvement compte enfin dans ses rangs une minorité de colons vivant principalement dans la région de Gush Etzion, un bloc de colonies situé entre Bethléem et Hébron. Ces colons sont engagé·es par ailleurs dans des efforts de « réconciliation » avec la population palestinienne au sein de l’association Roots, fondée à Gush Etzion en 2014. Très hostiles à la partition et donc aux accords d’Oslo, comme la très grande majorité des colons, ces militant·es se situent à la marge du « camp de la paix » israélien et font partie d’une mouvance alternative qui émerge timidement en Cisjordanie occupée. D’après Awni Al-Mashni, il n’y aurait que cinq ou sept colons actif·ives dans le mouvement, bien que plusieurs colons de Gush Etzion que j’ai pu interviewer soutiennent l’initiative. Un en particulier, Eliaz Cohen, poète et écrivain, résident du kibboutz de Kfar Etzion, fait partie du mouvement depuis sa fondation et œuvre à la sensibilisation de ses concitoyen·nes dans les colonies. Leur présence n’a pas manqué de susciter des débats au sein de A Land for All et de lui attirer des accusations de normalisation. Cependant, des militant·es qui n’accepteraient d’interagir avec les colons dans aucun autre contexte affirment que A Land for All est bien le seul cadre où la coopération est possible, puisqu’il s’agit de colons ayant la volonté de s’engager dans le débat et de faire des compromis.

Négocier sa place

Pour Awni Al-Mashni, le mouvement n’a pas à convaincre les Palestinien·nes, dont « 70 % soutiennent l’initiative », un point de vue que partage également Rula Hardal. Fatah aurait même donné son acceptation officieuse, en l’attente d’un partenaire israélien officiel et du soutien de la communauté internationale pour négocier les détails du plan. Convaincu·es que le vrai défi consiste à faire accepter cette proposition au sein de la société juive israélienne, les membres de A Land for All peinent néanmoins à établir un consensus ne serait-ce qu’à gauche. Jugée trop radicale par la gauche sioniste, notamment en raison de la position à l’égard du droit au retour, l’initiative est considérée trop modérée par la gauche antisioniste.

 

Depuis les élections de novembre 2022, les militant·es ont investi l’espace public israélien en démultipliant les rencontres d’information et les débats. Ils et elles ont été nombreux·ses à participer aux manifestations contre la réforme du système judiciaire en 2023 au sein du « bloc contre l’occupation » avec le slogan : « Du fleuve à la mer, démocratie et égalité pour tous ». L’initiative a également été présentée lors de la conférence inaugurale d’une nouvelle coordination de la gauche religieuse nommée Hasmol Haemuni (« la gauche de la foi » en hébreu), qui a eu lieu le 23 janvier 2023 à Jérusalem. Comme le disent les acteurs et actrices du mouvement, cette proposition est désormais « sur la table » et une « communauté » est en train de se former autour d’elle.

 

Le slogan « Du fleuve à la mer, démocratie et égalité pour tous »,

en hébreu et en arabe, sur une pancarte du mouvement lors d’une manifestation contre la réforme du système judiciaire. Jérusalem, février 2023. Photo : Caterina Bandini

 

Si une large adhésion du public israélien paraît aujourd’hui utopique, se faire une place au sein de la gauche radicale n’en est pas moins ardu. En février 2023, la sociologue et avocate israélienne Yael Berda intervenait à Imbala, un lieu associatif ayant servi de quartier-général à la gauche radicale hiérosolymitaine entre 2018 et 2023, dans un événement intitulé « Le changement de régime en Israël, l’occupation et nous ». Le « nous » renvoyait ici aux collectifs militants de Jérusalem, en premier lieu Free Jerusalem, engagé contre les expulsions des familles palestiniennes à Sheikh Jarrah. Questionnée avec méfiance quant à son activisme dans A Land for All, Yael Berda a défendu l’idée qu’il s’agit d’un projet « pragmatique et réaliste », capable de rallier des soutiens parmi la population juive israélienne. Or la persistance d’éléments centraux de la solution « à deux États », in primis l’idée d’un État-nation du peuple juif, et les calculs concernant le nombre de personnes qui pourront être assimilées par un État ou l’autre peinent à convaincre les activistes de la gauche radicale.

 

Depuis le 7 octobre, les membres de A Land for All redoublent les efforts. Dès le 13 octobre, Ameer Fakhoury s’exprimait sur le groupe WhatsApp pour en appeler les « initiatives binationales » à poursuivre leur travail de création d’une « société civile partagée ». L’organisation jouit également d’une certaine visibilité dans les médias internationaux, y compris en France. Elle est engagée dans les manifestations organisées depuis janvier 2024 pour réclamer un cessez-le-feu à Gaza et la libération des otages, et May Pundak a récemment été reçue au parlement israélien. De nombreuses rencontres sont organisées pour discuter de l’après-guerre et des perspectives ouvertes par le modèle confédéral.

 

Dans un contexte où le mot « paix » est de nouveau en vogue, avec notamment la création de la coordination Partnership for Peace rassemblant de nombreuses organisations israéliennes et israélo-palestiniennes ; alors que la nécessité d’une solution politique s’impose à la conscience d’une partie de la gauche israélienne et que la fin du gouvernement Netanyahu semble avoir sonné, les militant·es de A Land for All ont compris qu’il y a là un créneau à saisir. Ils et elles renforcent ainsi les activités de plaidoyer dans le but d’imposer un changement de paradigme dans la société juive israélienne. Reste à voir si ce projet arrivera à convaincre dans un environnement politique de plus en plus hostile.

 

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur A Land for All : un projet de confédération entre utopie et pragmatisme Par Caterina Bandini, membre du comité de redaction. Revue YAANI

Une guerre pas comme les autres : des médecins affirment que des enfants ont été pris pour cible par des snipers israéliens à Gaza

Par Chris McGreal, le 2 avril 2024

Le docteur Fozia Alvi faisait sa tournée dans l’unité de soins intensifs pour son dernier jour à l’hôpital public européen du sud de la bande de Gaza, lorsqu’elle s’est arrêtée à côté de deux jeunes arrivants, blessés au visage et portant des tubes respiratoires dans la trachée.

« J’ai demandé à l’infirmière ce qu’il en était. Elle m’a dit qu’ils avaient été amenés il y a quelques heures. Ils ont reçu des balles de sniper dans le cerveau. Ils avaient sept ou huit ans », raconte-t-elle.

Le cœur du médecin canadien se serre. Ce n’était pas les premiers enfants soignés par Alvi dont on lui avait dit qu’ils avaient été pris pour cible par des soldats israéliens, et elle savait les dégâts qu’une seule balle de gros calibre pouvait causer à un jeune corps fragile.

« Ils étaient incapables de parler, paraplégiques. Ils étaient littéralement couchés comme des légumes sur ces lits. Ils n’étaient pas les seuls. J’ai même vu de jeunes enfants avec des blessures directes de sniper à la tête et à la poitrine. Il ne s’agissait pas de combattants, mais de petits enfants », a déclaré M. Alvi.

Selon le ministère palestinien de la santé, les enfants représentent plus d’un tiers des 32 000 personnes tuées lors de l’assaut israélien sur Gaza, qui dure depuis des mois. Des dizaines de milliers d’autres jeunes ont subi des blessures graves, y compris des amputations.

Le Dr Fozia Alvi examine un enfant qui a été blessé par balle à Gaza et qui reçoit des soins pour des lésions cérébrales et faciales à l’hôpital européen près de Rafah. Photo : Dr Fozia Alvi, avec son aimable autorisation.

Neuf médecins, tous volontaires étrangers sauf un, ont raconté au Guardian leur travail dans les hôpitaux de Gaza cette année. Leur constat commun est que la plupart des enfants morts ou blessés qu’ils ont soignés ont été touchés par des éclats d’obus ou brûlés lors des bombardements intensifs des quartiers résidentiels par Israël, qui ont parfois anéanti des familles entières. D’autres ont été tués ou blessés par l’effondrement d’immeubles et d’autres encore sont portés disparus sous les décombres.

Mais les médecins ont également déclaré avoir traité un flux constant d’enfants, de personnes âgées et d’autres personnes qui n’étaient manifestement pas des combattants, avec des blessures par balle à la tête ou à la poitrine.

Certains médecins ont déclaré que le type et l’emplacement des blessures, ainsi que les récits des Palestiniens qui ont amené des enfants à l’hôpital, les ont amenés à penser que les victimes avaient été directement visées par les troupes israéliennes.

D’autres médecins ont déclaré qu’ils ne connaissaient pas les circonstances des tirs, mais qu’ils étaient profondément troublés par le nombre d’enfants gravement blessés ou tués par un seul coup de feu, parfois par des balles de gros calibre causant d’importants dommages à de jeunes corps.

À la mi-février, un groupe d’experts des Nations Unies a accusé l’armée israélienne de prendre pour cible des civils palestiniens qui ne sont manifestement pas des combattants, y compris des enfants, alors qu’ils cherchaient à s’abriter.

« Nous sommes choqués par les informations faisant état du ciblage délibéré et de l’assassinat extrajudiciaire de femmes et d’enfants palestiniens dans des lieux où ils ont cherché refuge ou alors qu’ils fuyaient. Certains d’entre eux tenaient des morceaux de tissu blanc lorsqu’ils ont été tués par l’armée israélienne ou des forces affiliées », a déclaré le groupe.

The Guardian a partagé les descriptions et les images des blessures par balle subies par huit enfants avec des experts militaires et des médecins légistes. Ils ont déclaré qu’il était difficile de déterminer de manière concluante les circonstances des tirs sur la seule base des descriptions et des photos, bien que dans certains cas ils aient pu identifier les munitions utilisées par l’armée israélienne.

Des témoignages et des enregistrements vidéo semblent confirmer les affirmations selon lesquelles des soldats israéliens ont tiré sur des civils, y compris des enfants, en dehors des combats avec le Hamas ou d’autres groupes armés. Dans certains cas, les témoins décrivent avoir essuyé des tirs alors qu’ils brandissaient des drapeaux blancs. Haaretz a rapporté samedi qu’Israël tirait régulièrement sur des civils dans des zones que son armée a déclarées « zone de combat ».

Les Forces de défense israéliennes (FDI) déploient des tireurs d’élite – ou des tireurs d’élite, comme les militaires les appellent – pendant les opérations de combat, souvent dans le cadre d’unités d’élite. Ils sont formés pour « cibler et éliminer les menaces terroristes particulièrement difficiles », selon la propre définition de l’armée.

Des groupes israéliens et étrangers de défense des droits de l’homme ont documenté une longue histoire de tireurs d’élite tirant sur des Palestiniens non armés, y compris des enfants, à Gaza et en Cisjordanie.

Les Palestiniens de Gaza font également état d’une nouveauté terrifiante dans la dernière guerre de Gaza : des drones armés capables de survoler les rues et d’abattre des individus. Appelés quadcoptères, certains de ces drones sont utilisés comme des tireurs d’élite télécommandés qui, selon les Palestiniens, ont été utilisés pour tirer sur des civils.

L’armée israélienne a déclaré qu’elle « rejetait totalement » les allégations selon lesquelles ses tireurs d’élite tiraient délibérément sur des civils. Elle a ajouté qu’elle ne pouvait pas répondre à des tirs individuels « sans disposer des coordonnées des incidents ».

« L’armée israélienne ne vise que les terroristes et les cibles militaires. Contrairement aux attaques délibérées du Hamas contre des civils israéliens, hommes, femmes et enfants, les FDI respectent le droit international et prennent toutes les précautions possibles pour atténuer les dommages causés aux civils ».

Les médecins disent le contraire.

Le Dr Vanita Gupta, médecin en soins intensifs dans un hôpital de New York, s’est portée volontaire à l’hôpital européen de Gaza en janvier. Un matin, trois enfants gravement blessés sont arrivés l’un après l’autre. Leurs familles ont expliqué au Dr Gupta que les enfants étaient ensemble dans la rue lorsqu’ils ont essuyé des tirs et qu’il n’y avait pas eu d’autres tirs dans la zone. Elle a précisé qu’aucun adulte blessé n’avait été amené à l’hôpital en même temps et depuis le même endroit.

« J’ai pu voir qu’un enfant avait reçu une balle dans la tête. Ils étaient en train de faire un massage cardiaque à cette fillette de cinq ou six ans qui est manifestement décédée », a déclaré Mme Gupta.

« Il y avait une autre petite fille du même âge. J’ai vu une blessure par balle sur sa tête. Son père était là, il pleurait et me demandait : « Pouvez-vous la sauver ? C’est ma seule enfant ». »

  1. Gupta a indiqué qu’un troisième jeune enfant avait également reçu une balle dans la tête et qu’il avait été envoyé pour un scanner.

Le neurochirurgien a regardé et a dit : « Il n’y a pas d’espoir ». On pouvait voir que la balle avait traversé la tête. Je ne sais pas quel âge il avait, mais il était jeune », a-t-elle déclaré.

Des membres de la famille ont indiqué à Mme Gupta que l’armée israélienne s’était retirée de la zone située à environ quatre kilomètres de l’hôpital.

« Ils ont dit que les gens commençaient à rentrer chez eux parce que l’armée était partie. Mais les tireurs d’élite sont restés. Les familles ont déclaré qu’ils avaient ouvert le feu sur les enfants », a-t-elle ajouté.

Des médecins travaillant à l’hôpital Nasser, dans le sud de la bande de Gaza, ont déclaré que des tirs israéliens apparemment ciblés avaient tué plus de deux douzaines de personnes, dont des enfants, qui entraient ou sortaient de l’hôpital au cours des premières semaines de l’année.

Ruwa Qdeih, 14 ans, figure parmi les victimes. Les médecins affirment qu’elle a été abattue devant l’hôpital de Khan Younis alors qu’elle allait chercher de l’eau. Ils ont indiqué qu’il n’y avait pas de combats dans la zone à ce moment-là et qu’elle a été tuée par un seul coup de feu, puis que les hommes qui sont allés récupérer son corps ont également été touchés par des tirs.

Dans la ville de Gaza, Emad Abu al-Qura, âgé de trois ans, a été abattu devant chez lui alors qu’il allait acheter des fruits avec son cousin, Hadeel, un étudiant en médecine de 20 ans, qui a également été tué. La famille a déclaré qu’ils avaient été pris pour cible par un tireur d’élite israélien.

Une vidéo des deux personnes allongées ensemble dans la rue montre Emad encore en vie après avoir été touché pour la première fois et essayant de lever la tête. D’autres tirs frappent le sol à proximité, dont un qui atteint une planche à côté d’Emad. La mère du garçon a déclaré qu’il avait été frappé à nouveau et tué cette fois.

Le père de Hadeel, Haroon, a assisté à la fusillade.

« Le ciblage des civils est très clair. Il s’agit d’un ciblage direct délibéré visant à tuer des civils sans raison, sans qu’il y ait d’événements, sans qu’il y ait de résistance. Ils ont délibérément tué Hadeel et Emad », a-t-il déclaré à Al Jazeera.

Parmi les autres jeunes victimes figurent Nahedh Barbakh, 14 ans, qui a été touché par des tirs de sniper avec son frère de 20 ans, Ramez, alors qu’ils suivaient les ordres de l’armée israélienne d’évacuer une zone située à l’ouest de Khan Younis à la fin du mois de janvier, selon l’Observatoire euro-méditerranéen des droits de l’homme, basé à Genève.

Selon un témoin interrogé par Euro-Med Monitor, Nahedh portait un drapeau blanc pour ouvrir la voie à sa famille, mais après s’être éloigné de quelques pas de la maison, il a été touché à la jambe par une balle. Lorsque l’adolescent a tenté de faire demi-tour, il a reçu une balle dans le dos et dans la tête, a déclaré le témoin.

Ramez a reçu une balle en plein cœur lorsqu’il a tenté de secourir son frère.

La famille a décidé qu’il était trop dangereux de récupérer les corps et a finalement fui la zone, laissant les frères gisant dans la rue. Une dernière photo montre Ramez étendu sur le corps de Nahedh, le drapeau blanc emmêlé entre eux.

Des témoins ont déclaré que les tirs provenaient du toit d’un immeuble voisin occupé par des soldats israéliens.

Une nouvelle menace

En décembre, le Croissant-Rouge palestinien a déclaré qu’Amir Odeh, 13 ans, avait été tué par un drone israélien à son siège de l’hôpital Al-Amal à Khan Younis. La famille a déclaré à Euro-Med Monitor qu’il avait été abattu par une fenêtre alors qu’il jouait avec ses cousins au huitième étage de l’immeuble où ils s’étaient réfugiés pour échapper aux combats. Ce meurtre est particulièrement remarquable parce que le tir unique dans la poitrine a été effectué par un type de drone qui n’avait jamais été vu au combat à Gaza auparavant : un quadcoptère, équipé d’un pistolet, d’une caméra et d’un haut-parleur. Contrairement à d’autres drones, les quadcoptères sont capables de planer au-dessus de leurs cibles.

Le Dr Thaer Ahmad, un médecin de Chicago qui s’est porté volontaire dans la salle d’urgence de l’hôpital Nasser, a déclaré que les quadcoptères apparaissaient parfois en essaims, donnant l’ordre aux Palestiniens de nettoyer une zone.

« Nous avons entendu un nombre incroyable d’histoires de personnes se remettant de blessures causées par ces quadcoptères tirant des balles depuis le ciel », a-t-il déclaré.

  1. Ahmad a déclaré qu’à une occasion, un drone avait tiré une balle dans la tête d’un des médecins de l’hôpital, mais qu’il avait survécu.

Le Dr Ahmed Moghrabi a décrit sur Instagram des « centaines » de quadcoptères descendant sur l’hôpital Nasser au cours de la troisième semaine de février et ordonnant aux gens d’évacuer l’enceinte avant de tuer un certain nombre d’entre eux. À une autre occasion, il a filmé des quadcoptères donnant des instructions aux Palestiniens pour qu’ils quittent la zone.

Bien que l’armée israélienne ait déjà déployé des quadcoptères pour la collecte de renseignements, il semble que ce soit la première fois que des versions du drone capables de tirer des coups de feu aient été utilisées contre les Palestiniens.

Le professeur Ghassan Abu-Sittah, chirurgien britannico-palestinien récemment élu recteur de l’université de Glasgow, a déclaré à Mondoweiss, un site d’information sur Israël et la Palestine, qu’à l’hôpital Al-Ahli de la ville de Gaza, « beaucoup de gens se faisaient tirer dessus par ces quadcoptères, ces drones équipés de fusils de sniper ».

  1. Abu-Sittah, qui a opéré des Palestiniens blessés par des tireurs d’élite israéliens lors de visites à Gaza au cours des années précédentes, a décrit les quadcoptères comme tirant des coups de feu « uniques à grande vitesse ».

« Nous avons reçu plus de 20 blessures par balle à la poitrine et au cou provenant de drones quadcoptères israéliens. Il s’agit d’un drone-sniper volant à basse altitude », a-t-il écrit sur X.

Parmi les assassinats par quadcoptère documentés par Euro-Med Monitor figurent deux enfants abattus le 21 janvier lorsque des drones ont ouvert le feu sur l’université al-Aqsa près de Khan Younis, où des milliers de Palestiniens déplacés avaient trouvé refuge. Le mois suivant, un drone a abattu Elyas Abu Jama, un jeune homme de 17 ans dont la famille a déclaré qu’il souffrait de handicaps mentaux et physiques, à l’extérieur de sa tente dans un camp de personnes déplacées à Rafah. Euro-Med Monitor a indiqué que le même jour, un quadcopter a tué Mahmoud al-Assar, 16 ans, et sa sœur Asmaa, 21 ans.

Thaer Ahmad a passé trois semaines à l’hôpital Nasser en janvier en tant que volontaire de l’organisation caritative médicale MedGlobal. En temps normal, il travaille dans un centre de traumatologie du sud de Chicago, où il s’occupe régulièrement de blessures par balle.

« J’ai effectué plus de procédures de traumatologie sur des patients pédiatriques au cours des trois semaines que j’ai passées à Nasser qu’au cours des dix années pendant lesquelles j’ai exercé aux États-Unis », a-t-il déclaré.

Le médecin a déclaré avoir soigné cinq enfants qui, selon lui, ont été abattus par des snipers, car l’emplacement des balles suggère qu’ils n’ont pas été touchés au hasard, mais qu’ils ont été ciblés.

« Ils ont été touchés principalement au thorax, à la poitrine, certains à l’abdomen. Un garçon a été touché au visage. Il a eu la mâchoire fracassée. Deux enfants, jeunes, âgés de moins de 10 ans, ont reçu une balle dans la poitrine et n’ont pas survécu. Deux autres, dont l’un a reçu une balle dans l’abdomen, ont survécu. Ils étaient encore en convalescence à l’hôpital lorsque je suis parti », a-t-il déclaré.

  1. Ahmad a fait remarquer que les enfants étaient souvent touchés par « une seule balle de gros calibre » qui pouvait produire des blessures dévastatrices.

Le Dr Irfan Galaria, chirurgien basé en Virginie, a dormi sur le sol de la salle d’opération de l’hôpital européen entre deux gardes en tant que volontaire en janvier. Lui aussi a vu des enfants gravement blessés par des balles de gros calibre.

Galaria raconte qu’un garçon de 14 ans est arrivé à l’hôpital avec une balle dans le dos. Lorsque les chirurgiens l’ont opéré, ils ont trouvé une balle dans son estomac.

« Il a eu beaucoup de chance, car la balle a manqué une grande partie des organes vitaux, mais elle est restée dans l’abdomen », a-t-il déclaré.

Le chirurgien a pris une photo de la balle, que d’anciens soldats des FDI qui ont parlé au Guardian ont identifiée comme une puissante balle de calibre 50, généralement tirée par une mitrailleuse montée sur un véhicule blindé, bien qu’elle ait également été utilisée dans des fusils de sniper. Ils ont indiqué que les mitrailleuses montées sur des véhicules sont souvent dotées de systèmes de visée avancés qui leur permettent de cibler les tirs, mais qu’un grand nombre de balles de calibre 50 peuvent être tirées sans précision, ce qui rend difficile d’établir si l’enfant était visé.

Parmi les autres balles retrouvées sur de jeunes Palestiniens figurent des balles de 5,56 mm, qui font partie de l’équipement standard de tous les fusils d’infanterie des FDI et qui sont également utilisées par les tireurs d’élite attachés à toutes les unités d’infanterie.

  1. Gupta a fourni au Guardian des tomodensitogrammes d’enfants blessés à la tête. Parmi eux, celui d’une fillette de huit ans qu’un pathologiste a décrit comme montrant une « blessure par balle à la tête pénétrant dans le côté droit avec une balle dans le cerveau (lobe temporal médian droit) ».

Bien que les médecins aient été choqués par le nombre d’enfants victimes, ils ont déclaré qu’ils pensaient que les tirs s’inscrivaient dans un contexte plus large de ciblage des civils palestiniens, y compris des personnes âgées.

« La grande majorité des personnes que nous avons vues n’étaient pas des combattants », a déclaré M. Ahmad. « Une femme âgée se trouvait à l’arrière d’une charrette tirée par un âne lorsqu’elle a été touchée. La balle s’est logée dans sa colonne vertébrale et elle est restée paralysée à partir de la taille. Elle avait entre 60 et 70 ans ».

« Les blessures causées par les tirs de snipers étaient courantes« 

Le Dr Osaid Alser a aidé à organiser un groupe de médecins en dehors de Gaza pour guider à distance le seul chirurgien général palestinien restant à l’hôpital Nasser, qui n’avait qu’une expérience limitée.

« Les blessures causées par des tireurs embusqués étaient courantes, de même que les tirs de quadcoptères », a déclaré le Dr Alser, qui a grandi dans la ville de Gaza et vit aujourd’hui au Texas.

Selon les médecins, les tirs de snipers sont également à l’origine de nombreuses amputations et de handicaps à long terme, qui sont d’autant plus graves chez les enfants qu’une balle cause souvent plus de dégâts sur des corps de petite taille.

  1. Alser a fait valoir qu’il était souvent possible de distinguer les tirs de sniper.

« Lorsqu’il s’agit d’un sniper, il s’agit généralement d’une balle plus grosse, qui cause beaucoup plus de dégâts et qui a une plus grande énergie d’onde de choc qu’un fusil ou un pistolet plus petit. S’il s’agit d’un tireur d’élite, la balle peut entraîner l’amputation du membre car elle endommage la structure vasculaire – les nerfs, les os, les tissus mous, tout », a-t-il déclaré.

« Un autre cas de figure est la lésion de la moelle épinière lorsque les personnes sont touchées au milieu de l’abdomen ou au milieu du dos. Les lésions de la moelle épinière ne sont pas nécessairement mortelles, sauf si elles touchent le cou, mais elles peuvent être invalidantes ».

  1. Alser a déclaré que l’un de ses parents âgés, pionnier de la dentisterie à Gaza, figurait parmi les victimes apparentes d’un sniper.

Le Dr Mohammed Al Madhoun a disparu après avoir cherché à se faire soigner pour une maladie chronique dans un hôpital caritatif à l’ouest de la ville de Gaza en décembre. Le corps de cet homme de 73 ans a été retrouvé près de l’hôpital une semaine plus tard, ainsi que celui de son petit-neveu. Ils avaient tous deux été blessés par balle.

« Le schéma des blessures et l’ampleur des dégâts causés par la balle étaient significatifs, ce qui est principalement le fait d’un tireur embusqué », a déclaré M. Alser, qui a examiné les tomodensitogrammes de la blessure. « Il était manifestement âgé. On ne s’attend pas à ce qu’une personne de 73 ans soit une cible, n’est-ce pas ?

Le médecin a indiqué que les cas qu’il a examinés à distance comprenaient d’autres personnes âgées, dont une femme de 70 ans.

« Elle a été touchée par un tireur d’élite et a subi une hémorragie crânienne massive. C’est impossible à survivre. Elle est décédée un jour ou deux après », a-t-il déclaré.

En octobre, le premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, a décrit les FDI comme « l’armée la plus morale du monde ». L’armée israélienne affirme être guidée par une doctrine de « pureté des armes » qui interdit aux soldats de blesser des « civils non impliqués ».

Mais les groupes israéliens et internationaux de défense des droits de l’homme affirment depuis longtemps que l’incapacité de l’armée à faire respecter ses propres normes – et sa volonté de dissimuler les infractions – a contribué à créer un climat d’impunité pour les soldats qui s’en prennent aux civils.

Les groupes affirment qu’il est extrêmement difficile à ce stade de quantifier l’ampleur de ces tirs à Gaza, notamment parce que leur propre personnel est souvent déplacé et attaqué. Mais Miranda Cleland, de Defense for Children International Palestine, a déclaré qu’au fil des ans, il y avait eu un « schéma clair de forces israéliennes ciblant des enfants palestiniens avec une force mortelle dans des situations où les enfants ne représentaient pas une menace pour les soldats ».

« En Cisjordanie occupée, les soldats israéliens tirent régulièrement sur des enfants à la tête, à la poitrine ou à l’abdomen, autant de zones où l’enfant se vide rapidement de son sang s’il n’est pas tué sur le coup. Les forces israéliennes tirent souvent sur ces enfants à de grandes distances, parfois à plus de 500 pieds, ce dont seul un tireur d’élite militaire entraîné est capable », a-t-elle ajouté.

Un groupe israélien, Breaking the Silence, a recueilli des témoignages de soldats de Tsahal lors de conflits antérieurs qui ont déclaré avoir tiré sur des civils palestiniens simplement parce qu’ils se trouvaient là où ils n’étaient pas censés être, même s’il était évident qu’ils n’étaient pas des combattants.

Des tireurs d’élite des FDI se sont vantés d’avoir tiré dans les genoux de manifestants palestiniens non armés, y compris des jeunes, pendant près de deux ans de manifestations à la barrière frontalière de Gaza, à partir du printemps 2018.

Palestiniens blessés aux jambes lors de manifestations à la frontière entre la bande de Gaza et Israël. Photo : Felipe Dana/AP

Un ancien tireur d’élite de l’armée israélienne, qui n’a pas souhaité être nommé, a déclaré au Guardian que les règles de l’armée israélienne en matière de tir ouvert étaient si larges qu’un soldat dispose d’une grande marge de manœuvre pour tirer sur n’importe qui une fois qu’une zone est déclarée comme « zone de combat ».

« Le problème, ce sont les règles qui permettent aux soldats de tirer sur les Palestiniens. D’après mon expérience, la plupart des soldats qui appuient sur la gâchette veulent seulement tuer ceux qui doivent être tués, mais il y en a qui considèrent tous les Arabes comme des ennemis et qui trouvent n’importe quelle raison de tirer ou aucune raison du tout », a-t-il déclaré, ajoutant qu’un système d’impunité protégeait ces soldats.

« Même s’ils ne respectent pas les règles, le système les protège. L’armée couvrira les faits. Les autres soldats de l’unité ne s’y opposeront pas ou célébreront la mort d’un autre Arabe. Il n’y a pas d’obligation de rendre des comptes, de sorte que même les règlements les plus souples n’ont aucune signification réelle. »

Le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’Tselem a décrit les règles de l’armée israélienne en matière de tirs ouverts comme n’étant « rien de plus qu’un semblant de légalité », en partie parce qu’elles sont « violées de manière répétée ».

« À l’exception d’une poignée de cas, impliquant généralement des soldats de rang inférieur, personne n’a été jugé pour avoir blessé des Palestiniens », a déclaré le groupe.

Dans l’un des cas les plus célèbres de soldats tirant sur de jeunes enfants dans les territoires occupés, un capitaine de l’armée a tiré avec tout le chargeur de son fusil automatique sur une jeune Palestinienne de 13 ans, Iman al-Hams, en 2004, après qu’elle eut traversé une zone de sécurité, alors qu’elle ne représentait aucune menace immédiate et que ses propres soldats lui avaient dit qu’il s’agissait d’une « petite fille » qui avait « la peur de sa vie ». Le capitaine a été innocenté par un tribunal militaire.

L’armée israélienne a également une longue tradition de dissimulation des meurtres d’enfants.

Après que Khalil al-Mughrabi, 11 ans, a été abattu alors qu’il jouait au football à Rafah en 2001, l’organisation israélienne de défense des droits de l’homme B’Tselem a écrit à l’armée israélienne pour demander une enquête.

La mère de Khalil al-Mughrabi, 11 ans, tué par les troupes israéliennes à Rafah, serre le corps de son fils dans ses bras lors de la procession funéraire, le 8 juillet 2001. Photo : Reuters

Des mois plus tard, le bureau du juge-avocat général a déclaré à B’Tselem que Khalil avait été abattu par des soldats qui avaient agi avec « retenue et contrôle » pour disperser une émeute dans la région. Cependant, l’IDF a commis l’erreur de joindre une copie de son enquête interne secrète, qui indiquait que l’émeute avait eu lieu bien plus tôt dans la journée et que les soldats qui avaient ouvert le feu sur l’enfant s’étaient rendus coupables d’un « grave écart par rapport aux normes de comportement obligatoires ».

Le procureur militaire en chef, le colonel Einat Ron, a ensuite présenté des scénarios alternatifs erronés qui devraient être proposés à B’Tselem pour couvrir le crime.

Plus récemment, les FDI ont été accusées d’avoir menti pour dissimuler l’assassinat de la journaliste américaine d’origine palestinienne Shireen Abu Akleh, très certainement par un tireur d’élite israélien. L’armée a d’abord accusé les Palestiniens, puis a prétendu à tort qu’Abu Akleh avait été prise dans des tirs croisés au cours d’une fusillade. Son employeur, Al Jazeera, a présenté une vidéo prouvant qu’il n’y avait pas eu de fusillade et qu’au moins un soldat israélien visait la journaliste.

  1. Alvi, médecin canadien, a quitté Gaza au cours de la troisième semaine de février, alors que les forces israéliennes menaçaient de lancer un assaut terrestre contre Rafah. M. Alvi a fondé l’organisation caritative Humanity Auxilium, basée aux États-Unis, qui a travaillé avec les réfugiés rohingyas au Bangladesh, les Syriens déplacés et les survivants du tremblement de terre en Turquie.

« Il ne s’agit pas d’une guerre normale. La guerre en Ukraine a tué 500 enfants en deux ans et la guerre à Gaza en a tué plus de 10 000 en moins de cinq mois. Nous avons déjà connu des guerres, mais celle-ci est une tache sombre sur notre humanité commune. »

Chris McGreal écrit pour le Guardian US et a été correspondant du Guardian à Washington, Johannesburg et Jérusalem.

 

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur Une guerre pas comme les autres : des médecins affirment que des enfants ont été pris pour cible par des snipers israéliens à Gaza

2024-04-05 Selon des sources, une livraison d’armes a été autorisée alors même que Washington s’inquiète publiquement de l’offensive prévue à Rafah.

Ces derniers jours les EU ont autorisé le transfert à Israël de bombes et avions de combats d’une valeur de plusieurs milliards de dollars, ont déclaré vendredi des sources proches des décideurs, alors même que Washington exprime publiquement ses inquiétudes quant à une offensive prévue à Rafah.
La nouvelle livraison d’armes comprend plus de 1800 bombes MK-84 de 2 000 livres (907 kg) et 500 bombes MK-82 de 500 livres (227 kg) selon les sources, qui ont confirmé un rapport du Washington Post.
Washington accorde à Israël, son allié de longue date, une assistance militaire annuelle de 3,8 milliards de dollars.
Cette livraison survient alors qu’Israël fait face à d’intenses critiques internationales en raison de sa campagne continue de bombardements et de son offensive terrestre à Gaza, et tandis que de nombreux membres du parti de Joe Biden lui demandent de mettre un terme à l’aide militaire états-unienne.
Les États-Unis ont précipité les envois à Israël de défenses aériennes et de munitions, mais certains démocrates et groupes arabo-américains ont critiqué le soutien inébranlable de l’administration Biden à Israël, qui lui donne, selon eux, un sentiment d’impunité.
Biden a reconnu « la douleur ressentie » par de nombreux Arabo-Américains, causée par la guerre à Gaza et le soutien EU à Israël et à son offensive militaire.
Pourtant, il a promis un soutien continu à Israël malgré son désaccord public croissant avec Benjamin Netanyahu, le premier ministre israélien.
La Maison Blanche a refusé de commenter ce transfert d’armes.
L’ambassade israélienne n’a pas immédiatement réagi à une demande de commentaire.
Cette décision d’envoyer des armes a été prise après la visite cette semaine à Washington du ministre de la défense israélien Yoav Gallant pour discuter des besoins en armes d’Israël avec ses homologues états-uniens.
S’adressant à des journalistes mardi, Gallant, cherchant visiblement à apaiser les tensions israélo-américaines, a souligné l’importance des liens états-uniens pour la sécurité et le maintien de l’avantage militaire qualitatif d’Israël dans la région, y compris ses capacités aériennes.
La guerre a éclaté le 7 octobre après que des militants du Hamas ont attaqué Israël, tué 1200 personnes et saisi 253 captifs, selon les décomptes israéliens. Israël a répliqué en lançant un assaut aérien et terrestre dans la Bande de Gaza, qui a fait à ce jour, plus de 32 000 Palestiniens tués.

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur 2024-04-05 Selon des sources, une livraison d’armes a été autorisée alors même que Washington s’inquiète publiquement de l’offensive prévue à Rafah.

BARBARIE DU XXI EME SIECLE « LAVENDER », L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE QUI DIRIGE LES BOMBARDEMENTS ISRAÉLIENS À GAZA

L’armée israélienne a désigné des dizaines de milliers d’habitants de Gaza comme des suspects, cibles d’assassinat, en utilisant un système de ciblage par intelligence artificielle (IA), avec peu de contrôle humain et une politique permissive en matière de pertes « collatérales », révèlent le magazine +972 et le site d’informations Local Call. L’Humanité publie une traduction française de l’enquête conduite par ces médias israéliens.

53min   Publié le 4 avril 2024

Yuval Abraham Journaliste et cinéaste basé à Jérusalem

En 2021, un livre intitulé L’équipe humain-machine, comment créer une synergie entre humain et intelligence artificielle qui va révolutionner le monde a été publié en anglais sous le pseudonyme de « Brigadier General Y.S. ». Dans cet ouvrage, l’auteur – un homme dont nous pouvons confirmer qu’il est l’actuel commandant de l’unité d’élite du renseignement israélien 8200 – plaide en faveur de la conception d’une machine spéciale capable de traiter rapidement des quantités massives de données afin de générer des milliers de « cibles » potentielles pour des frappes militaires dans le feu de l’action. Une telle technologie, écrit-il, résoudrait ce qu’il décrit comme un « goulot d’étranglement humain à la fois pour la localisation des nouvelles cibles et la prise de décision pour approuver les cibles ».

Il s’avère qu’une telle machine existe réellement. Une nouvelle enquête menée par +972 Magazine et Local Call révèle que l’armée israélienne a mis au point un programme basé sur l’intelligence artificielle (IA), connu sous le nom de « Lavender », dévoilé ici pour la première fois.

Selon six officiers du renseignement israélien, qui ont tous servi dans l’armée pendant la guerre actuelle contre la bande de Gaza et ont été directement impliqués dans l’utilisation de l’intelligence artificielle pour générer des cibles à assassiner, Lavender a joué un rôle central dans le bombardement sans précédent des Palestiniens, en particulier pendant les premières phases de la guerre. En fait, selon ces sources, son influence sur les opérations militaires était telle qu’elles traitaient les résultats de la machine d’IA « comme s’il s’agissait de décisions humaines ».

20 secondes pour autoriser un bombardement

Officiellement, le système Lavender est conçu pour marquer tous les agents présumés des ailes militaires du Hamas et du Jihad islamique palestinien, y compris les moins gradés, comme des cibles potentielles pour les bombardements. Ces sources ont déclaré à +972 et à Local Call que, pendant les premières semaines de la guerre, l’armée s’est presque entièrement appuyée sur Lavender, qui a marqué jusqu’à 37 000 Palestiniens comme militants présumés – avec leurs maisons – en vue d’éventuelles frappes aériennes.

Au début de la guerre, l’armée a largement autorisé les officiers à adopter les listes d’objectifs de Lavender, sans exiger de vérification approfondie des raisons pour lesquelles la machine avait fait ces choix, ni d’examen des données brutes de renseignement sur lesquelles elles étaient basées.

Une source a déclaré que le personnel humain ne faisait souvent qu’entériner les décisions de la machine, ajoutant que, normalement, il ne consacrait personnellement qu’environ « 20 secondes » à chaque cible avant d’autoriser un bombardement – juste pour s’assurer que la cible marquée par Lavender est bien un homme. Et ce, tout en sachant que le système commet ce que l’on considère comme des « erreurs » dans environ 10 % des cas, et qu’il est connu pour marquer occasionnellement des individus qui n’ont qu’un lien ténu avec des groupes militants, voire aucun lien du tout.

En outre, l’armée israélienne a systématiquement attaqué les personnes ciblées alors qu’elles se trouvaient chez elles – généralement la nuit, en présence de toute leur famille – plutôt qu’au cours d’une activité militaire. Selon les sources, cela s’explique par le fait que, du point de vue du renseignement, il est plus facile de localiser les individus dans leurs maisons privées.

Lavender a marqué jusqu’à 37 000 Palestiniens comme militants présumés – avec leurs maisons – en vue d’éventuelles frappes aériennes.

D’autres systèmes automatisés, dont celui appelé « Where’s Daddy ? » (Où est papa ?), également révélé ici pour la première fois, ont été utilisés spécifiquement pour suivre les individus ciblés et commettre des attentats à la bombe lorsqu’ils étaient entrés dans les résidences de leur famille.

Le résultat, comme en témoignent ces sources, est que des milliers de Palestiniens – pour la plupart des femmes et des enfants ou des personnes qui n’étaient pas impliquées dans les combats – ont été éliminés par les frappes aériennes israéliennes, en particulier au cours des premières semaines de la guerre, en raison des décisions du programme d’intelligence artificielle.

« Il est beaucoup plus facile de bombarder la maison d’une famille »

« Nous ne voulions pas tuer les agents [du Hamas] uniquement lorsqu’ils se trouvaient dans un bâtiment militaire ou participaient à une activité militaire », a déclaré A., un officier de renseignement, à +972 et à Local Call. « Au contraire, l’armée israélienne les a bombardés dans leurs maisons sans hésitation, comme première option. Il est beaucoup plus facile de bombarder la maison d’une famille. Le système est conçu pour les rechercher dans ces situations. »

La machine Lavender rejoint un autre système d’IA, « The Gospel », au sujet duquel des informations ont été révélées lors d’une précédente enquête menée par +972 et Local Call en novembre 2023, ainsi que dans les propres publications de l’armée israélienne. La différence fondamentale entre les deux systèmes réside dans la définition de la cible : alors que The Gospel marque les bâtiments et les structures à partir desquels, selon l’armée, les militants opèrent, Lavender marque les personnes – et les inscrit sur une liste de personnes à abattre.

L’enquête qui suit est organisée selon les six étapes chronologiques de la production hautement automatisée de cibles par l’armée israélienne au cours des premières semaines de la guerre de Gaza.

  • Tout d’abord, nous expliquons le fonctionnement de la machine Lavender elle-même, qui a marqué des dizaines de milliers de Palestiniens à l’aide de l’IA.
  • Ensuite, nous révélons le système « Where’s Daddy ? » (Où est papa ?), qui a suivi ces cibles et signalé à l’armée qu’elles entraient dans leurs maisons familiales.
  • Troisièmement, nous décrivons comment des bombes « muettes » ont été choisies pour frapper ces maisons.
  • Quatrièmement, nous expliquons comment l’armée a assoupli le nombre de civils pouvant être tués lors du bombardement d’une cible.
  • Cinquièmement, nous expliquons comment un logiciel automatisé a calculé de manière inexacte le nombre de non-combattants dans chaque foyer.
  • Sixièmement, nous montrons qu’à plusieurs reprises, lorsqu’une maison a été frappée, généralement la nuit, la cible individuelle n’était parfois pas du tout à l’intérieur, parce que les officiers militaires n’ont pas vérifié l’information en temps réel.

ÉTAPE 1 : GÉNÉRER DES CIBLES

Dans l’armée israélienne, l’expression « cible humaine » désignait autrefois un haut responsable militaire qui, selon les règles du département du droit international de l’armée, pouvait être tué à son domicile privé, même s’il y avait des civils à proximité.

Des sources du renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call qu’au cours des précédentes guerres conduites par Israël, étant donné qu’il s’agissait d’une manière « particulièrement brutale » de tuer quelqu’un – souvent en tuant toute une famille aux côtés de la cible – ces cibles humaines étaient marquées très soigneusement : seuls les commandants militaires de haut rang étaient bombardés à leur domicile, afin de maintenir le principe de proportionnalité en vertu du droit international.

Le rôle du personnel humain dans l’incrimination des Palestiniens en tant qu’agents militaires mis de côté

Mais après le 7 octobre, lorsque les militants du Hamas ont lancé un assaut meurtrier contre les communautés du sud d’Israël, tuant environ 1 200 personnes et en enlevant 240, l’armée a adopté une approche radicalement différente, selon les sources. Dans le cadre de l’opération « Iron Swords », l’armée a décidé de désigner tous les agents de la branche militaire du Hamas comme des cibles humaines, quel que soit leur rang ou leur importance militaire. Cela a tout changé.

Cette nouvelle politique a également posé un problème technique aux services de renseignement israéliens. Au cours des guerres précédentes, pour autoriser l’assassinat d’une seule cible humaine, un officier devait passer par un processus d’« incrimination » long et complexe : vérifier par recoupement les preuves que la personne était bien un membre haut placé de l’aile militaire du Hamas, découvrir où elle vivait, ses coordonnées, et enfin savoir quand elle était chez elle en temps réel. Lorsque la liste des cibles ne comptait que quelques dizaines d’agents de haut rang, les services de renseignement pouvaient s’occuper individuellement du travail d’incrimination et de localisation.

Mais une fois que la liste a été élargie pour y inclure des dizaines de milliers d’agents de rang inférieur, l’armée israélienne a compris qu’elle devait s’appuyer sur des logiciels automatisés et sur l’intelligence artificielle. Le résultat, selon les sources, est que le rôle du personnel humain dans l’incrimination des Palestiniens en tant qu’agents militaires a été mis de côté et que l’intelligence artificielle a fait le gros du travail à sa place.

Selon quatre des sources qui ont parlé à +972 et à Local Call, Lavender – qui a été développé pour créer des cibles humaines dans la guerre actuelle – a marqué quelque 37 000 Palestiniens comme étant des « militants du Hamas » présumés, des jeunes pour la plupart d’entre eux, en vue de leur assassinat (le porte-parole de l’armée israélienne a nié l’existence d’une telle liste dans une déclaration à +972 et à Local Call).

« Une fois que l’on passe à l’automatisation, la génération des cibles devient folle »

« Nous ne savions pas qui étaient les agents subalternes, parce qu’Israël ne les suivait pas régulièrement [avant la guerre] », a expliqué l’officier supérieur B. à +972 et à Local Call, expliquant ainsi la raison pour laquelle cette machine à cibler a été mise au point pour la guerre en cours. « Ils voulaient nous permettre d’attaquer automatiquement [les agents subalternes]. C’est le Saint Graal. Une fois que l’on passe à l’automatisation, la génération des cibles devient folle ».

Les sources ont déclaré que l’autorisation d’adopter automatiquement les listes d’objectifs de Lavender, qui n’avaient été utilisées auparavant que comme outil auxiliaire, a été accordée environ deux semaines après le début de la guerre, après que le personnel des services de renseignement a vérifié « manuellement » l’exactitude d’un échantillon aléatoire de plusieurs centaines de cibles sélectionnées par le système d’intelligence artificielle.

Lorsque cet échantillon a révélé que les résultats de Lavender avaient atteint une précision de 90 % dans l’identification de l’affiliation d’un individu au Hamas, l’armée a autorisé l’utilisation généralisée du système. À partir de ce moment-là, ces sources ont déclaré que si Lavender décidait qu’un individu était un militant du Hamas, il leur était essentiellement demandé de traiter cela comme un ordre, sans qu’il soit nécessaire de vérifier de manière indépendante pourquoi la machine avait fait ce choix ou d’examiner les données brutes de renseignement sur lesquelles elle est basée.

« À 5 heures du matin, [l’armée de l’air] arrivait et bombardait toutes les maisons que nous avions marquées », raconte B.. «Nous avons éliminé des milliers de personnes. Nous ne les avons pas examinées une par une – nous avons tout mis dans des systèmes automatisés, et dès que l’une [des personnes marquées] était chez elle, elle devenait immédiatement une cible. Nous la bombardions, elle et sa maison ».

Les résultats meurtriers de ce relâchement des restrictions au début de la guerre ont été stupéfiants. Selon les données du ministère palestinien de la Santé à Gaza, sur lesquelles l’armée israélienne s’appuie presque exclusivement depuis le début de la guerre, Israël a tué quelque 15 000 Palestiniens – soit près de la moitié du nombre de morts à ce jour – au cours des six premières semaines de la guerre, jusqu’à ce qu’un cessez-le-feu d’une semaine soit conclu le 24 novembre.

« Plus il y a d’informations et de variété, mieux c’est »

Le logiciel Lavender analyse les informations recueillies sur la plupart des 2,3 millions d’habitants de la bande de Gaza grâce à un système de surveillance de masse, puis évalue et classe la probabilité que chaque personne soit active dans l’aile militaire du Hamas ou du Jihad islamique. Selon certaines sources, la machine attribue à presque chaque habitant de Gaza une note de 1 à 100, exprimant la probabilité qu’il s’agisse d’un militant.

Lavender apprend à identifier les caractéristiques des agents connus du Hamas et du Jihad islamique, dont les informations ont été transmises à la machine en tant que données d’entraînement, puis à repérer ces mêmes caractéristiques – également appelées « traits » – au sein de la population générale, ont expliqué les sources. Une personne présentant plusieurs caractéristiques incriminantes différentes obtient une note élevée et devient ainsi automatiquement une cible potentielle pour un assassinat.

Dans « L’équipe humain-machine », le livre cité au début de cet article, l’actuel commandant de l’unité 8 200 plaide en faveur d’un tel système sans citer Lavender nommément. (Le commandant lui-même n’est pas nommé, mais cinq sources au sein de l’unité 8 200 ont confirmé que le commandant était l’auteur de ce livre, comme l’a également rapporté Haaretz).

Décrivant le personnel humain comme un « goulot d’étranglement » qui limite la capacité de l’armée au cours d’une opération militaire, le commandant se lamente : « Nous [les humains] ne pouvons pas traiter autant d’informations. Peu importe le nombre de personnes chargées de produire des objectifs pendant la guerre, il est toujours impossible de produire suffisamment d’objectifs par jour ».

Selon lui, la solution à ce problème réside dans l’intelligence artificielle. Le livre propose un petit guide pour construire une « machine à cibles », similaire à Lavender, basée sur l’intelligence artificielle et des algorithmes d’apprentissage automatique. Ce guide contient plusieurs exemples de « centaines et de milliers » de caractéristiques susceptibles d’augmenter la cote d’un individu, comme le fait de faire partie d’un groupe Whatsapp avec un militant connu, de changer de téléphone portable tous les quelques mois et de changer fréquemment d’adresse.

« Plus il y a d’informations et plus elles sont variées, mieux c’est », écrit le commandant. « Informations visuelles, informations cellulaires, connexions aux médias sociaux, informations sur le champ de bataille, contacts téléphoniques, photos. Si, dans un premier temps, ce sont les humains qui sélectionnent ces caractéristiques, poursuit le commandant, au fil du temps, la machine en viendra à les identifier d’elle-même. » Selon lui, cela peut permettre aux armées de créer « des dizaines de milliers de cibles », la décision de les attaquer ou non restant du ressort de l’homme.

Ce livre n’est pas la seule source où un haut commandant israélien a fait allusion à l’existence de machines à cibles humaines comme Lavender. +972 et Local Call ont obtenu des images d’une conférence privée donnée par le commandant du centre secret de science des données et d’IA de l’unité 8200, le « colonel Yoav », lors de la semaine de l’IA à l’université de Tel-Aviv en 2023, dont les médias israéliens ont parlé à l’époque.

Dans cette conférence, le commandant parle d’une nouvelle machine cible sophistiquée utilisée par l’armée israélienne, qui détecte les « personnes dangereuses » en se basant sur leur ressemblance avec les listes existantes de militants connus sur lesquelles elle a été entraînée. « Grâce à ce système, nous avons réussi à identifier les commandants des escadrons de missiles du Hamas », a déclaré le colonel Yoav lors de la conférence, en faisant référence à l’opération militaire israélienne de mai 2021 à Gaza, au cours de laquelle la machine a été utilisée pour la première fois.

Les diapositives de la présentation, également obtenues par +972 et Local Call, contiennent des illustrations du fonctionnement de la machine : elle est alimentée en données sur les agents du Hamas existants, elle apprend à remarquer leurs caractéristiques, puis elle évalue d’autres Palestiniens en fonction de leur degré de ressemblance avec les militants.

« Nous classons les résultats et déterminons le seuil [à partir duquel il convient d’attaquer une cible] », a déclaré le colonel Yoav lors de la conférence, soulignant qu’« en fin de compte, ce sont des personnes en chair et en os qui prennent les décisions. » « Dans le domaine de la défense, d’un point de vue éthique, nous insistons beaucoup sur ce point. Ces outils sont destinés à aider [les officiers de renseignement] à franchir leurs barrières. »

Dans la pratique, cependant, les sources qui ont utilisé Lavender au cours des derniers mois affirment que l’action humaine et la précision ont été remplacées par la création de cibles de masse et la létalité.

« Il n’y avait pas de politique “zéro erreur” »

B., un officier supérieur qui a utilisé Lavender, a expliqué à +972 et à Local Call que dans la guerre actuelle, les officiers n’étaient pas tenus d’examiner de manière indépendante les évaluations du système d’IA, afin de gagner du temps et de permettre la production en masse de cibles humaines sans entraves.

« Tout était statistique, tout était ordonné – c’était très sec », a déclaré B.. Il a noté que ce manque de supervision a été autorisé malgré des contrôles internes montrant que les calculs de Lavender n’étaient considérés comme exacts que dans 90 % des cas ; en d’autres termes, on savait à l’avance que 10 % des cibles humaines destinées à être assassinées n’étaient pas du tout des membres de l’aile militaire du Hamas.

Par exemple, des sources ont expliqué que la machine Lavender signalait parfois par erreur des individus dont les modes de communication étaient similaires à ceux d’agents connus du Hamas ou du Jihad islamique, notamment des policiers et des membres de la défense civile, des parents de militants, des habitants dont le nom et le surnom étaient identiques à ceux d’un agent, et des habitants de Gaza qui utilisaient un appareil ayant appartenu à un agent du Hamas.

« À quel point une personne doit-elle être proche du Hamas pour être [considérée par une machine d’IA comme] affiliée à l’organisation ? », s’est demandé une source critiquant l’inexactitude de Lavender. « Il s’agit d’une limite vague. Une personne qui ne reçoit pas de salaire du Hamas, mais qui l’aide pour toutes sortes de choses, est-elle un agent du Hamas ? Une personne qui a fait partie du Hamas dans le passé, mais qui n’y est plus aujourd’hui, est-elle un agent du Hamas ? Chacune de ces caractéristiques – des caractéristiques qu’une machine signalerait comme suspectes – est inexacte ».

Des problèmes similaires se posent en ce qui concerne la capacité des machines de ciblage à évaluer le téléphone utilisé par une personne désignée pour être assassinée. « En temps de guerre, les Palestiniens changent de téléphone en permanence », explique cette source. « Les gens perdent le contact avec leur famille, donnent leur téléphone à un ami ou à une épouse, ou le perdent. Il est impossible de se fier à 100 % au mécanisme automatique qui détermine quel numéro de téléphone appartient à qui ».

Selon les sources, l’armée savait que la supervision humaine minimale en place ne permettrait pas de découvrir ces failles. Il n’y avait pas de politique « zéro erreur ». « Les erreurs étaient traitées statistiquement », a déclaré une source qui a utilisé Lavender. « En raison de la portée et de l’ampleur du projet, le protocole était le suivant : même si l’on n’est pas sûr que la machine est bonne, on sait que statistiquement, elle est bonne. C’est pourquoi on l’utilise. »

« Elle a fait ses preuves », a déclaré B., la source principale. « Il y a quelque chose dans l’approche statistique qui vous fait respecter une certaine norme et un certain standard. Il y a eu un nombre illogique de [bombardements] dans cette opération. De mémoire, c’est sans précédent. Et je fais bien plus confiance à un mécanisme statistique qu’à un soldat qui a perdu un ami il y a deux jours. Tout le monde, y compris moi, a perdu des proches le 7 octobre. La machine l’a fait froidement. Et cela a facilité les choses. »

Une autre source du renseignement, qui a défendu le recours aux listes de suspects palestiniens établies par Lavender, a fait valoir qu’il valait la peine d’investir le temps d’un officier de renseignement uniquement pour vérifier les informations si la cible était un commandant de haut rang du Hamas. « Mais lorsqu’il s’agit d’un militant subalterne, il n’est pas souhaitable d’investir du temps et de la main-d’œuvre dans cette tâche », a-t-elle déclaré. « En temps de guerre, on n’a pas le temps d’incriminer chaque cible. On est donc prêt à prendre la marge d’erreur de l’utilisation de l’intelligence artificielle, à risquer des dommages collatéraux et la mort de civils, et à risquer d’attaquer par erreur, et à s’en accommoder ».

  1. explique que la raison de cette automatisation est la volonté constante de créer davantage de cibles à assassiner. « Le jour où il n’y avait pas de cibles [dont l’évaluation des caractéristiques était suffisante pour autoriser une frappe], nous attaquions à un seuil plus bas. On nous mettait constamment la pression : » Apportez-nous plus de cibles «. Ils nous ont vraiment crié dessus. Nous avons fini [par tuer] nos cibles très rapidement ».

Il a expliqué qu’en abaissant le seuil d’évaluation de Lavender, le système marquait plus de personnes comme cibles pour les frappes. « À son apogée, le système a réussi à générer 37 000 personnes comme cibles humaines potentielles », a déclaré B. « Mais les chiffres changeaient tout le temps, parce que cela dépendait de l’endroit où l’on plaçait la barre de ce qu’était un agent du Hamas. À certains moments, la définition d’un agent du Hamas était plus large, puis la machine a commencé à nous fournir toutes sortes d’agents de la défense civile et de la police, sur lesquels il serait dommage de gaspiller des bombes. Ils aident le gouvernement du Hamas, mais ne mettent pas vraiment les soldats en danger ».

« Nous avons seulement vérifié que la cible était un homme »

L’armée israélienne rejette catégoriquement ces affirmations. Dans une déclaration à +972 et Local Call, son porte-parole a nié l’usage de l’intelligence artificielle pour incriminer des cibles, affirmant qu’il s’agit simplement « d’outils auxiliaires qui aident les officiers dans le processus d’incrimination ». Le communiqué poursuit : « Dans tous les cas, un examen indépendant par un analyste [du renseignement] est nécessaire, qui vérifie que les cibles identifiées sont des cibles légitimes pour l’attaque, conformément aux conditions énoncées dans les directives de Tsahal et le droit international. »

Toutefois, des sources ont indiqué que le seul protocole de supervision humaine mis en place avant de bombarder les maisons de militants « juniors » présumés marqués par Lavender consistait à effectuer une seule vérification : s’assurer que la cible sélectionnée par l’IA était un homme plutôt qu’une femme. L’armée partait du principe que s’il s’agissait d’une femme, la machine avait probablement commis une erreur, car il n’y a pas de femmes dans les rangs des ailes militaires du Hamas et du Jihad islamique.

« Un être humain devait [vérifier la cible] pendant quelques secondes seulement », a déclaré B., expliquant que ce protocole a été adopté après avoir constaté que le système Lavender « avait raison » la plupart du temps. « Au début, nous faisions des vérifications pour nous assurer que la machine ne s’embrouillait pas. Mais à un moment donné, nous nous sommes fiés au système automatique et nous nous sommes contentés de vérifier que [la cible] était un homme – c’était suffisant. Il ne faut pas beaucoup de temps pour savoir si quelqu’un a une voix d’homme ou de femme ».

Pour effectuer la vérification homme/femme, B. affirme que dans la guerre actuelle, il « consacrerait 20 secondes à chaque cible à ce stade, [pour en faire] des dizaines par jour. Je n’avais aucune valeur ajoutée en tant qu’humain, si ce n’est d’être un tampon d’approbation. Cela permettait de gagner beaucoup de temps. Si [l’agent] apparaissait dans le mécanisme automatisé et que je vérifiais qu’il s’agissait d’un homme, j’avais l’autorisation de le bombarder, sous réserve d’un examen des dommages collatéraux ».

Dans la pratique, les sources ont indiqué que cela signifiait que pour les hommes civils marqués par erreur par Lavender, il n’y avait pas de mécanisme de supervision en place pour détecter l’erreur.

ÉTAPE 2 : RELIER LES CIBLES AUX DOMICILES FAMILIAUX

L’étape suivante de la procédure d’assassinat de l’armée israélienne consiste à déterminer où attaquer les cibles générées par Lavender. Dans une déclaration à +972 et à Local Call, le porte-parole de l’armée israélienne a affirmé, en réponse à cet article, que « le Hamas place ses agents et ses moyens militaires au cœur de la population civile, utilise systématiquement la population civile comme bouclier humain et mène des combats à l’intérieur de structures civiles, y compris des sites sensibles tels que des hôpitaux, des mosquées, des écoles et des installations de l’ONULes Forces de défense israélienne sont liées par le droit international et agissent conformément à celui-ci, en dirigeant leurs attaques uniquement contre des cibles militaires et des agents militaires ».

Le reflet du système israélien de surveillance de masse à Gaza

Les six sources avec lesquelles nous nous sommes entretenus ont fait écho à ces propos dans une certaine mesure, affirmant que le vaste réseau de tunnels du Hamas passe délibérément sous les hôpitaux et les écoles, que les militants du Hamas utilisent des ambulances pour se déplacer et qu’un nombre incalculable de moyens militaires ont été placés à proximité de bâtiments civils.

Les sources affirment que de nombreuses frappes israéliennes tuent des civils en raison de ces tactiques du Hamas – une caractérisation qui, selon les groupes de défense des droits de l’homme, élude la responsabilité d’Israël dans l’apparition de ces victimes.

Toutefois, contrairement aux déclarations officielles de l’armée israélienne, les sources ont expliqué que l’une des principales raisons du nombre sans précédent de victimes des bombardements israéliens actuels est le fait que l’armée a systématiquement attaqué les cibles dans leurs maisons privées, avec leurs familles – en partie parce qu’il était plus facile, du point de vue du renseignement, de marquer les maisons familiales à l’aide de systèmes automatisés.

En effet, plusieurs sources ont souligné que, contrairement aux nombreux cas d’agents du Hamas engagés dans des activités militaires depuis des zones civiles, dans le cas des frappes d’assassinat systématiques, l’armée a régulièrement fait le choix actif de bombarder des militants présumés lorsqu’ils se trouvaient à l’intérieur de maisons civiles où aucune activité militaire n’avait lieu. Ce choix, ont-ils déclaré, est le reflet de la manière dont le système israélien de surveillance de masse à Gaza est conçu.

Les sources ont déclaré à +972 et à Local Call que, puisque chaque habitant de Gaza avait une maison privée à laquelle il pouvait être associé, les systèmes de surveillance de l’armée pouvaient facilement et automatiquement « relier » les individus aux maisons familiales. Afin d’identifier en temps réel le moment où les agents entrent dans leurs maisons, divers logiciels automatiques supplémentaires ont été développés.

Ces programmes suivent des milliers d’individus simultanément, identifient le moment où ils sont chez eux et envoient une alerte automatique à l’officier chargé du ciblage, qui marque alors la maison pour le bombardement. L’un de ces logiciels, révélé ici pour la première fois, s’appelle « Where’s Daddy ? » (Où est papa ?).

« Vous entrez des centaines [de cibles] dans le système et vous attendez de voir qui vous pouvez tuer », a déclaré une source connaissant le système. « C’est ce qu’on appelle la chasse au large : vous copiez-collez les listes produites par le système de ciblage. »

La preuve de cette politique est également évidente dans les données : au cours du premier mois de la guerre, plus de la moitié des victimes – 6 120 personnes – appartenaient à 1 340 familles, dont beaucoup ont été complètement anéanties à l’intérieur de leur maison, selon les chiffres de l’ONU.

La proportion de familles entières bombardées dans leurs maisons dans la guerre actuelle est beaucoup plus élevée que lors de l’opération israélienne de 2014 à Gaza, ce qui confirme l’importance de cette politique.

« La plupart des personnes tuées étaient des femmes et des enfants »

Une autre source a déclaré qu’à chaque fois que le rythme des assassinats diminuait, d’autres cibles étaient ajoutées à des systèmes tels que « Where’s Daddy ? » pour localiser les individus qui entraient chez eux et pouvaient donc être bombardés. Elle a ajouté que la décision de placer des personnes dans les systèmes de repérage pouvait être prise par des officiers de rang relativement bas dans la hiérarchie militaire.

« Un jour, de mon propre chef, j’ai ajouté quelque 1 200 nouvelles cibles au système [de repérage], parce que le nombre d’attaques [que nous menions] diminuait », a déclaré cette source. « Cela me paraissait logique. Rétrospectivement, cela semble être une décision sérieuse que j’ai prise. Et de telles décisions n’ont pas été prises à des niveaux élevés ».

Les sources ont indiqué qu’au cours des deux premières semaines de la guerre, « plusieurs milliers » de cibles ont été initialement entrées dans des programmes de localisation tels que « Where’s Daddy ? ». Il s’agissait notamment de tous les membres de l’unité d’élite des forces spéciales du Hamas, la Nukhba, de tous les agents antichars du Hamas et de toute personne ayant pénétré en Israël le 7 octobre. Mais très vite, la liste des personnes à abattre s’est considérablement allongée.« À la fin, il s’agissait de tout le monde [marqué par Lavender] », a expliqué une source. « Des dizaines de milliers. Cela s’est produit quelques semaines plus tard, lorsque les brigades [israéliennes] sont entrées dans Gaza et qu’il y avait déjà moins de personnes non impliquées [c’est-à-dire de civils] dans les zones du nord ». Selon cette source, même certains mineurs ont été désignés par Lavender comme des cibles à bombarder. « Normalement, les agents ont plus de 17 ans, mais ce n’était pas une condition. »

Lavender et des systèmes comme « Where’s Daddy ? » ont donc été combinés avec un effet mortel, tuant des familles entières, selon certaines sources. En ajoutant un nom figurant sur les listes générées par Lavender au système de localisation des maisons « Where’s Daddy ? », a expliqué A., la personne marquée était placée sous surveillance permanente et pouvait être attaquée dès qu’elle mettait le pied chez elle, ce qui faisait s’effondrer la maison sur toutes les personnes qui s’y trouvaient.

« Disons que vous calculez [qu’il y a un] [agent du Hamas] et 10 [civils dans la maison], a déclaré A.. En général, ces dix personnes sont des femmes et des enfants. De manière absurde, il s’avère que la plupart des personnes que vous avez tuées étaient des femmes et des enfants ».

ÉTAPE 3 : LE CHOIX DE L’ARME

Une fois que Lavender a désigné une cible à assassiner, que le personnel de l’armée a vérifié qu’il s’agit bien d’un homme et qu’un logiciel de suivi a localisé la cible à son domicile, l’étape suivante consiste à choisir la munition avec laquelle on va la bombarder.

« Nous menions généralement nos attaques à l’aide de “bombes muettes” »

En décembre 2023, CNN a rapporté que, selon les estimations des services de renseignement américains, environ 45 % des munitions utilisées par l’armée de l’air israélienne à Gaza étaient des bombes dites « muettes », connues pour causer davantage de dommages collatéraux que les bombes guidées.

En réponse à l’article de CNN, un porte-parole de l’armée cité dans l’article a déclaré : « En tant qu’armée attachée au droit international et à un code de conduite moral, nous consacrons de vastes ressources à minimiser les dommages causés aux civils que le Hamas a contraints à jouer le rôle de boucliers humains. Notre guerre est contre le Hamas, pas contre la population de Gaza ».

Trois sources des services de renseignement ont cependant déclaré à +972 et à Local Call que les agents subalternes marqués par Lavender n’ont été assassinés qu’avec des bombes muettes, afin d’économiser des armements plus coûteux. L’une des sources a expliqué que l’armée ne frappait pas une cible subalterne si elle vivait dans un immeuble de grande hauteur, parce qu’elle ne voulait pas dépenser une « bombe d’étage » plus précise et plus chère (avec des effets collatéraux plus limités) pour la tuer. En revanche, si une cible de rang inférieur vivait dans un immeuble de quelques étages seulement, l’armée était autorisée à la tuer, ainsi que tous les habitants de l’immeuble, à l’aide d’une bombe muette.

« C’était comme ça pour toutes les cibles juniors », témoigne C., qui a utilisé divers programmes automatisés dans la guerre actuelle. « La seule question était de savoir s’il était possible d’attaquer le bâtiment en limitant les dommages collatéraux. En effet, nous menions généralement les attaques avec des bombes muettes, ce qui signifiait détruire littéralement toute la maison et ses occupants. Mais même si une attaque est évitée, on s’en fiche, on passe immédiatement à la cible suivante. Grâce au système, les cibles ne s’arrêtent jamais. Il y en a encore 36 000 qui attendent ».

ÉTAPE 4 : AUTORISER LES PERTES CIVILES

Une source a déclaré que lors de l’attaque d’agents subalternes, y compris ceux marqués par des systèmes d’intelligence artificielle comme Lavender, le nombre de civils qu’ils étaient autorisés à tuer à côté de chaque cible était fixé, pendant les premières semaines de la guerre, à 20 au maximum.

Selon une autre source, ce nombre aurait été fixé à 15. Ces « degrés de dommages collatéraux », comme les militaires les appellent, ont été appliqués de manière générale à tous les militants juniors présumés, selon les sources, indépendamment de leur rang, de leur importance militaire et de leur âge, et sans examen spécifique au cas par cas pour évaluer l’avantage militaire de les assassiner par rapport aux dommages attendus pour les civils.

« Nous avons attaqué presque sans tenir compte des dommages collatéraux »

Selon A., qui était officier dans une salle d’opération cible pendant la guerre actuelle, le département du droit international de l’armée n’a jamais auparavant donné une telle « approbation générale » pour un degré de dommages collatéraux aussi élevé. « Ce n’est pas seulement que vous pouvez tuer toute personne qui est un soldat du Hamas, ce qui est clairement autorisé et légitime en termes de droit international », a déclaré A.. «Mais ils vous disent directement : Vous êtes autorisés à les tuer en même temps que de nombreux civils. »

« Chaque personne ayant porté un uniforme du Hamas au cours de l’année ou des deux dernières années pouvait être bombardée avec 20 [civils tués] comme dommages collatéraux, même sans autorisation spéciale », a poursuivi A.. «Dans la pratique, le principe de proportionnalité n’existait pas. »

Selon A., cette politique a été appliquée pendant la majeure partie de la période où il a servi. Ce n’est que plus tard que l’armée a abaissé le niveau des dommages collatéraux. « Dans ce calcul, il peut s’agir de 20 enfants pour un agent subalterne… Ce n’était vraiment pas le cas dans le passé », explique A.. Interrogé sur la logique sécuritaire qui sous-tend cette politique, A. a répondu : « La létalité ».

Le degré de dommages collatéraux prédéterminé et fixe a contribué à accélérer la création massive de cibles à l’aide de la machine Lavender, selon les sources, car cela permettait de gagner du temps. B. a affirmé que le nombre de civils qu’ils étaient autorisés à tuer par militant junior présumé marqué par l’IA au cours de la première semaine de la guerre était de quinze, mais que ce nombre « augmentait et diminuait » au fil du temps.

« Au début, nous avons attaqué presque sans tenir compte des dommages collatéraux », a déclaré B. à propos de la première semaine qui a suivi le 7 octobre. « En pratique, on ne comptait pas vraiment les gens [dans chaque maison bombardée], parce qu’on ne pouvait pas vraiment savoir s’ils étaient chez eux ou non. Au bout d’une semaine, les restrictions sur les dommages collatéraux ont commencé. Le nombre est passé [de 15] à cinq, ce qui a rendu nos attaques très difficiles, car si toute la famille était à la maison, nous ne pouvions pas la bombarder. Puis ils ont à nouveau augmenté ce nombre. »

« Nous savions que nous allions tuer plus de 100 civils »

Des sources ont déclaré à +972 et à Local Call que maintenant, en partie à cause de la pression américaine, l’armée israélienne ne génère plus en masse des cibles humaines subalternes à bombarder dans les maisons civiles. Le fait que la plupart des maisons de la bande de Gaza aient déjà été détruites ou endommagées, et que la quasi-totalité de la population ait été déplacée, a également empêché l’armée de s’appuyer sur des bases de données de renseignements et des programmes automatisés de localisation des maisons.

  1. a affirmé que les bombardements massifs des militants juniors n’ont eu lieu que pendant la première ou les deux premières semaines de la guerre, et qu’ils ont ensuite été interrompus principalement pour ne pas gaspiller les bombes. « Il existe une économie des munitions », a déclaré E.. «Ils ont toujours eu peur qu’il y ait [une guerre] dans l’arène nord [avec le Hezbollah au Liban]. Ils ne s’attaquent plus du tout à ce genre de personnes [de rang inférieur] ».

Sur le même thème

 

« Si nous restons, nous serons tués » : à Rafah, un million de Palestiniens dans la terreur avant l’offensive israélienneCependant, les frappes aériennes contre les commandants de haut rang du Hamas se poursuivent, et des sources ont déclaré que pour ces attaques, l’armée autorise le meurtre de « centaines » de civils par cible – une politique officielle pour laquelle il n’y a pas de précédent historique en Israël, ni même dans les récentes opérations militaires américaines.

« Lors du bombardement du commandant du bataillon Shuja’iya, nous savions que nous allions tuer plus de 100 civils »,a rappelé B. à propos d’un bombardement du 2 décembre qui, selon le porte-parole de l’armée israélienne, visait à assassiner Wisam Farhat« Pour moi, psychologiquement, c’était inhabituel. Plus de 100 civils, c’est une ligne rouge à ne pas franchir. »

Amjad Al-Sheikh, un jeune Palestinien de Gaza, a déclaré que de nombreux membres de sa famille avaient été tués lors de ce bombardement. Habitant de Shuja’iya, à l’est de la ville de Gaza, il se trouvait ce jour-là dans un supermarché local lorsqu’il a entendu cinq explosions qui ont brisé les vitres.

« J’ai couru vers la maison de ma famille, mais il n’y avait plus d’immeubles », a déclaré M. Al-Sheikh à +972 et à Local Call. « La rue était remplie de cris et de fumée. Des pâtés de maisons entiers se sont transformés en montagnes de décombres et en fosses profondes. Les gens ont commencé à chercher dans le ciment, avec leurs mains, et j’ai fait de même, à la recherche de traces de la maison de ma famille. »

La femme et la petite fille d’Al-Sheikh ont survécu – protégées des décombres par une armoire qui leur est tombée dessus – mais il a retrouvé 11 autres membres de sa famille, dont ses sœurs, ses frères et leurs jeunes enfants, morts sous les décombres. Selon l’organisation de défense des droits de l’homme B’Tselem, les bombardements de ce jour-là ont détruit des dizaines de bâtiments, tués des dizaines de personnes et en ont enseveli des centaines sous les ruines de leurs maisons.

« Des familles entières ont été tuées »

Des sources des services de renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call qu’ils avaient participé à des frappes encore plus meurtrières. Afin d’assassiner Ayman Nofal, le commandant de la brigade centrale de Gaza du Hamas, une source a déclaré que l’armée avait autorisé le meurtre d’environ 300 civils, détruisant plusieurs bâtiments lors de frappes aériennes sur le camp de réfugiés d’Al-Bureij le 17 octobre, sur la base d’un repérage imprécis de Nofal. Des images satellite et des vidéos de la scène montrent la destruction de plusieurs grands immeubles d’habitation à plusieurs étages.

« Entre 16 et 18 maisons ont été détruites lors de l’attaque », a déclaré Amro Al-Khatib, un résident du camp, à +972 et à Local Call. « Nous ne pouvions pas distinguer un appartement d’un autre – ils ont tous été mélangés dans les décombres, et nous avons trouvé des parties de corps humains partout ».

Al-Khatib se souvient qu’une cinquantaine de cadavres ont été retirés des décombres et qu’environ 200 personnes ont été blessées, dont beaucoup grièvement. Mais ce n’était que le premier jour. Les résidents du camp ont passé cinq jours à sortir les morts et les blessés.

Nael Al-Bahisi, ambulancier, a été l’un des premiers à arriver sur les lieux. Il a dénombré entre 50 et 70 victimes ce premier jour. « À un moment donné, nous avons compris que la cible de la frappe était le commandant du Hamas Ayman Nofal », a-t-il déclaré à +972 et à Local Call. « Ils l’ont tué, ainsi que de nombreuses personnes qui ne savaient pas qu’il était là. Des familles entières avec des enfants ont été tuées. »

Une autre source du renseignement a déclaré à +972 et à Local Call que l’armée avait détruit une tour à Rafah à la mi-décembre, tuant « des dizaines de civils »afin d’essayer de tuer Mohammed Shabaneh, le commandant de la brigade du Hamas à Rafah (on ne sait pas s’il a été tué ou non lors de l’attaque). Selon cette source, les hauts commandants se cachent souvent dans des tunnels qui passent sous des bâtiments civils, et le choix de les assassiner par une frappe aérienne tue donc nécessairement des civils.

« La plupart des blessés étaient des enfants », a déclaré Wael Al-Sir, 55 ans, qui a assisté à la frappe de grande envergure que certains habitants de Gaza considèrent comme une tentative d’assassinat. Il a déclaré à +972 et à Local Call que le bombardement du 20 décembre a détruit un « bloc résidentiel entier » et tué au moins 10 enfants.

« Il y avait une politique totalement permissive concernant les victimes des opérations [de bombardement] – tellement permissive qu’à mon avis, il y avait un élément de vengeance », a affirmé D., une source des services de renseignement. « L’élément central était l’assassinat de hauts responsables [du Hamas et du Jihad islamique] pour lesquels ils étaient prêts à tuer des centaines de civils. Nous avions un calcul : combien pour un commandant de brigade, combien pour un commandant de bataillon, etc. »

« Il y avait des règles, mais elles étaient très indulgentes », a déclaré E., une autre source du renseignement. « Nous avons tué des gens avec des dommages collatéraux à deux chiffres, voire à trois chiffres. Ce sont des choses qui ne s’étaient jamais produites auparavant ».

Un taux aussi élevé de « dommages collatéraux » est exceptionnel non seulement par rapport à ce que l’armée israélienne jugeait auparavant acceptable, mais aussi par rapport aux guerres menées par les États-Unis en Irak, en Syrie et en Afghanistan.

Le général Peter Gersten, commandant adjoint des opérations et du renseignement dans l’opération de lutte contre l’Etat islamique en Irak et en Syrie, a déclaré à un magazine de défense américain en 2021 qu’une attaque avec des dommages collatéraux de 15 civils s’écartait de la procédure ; pour la mener à bien, il avait dû obtenir une autorisation spéciale du chef du Commandement central des États-Unis, le général Lloyd Austin, qui est aujourd’hui secrétaire à la Défense.

« Dans le cas d’Oussama Ben Laden, la NCV (Non-Combatant Casualty Value) était de 30, mais dans le cas d’un commandant de rang inférieur, la NCV était généralement de zéro », a expliqué M. Gersten. « Nous sommes restés à zéro pendant très longtemps. »

« On nous disait : “Faites tout ce que vous pouvez, bombardez” »

Toutes les sources interrogées dans le cadre de cette enquête ont déclaré que les massacres perpétrés par le Hamas le 7 octobre et l’enlèvement d’otages avaient fortement influencé la politique de l’armée en matière de tirs et de degrés de dommages collatéraux.

« Au début, l’atmosphère était pénible et vindicative », a déclaré B., qui a été enrôlé dans l’armée immédiatement après le 7 octobre et a servi dans une salle d’opération. « Les règles étaient très souples. Ils ont détruit quatre bâtiments alors qu’ils savaient que la cible se trouvait dans l’un d’entre eux. C’était de la folie. »

« Il y avait une dissonance : d’une part, les gens ici étaient frustrés que nous n’attaquions pas assez », poursuit B.. «D’autre part, à la fin de la journée, on constate qu’un millier d’habitants de Gaza sont morts, la plupart d’entre eux étant des civils. »

« L’hystérie régnait dans les rangs des professionnels », affirme D., qui a également été incorporé immédiatement après le 7 octobre. « Ils ne savaient pas du tout comment réagir. La seule chose qu’ils savaient faire était de commencer à bombarder comme des fous pour essayer de démanteler les capacités du Hamas. »

  1. a souligné qu’on ne leur avait pas dit explicitement que l’objectif de l’armée était la « vengeance », mais a exprimé que « dès que chaque cible liée au Hamas devient légitime, et que presque tous les dommages collatéraux sont approuvés, il est clair que des milliers de personnes vont être tuées. Même si officiellement chaque cible est liée au Hamas, lorsque la politique est si permissive, elle perd tout son sens ».
  2. a également utilisé le mot « vengeance » pour décrire l’atmosphère qui régnait au sein de l’armée après le 7 octobre. « Personne n’a pensé à ce qu’il faudrait faire après, une fois la guerre terminée, ni à la façon dont il serait possible de vivre à Gaza et à ce qu’ils en feraient »,a déclaré A.. «On nous a dit : maintenant, il faut foutre en l’air le Hamas, quel qu’en soit le prix. Tout ce que vous pouvez, vous le bombardez ».

B., la source principale du renseignement, a déclaré qu’avec le recul, il pense que cette politique « disproportionnée » consistant à tuer des Palestiniens à Gaza met également en danger les Israéliens, et que c’est l’une des raisons pour lesquelles il a décidé de se prêter à l’exercice de l’interview.

« À court terme, nous sommes plus en sécurité, car nous avons blessé le Hamas. Mais je pense que nous sommes moins en sécurité à long terme. Je vois comment toutes les familles endeuillées à Gaza – c’est-à-dire presque tout le monde – motiveront les gens à rejoindre le Hamas dans dix ans. Et il sera beaucoup plus facile pour [le Hamas] de les recruter ».

Dans une déclaration à +972 et à Local Call, l’armée israélienne a démenti une grande partie de ce que les sources nous ont dit, affirmant que « chaque cible est examinée individuellement, tandis qu’une évaluation individuelle est faite de l’avantage militaire et des dommages collatéraux attendus de l’attaque… Les Forces de défense israéliennes ne mènent pas d’attaques lorsque les dommages collatéraux attendus de l’attaque sont excessifs par rapport à l’avantage militaire ».

ÉTAPE 5 : CALCUL DES DOMMAGES COLLATÉRAUX

Selon les sources du renseignement, le calcul par l’armée israélienne du nombre de civils susceptibles d’être tués dans chaque maison située à côté d’une cible – une procédure examinée dans une enquête précédente de +972 et Local Call – a été effectué à l’aide d’outils automatiques et imprécis.

Lors des guerres précédentes, les services de renseignement passaient beaucoup de temps à vérifier le nombre de personnes présentes dans une maison destinée à être bombardée, le nombre de civils susceptibles d’être tués étant répertorié dans un « fichier cible ». Après le 7 octobre, cependant, cette vérification minutieuse a été largement abandonnée au profit de l’automatisation.

« Le modèle n’était pas lié à la réalité »

En octobre, le New York Times a fait état d’un système exploité à partir d’une base spéciale dans le sud d’Israël, qui recueille des informations à partir de téléphones portables dans la bande de Gaza et fournit à l’armée une estimation en temps réel du nombre de Palestiniens qui ont fui le nord de la bande de Gaza vers le sud.

Le général de brigade Udi Ben Muha a déclaré au New York Times : « Ce n’est pas un système parfait à 100 %, mais il vous donne les informations dont vous avez besoin pour prendre une décision ». Le système fonctionne par couleurs : le rouge indique les zones où il y a beaucoup de monde, tandis que le vert et le jaune indiquent les zones qui ont été relativement débarrassées de leurs habitants.

Les sources qui ont parlé à +972 et à Local Call ont décrit un système similaire de calcul des dommages collatéraux, utilisé pour décider de bombarder ou non un bâtiment à Gaza. Elles ont indiqué que le logiciel calculait le nombre de civils résidant dans chaque maison avant la guerre – en évaluant la taille du bâtiment et en examinant sa liste de résidents – puis réduisait ces chiffres en fonction de la proportion de résidents censés avoir évacué le quartier.

Par exemple, si l’armée estime que la moitié des habitants d’un quartier sont partis, le programme comptabilise une maison qui compte habituellement 10 habitants comme une maison contenant cinq personnes. Pour gagner du temps, l’armée n’a pas surveillé les maisons pour vérifier combien de personnes y vivaient réellement, comme elle l’avait fait lors d’opérations précédentes, afin de savoir si l’estimation du programme était effectivement exacte.

« Ce modèle n’était pas lié à la réalité », a déclaré l’une des sources. « Il n’y avait aucun lien entre les personnes qui vivaient dans la maison aujourd’hui, pendant la guerre, et celles qui étaient répertoriées comme vivant dans la maison avant la guerre. Il nous est arrivé de bombarder une maison sans savoir qu’il y avait plusieurs familles à l’intérieur, qui se cachaient ensemble. »

Selon cette source, bien que l’armée sache que de telles erreurs peuvent se produire, ce modèle imprécis a tout de même été adopté, parce qu’il était plus rapide. Ainsi, selon cette source, « le calcul des dommages collatéraux était complètement automatique et statistique » – produisant même des chiffres qui n’étaient pas des nombres entiers.

ÉTAPE 6 : BOMBARDER LA MAISON D’UNE FAMILLE

Les sources qui ont parlé à +972 et à Local Call ont expliqué qu’il y avait parfois un décalage important entre le moment où les systèmes de repérage comme Where’s Daddy ? alertaient un officier qu’une cible était entrée dans sa maison, et le bombardement lui-même – ce qui a conduit à la mort de familles entières, même sans atteindre la cible de l’armée. « Il m’est arrivé plusieurs fois d’attaquer une maison, mais la personne n’était même pas chez elle », a déclaré une source. « Le résultat est que vous avez tué une famille sans raison. »

Trois sources du renseignement ont déclaré à +972 et à Local Call qu’elles avaient été témoins d’un incident au cours duquel l’armée israélienne avait bombardé la maison privée d’une famille, et qu’il s’était avéré par la suite que la cible visée par l’assassinat n’était même pas à l’intérieur de la maison, étant donné qu’aucune vérification supplémentaire n’avait été effectuée en temps réel.

« Vous avez tué une famille sans raison »

« Parfois, [la cible] était chez elle plus tôt, puis le soir, elle est allée dormir ailleurs, par exemple dans un sous-sol, et vous ne le saviez pas », a déclaré l’une des sources. Il y a des moments où l’on vérifie deux fois l’emplacement, et d’autres où l’on se dit simplement : « D’accord, il était dans la maison au cours des dernières heures, alors vous pouvez simplement bombarder ».

Une autre source a décrit un incident similaire qui l’a affecté et l’a incité à accepter d’être interrogé dans le cadre de cette enquête. « Nous avons compris que la cible était chez elle à 20 heures. Finalement, l’armée de l’air a bombardé la maison à 3 heures du matin. Il y avait deux autres familles avec des enfants dans le bâtiment que nous avons bombardé ».

Lors des précédentes guerres à Gaza, après l’assassinat de cibles humaines, les services de renseignement israéliens appliquaient des procédures d’évaluation des dommages causés par les bombes (BDA) – une vérification de routine après la frappe pour voir si le commandant en chef avait été tué et combien de civils avaient été tués en même temps que lui.

Comme l’a révélé une précédente enquête sur le +972 et Local call, ces procédures impliquaient l’écoute des appels téléphoniques des parents ayant perdu un être cher. Dans la guerre actuelle, cependant, au moins en ce qui concerne les militants subalternes marqués à l’aide de l’IA, les sources affirment que cette procédure a été supprimée afin de gagner du temps.

Les sources ont déclaré qu’elles ne savaient pas combien de civils avaient été effectivement tués dans chaque frappe, et pour les militants présumés de bas rang du Hamas et du Jihad islamique marqués par l’IA, elles ne savaient même pas si la cible elle-même avait été tuée.

« Vous ne savez pas exactement combien vous avez tué, ni qui vous avez tué », a déclaré une source des services de renseignement à Local Call dans le cadre d’une précédente enquête publiée en janvier« Ce n’est que lorsqu’il s’agit de hauts responsables du Hamas que vous suivez la procédure du BDA. Dans les autres cas, vous ne vous en souciez pas. Vous recevez un rapport de l’armée de l’air indiquant si le bâtiment a explosé, et c’est tout. Vous n’avez aucune idée de l’ampleur des dommages collatéraux ; vous passez immédiatement à la cible suivante. L’accent était mis sur la création d’autant de cibles que possible, aussi rapidement que possible ».

Mais alors que l’armée israélienne peut tourner la page de chaque frappe sans s’attarder sur le nombre de victimes, Amjad Al-Sheikh, le résident de Shuja’iya qui a perdu 11 membres de sa famille dans le bombardement du 2 décembre, a déclaré que lui et ses voisins sont toujours à la recherche de cadavres. « Jusqu’à présent, il y a des corps sous les décombres », a-t-il déclaré. « Quatorze bâtiments résidentiels ont été bombardés avec leurs habitants à l’intérieur. Certains de mes proches et de mes voisins sont toujours ensevelis. »

 

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur BARBARIE DU XXI EME SIECLE « LAVENDER », L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE QUI DIRIGE LES BOMBARDEMENTS ISRAÉLIENS À GAZA

Témoignage réserviste

2024-04-01 – Témoignage_reserviste_FOI

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur Témoignage réserviste

Des milliers d’Arabes israéliens appellent à la fin de la guerre à Gaza 30 Mar. 2024

Des Arabes israéliens manifestent pour réclamer la fin du conflit à Gaza à Deir Hanna, dans le nord d’Israël,

AHMAD GHARABLI

Des milliers d’Arabes israéliens ont appelé à la fin du conflit à Gaza, lors d’un rassemblement samedi à Deir Hanna, dans le nord d’Israël, pour la Journée de la terre qui tombe cette année pendant la guerre dévastatrice dans le territoire palestinien.

Le traditionnel rendez-vous de la Journée de la terre commémore la mort en 1976 de six Arabes qui manifestaient contre la confiscation de leurs terres par Israël.

« Arrêtez la guerre sur Gaza », « Gaza, ne vacille pas! », pouvait-on lire sur les pancartes de participants qui ont parcouru les rues de la ville jusqu’à la place principale, certains portant le keffieh et brandissant le drapeau palestinien.

Des Arabes israéliens manifestent pour réclamer la fin du conflit à Gaza à Deir Hanna, dans le nord d’Israël, le 30 mars 2024

AFP

AHMAD GHARABLI

Des députés arabes israéliens étaient au premier rang de la marche à laquelle ont participé de petits groupes de Juifs, certains arborant des slogans en hébreu tel: « Juifs et Arabes refusent d’être ennemis ».

« Nous sommes venus en solidarité avec la foule arabe ici, pour réclamer l’arrêt des massacres par le gouvernement israélien à Gaza et l’arrêt de la guerre », a déclaré Eyal, un manifestant israélien de 33 ans.

Les Arabes israéliens sont les membres ou les descendants de la population arabe présente dans la Palestine du mandat britannique, qui s’est retrouvée en territoire israélien à l’issue de la première guerre israélo-arabe ayant éclaté au lendemain de la création d’Israël en 1948.

Des Arabes israéliens manifestent pour réclamer la fin du conflit à Gaza à Deir Hanna, dans le nord d’Israël,

Selon le Bureau central des statistiques israéliens (CBS), Israël compte plus de 2 millions d’Arabes, soit 21% de la population. Ces chiffres incluent la population de Jérusalem-Est, secteur dont l’annexion par Israël n’est pas reconnue par l’ONU.

« Machine de la mort »

« Quarante-huit ans se sont écoulés (…), la machine de la mort (…) et la tentative d’effacer notre identité nationale et de nous voler nos terres se poursuivent », a déploré Saïd Hussein, maire de Deir Hanna, dans un discours sur la place principale de la ville.

Il aussi dénoncé une marginalisation de la communauté d’Arabes israéliens par les autorités israéliennes, critiquant des « lois racistes » visant un « déplacement programmé » des Bédouins arabes du désert du Néguev.

Des Arabes israéliens manifestent pour réclamer la fin du conflit à Gaza à Deir Hanna, dans le nord d’Israël, le 30 mars 2024

« Nous sommes confrontés à une série de déplacements et à de la répression, et nous sommes les survivants de notre peuple qui a été déplacé », a regretté de son côté Mohammed Barakeh, un responsable de la communauté arabe israélienne.

« Cette chair qui brûle à Gaza est la nôtre et les femmes meurtries à Gaza sont nos sœurs », a-t-il dit, dénonçant un « génocide » dans le territoire palestinien.

Pour la première fois depuis l’attaque sanglante du mouvement islamiste palestinien Hamas le 7 octobre en Israël, des manifestations ont été autorisées vendredi dans la ville arabe de Shefa-Amr, dans le nord d’Israël, où vit une grande partie de la minorité arabe d’Israël.

Des députés arabes israéliens lors d’un rassemblement pour réclamer la fin du conflit à Gaza à Deir Hanna, dans le nord d’Israël, le 30 mars 2024

AFP

AHMAD GHARABLI

Cette attaque a entraîné la mort de plus de 1.160 personnes en Israël, majoritairement des civils, selon des données officielles. Environ 250 personnes ont été enlevées et emmenées à Gaza, et 130 d’entre elles sont toujours otages dont 34 sont mortes, selon Israël.

Les représailles israéliennes dans la bande de Gaza y ont fait plus de 32.700 morts, selon le ministère de la Santé du gouvernement du Hamas.

 

Publié dans Articles de presse, Ressources, Textes | Commentaires fermés sur Des milliers d’Arabes israéliens appellent à la fin de la guerre à Gaza 30 Mar. 2024